Test | BH iGravelX NX Carbon 2.9 : du confort et des watts

Par Olivier Béart -

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Test | BH iGravelX NX Carbon 2.9 : du confort et des watts

Le segment très prisé du e-gravel est à la croisée des chemins, avec d’un côté les e-bikes de route minimalistes aux motorisations ultra-légères mais parfois un peu courtes, et de l’autre les VTT avec leurs moteurs full power sans cesse plus puissants et leurs grosses batteries. Avec cette nouvelle déclinaison de son iGravelX, BH tente de trouver le juste milieu en adoptant le moteur Bosch Performance Line SX. Formule gagnante sur le terrain ? Verdict.

Le BH iGravelX NX n’est ni le premier, ni le seul gravel électrique de la gamme. A ses côtés on trouve aussi le iGravel X équipé d’un moteur SEG propre à BH. Intéressant sur le papier, il ne nous a par contre jamais vraiment convaincus sur le terrain et on se réjouit du choix de BH d’aussi proposer cette nouvelle version équipée d’une valeur sûre, avec le moteur Bosch Performance SX.

Avec ce choix, BH positionne son iGravelX NX comme une sorte de compromis. On n’est pas sur un e-bike hyper léger comme peuvent l’être certains modèles avec assistance dans le moyeu ou avec des moteurs centraux type TQ, mais on est sur quelque chose qui a plus de poigne avec un moteur central Bosch SX, dérivé du célèbre Performance CX mais dans une version plus légère et un peu dégonflée (600 W de puissance crête tout de même). Voyons cela en détail.

Châssis, moteur et batterie

BH a doté son iGravelX NX d’un cadre entièrement en carbone « Hollow Core », soit une technologie qui permet de contrôler très finement l’épaisseur des couches de carbone à l’intérieur et de s’assurer d’une pression parfaite sur le moule lors de la fabrication. C’est la « version basque » d’une technologie qu’on retrouve sur de nombreux cadres haut de gamme et qui permet d’avoir des châssis à la fois légers et bien dosés en rigidité.

Justement, la rigidité, parlons-en. C’est un gros enjeu sur les e-bikes, et particulièrement sur les vélos de e-gravel, dépourvus de suspensions mais prévus pour rouler hors des sentiers battus. La présence du moteur et de la batterie vont inévitablement nécessiter la présence de renforts et rigidifier l’ensemble. Pour garder du confort, BH s’est inspiré des formes de son gravel « classique » (sans assistance) et a donc travaillé fortement la partie arrière ainsi que le haut du cadre pour permettre à l’ensemble de bien filtrer les vibrations. La fourche fait aussi l’objet de beaucoup d’attentions, dans le même objectif.

Au niveau de la motorisation, BH a intégré ici le Bosch Performance Line SX. Pesant tout juste 2 kg sur la balance, ce moteur délivre un couple maximal de 60 Nm, 600 W de puissance crête et jusqu’à 400 % d’assistance. Au-delà des chiffres, une autre différence majeure distingue le Bosch SX du CX (pour VTTAE) : le CX donne du couple dès les basses cadences, alors que le bloc SX demande un pilotage plus « physique » et une cadence de pédalage plus élevée pour donner le meilleur de lui-même.

Petit bémol par contre au niveau de la commande. Ce n’est pas la faute de BH, qui a intégré en option une commande VTT en mode débrouille sur le cintre, mais Bosch ne dispose pas de vraie commande au guidon pour les cintres route/gravel. Il faut donc soit lâcher le guidon et changer au niveau de l’écran de contrôle sur le tube supérieur, ou composer avec une commande qui n’a pas été prévue pour cela.

La batterie interne de 400 Wh est logée dans le tube diagonal. Elle n’est pas amovible (pas sans retirer le moteur en tout cas) pour conserver un châssis léger et rigide. Pour les aventuriers ou les adeptes des sorties au long cours, le vélo est compatible avec l’extension de batterie Bosch PowerMore de 250 Wh, qui prend la place d’un porte-bidon.

Visuellement, le BH iGravelX NX Carbon 2.9 est, selon nous, très réussi et il cache plutôt bien son jeu. Ok, le tube diagonal est volumineux, mais pas tellement plus que certains vélos de route ou de gravel aéro. Et dans l’ensemble, les lignes sont tendues et le vélo parvient à dégager une certaine impression de finesse.

Côté intégration, BH pousse le curseur très loin avec son système ACR. La câblerie et les durites entrent directement sous la potence pour arriver à l’intérieur du cadre. C’est esthétiquement irréprochable, même si les mécaniciens risquent de pester lors des opérations de maintenance. Le réglage de la hauteur de la potence n’est pas non plus des plus faciles, mais une fois qu’on a trouvé la bonne position et qu’on n’y touche plus, on l’oublie. On apprécie par contre beaucoup plus l’intégration très réussie du serrage de selle.

Autre point important à noter : le dégagement de pneu a été revu à la hausse, et va jusqu’à 50 mm. C’est bien, mais en e-gravel, cela prend des allures de minimum syndical vu le poids supérieur et quand on sait qu’on voit de plus en plus de pneus gravel en 55 voire 60 mm arriver, sans parler des pneus VTT faiblement cramponnés que beaucoup montent aussi.

Equipement, poids et versions

La gamme BH iGravel X NX est assez réduite, puisqu’elle ne compte que deux modèles : le 2.7 à 5999 € et le 2.9 testé ici à 7499 €. Le différence entre les deux tient à l’équipement, avec des roues et composants alu, ainsi qu’une transmission mécanique sur le 2.7, alors que le 2.9 a droit à un peu plus de carbone et à de l’électronique. Nous avons pesé notre modèle de test en taille 54 à 13,68 kg. Voyons un peu plus en détail l’équipement de notre version 2.9 :

Pour la transmission, on a droit à du Shimano GRX Di2 en 12 vitesses. La dernière génération sans fil propose un dérailleur arrière quasi identique aux modèles VTT, ce qui lui permet d’accueillir une cassette 10-51 dents. En combinaison avec un plateau de 42 dents et sans oublier la présence de l’assistance, on passe vraiment partout avec cette configuration. Nous avons beaucoup apprécié cette transmission, mais il faut reconnaître que niveau douceur de passage des rapports, surtout sur un e-bike, Sram fait mieux avec ses groupes Rival et Force XPLR de dernière génération.

Au niveau du freinage, c’est aussi du Shimano GRX au programme, et là, il n’y a rien à redire. L’ergonomie des leviers est parfaite, la puissance au rendez-vous et le dosage n’a pas été oublié.

Les roues sont des FSA Trimax 30 TR (Tubeless Ready). Il s’agit de roues à jantes en aluminium, mais c’est le haut de gamme de chez FSA. Les jantes font 24 mm de largeur et 30 mm de hauteur, avec des renforts au niveau des têtes de rayons. Elles sont associées à des pneumatiques Maxxis Rambler en 700×45 mm, plutôt polyvalents et rassurants, mais aussi plus capables de faire passer la puissance et le couple du moteur de la roue arrière vers le sol, que des modèles quasi slick.

Pour le reste des périphériques, on retrouve un excellent cintre en carbone FSA K-Wing AGX qui propose une ergonomie pensée pour le gravel (léger flare) ; une tige de selle carbone de la marque d’accessoires de BH, Evo, qui offre un peu de flex pour le confort ; et une selle Prologo Dimension AGX, confortable sur les longues distances.

BH iGravelX NX 2.9 : le test terrain

Le BH iGravelX NX n’est pas un poids plume, mais ce n’est pas non plus une enclume. Sur l’asphalte ou les larges chemins roulants, il se comporte presque comme une machine sans assistance. On se fait aider du moteur pour la mise en vitesse, et dès qu’on atteint 25 km/h, soit on garde l’allure de manière très naturelle à la force des mollets, soit on peut même se permettre d’accélérer encore et d’aller sans trop de mal titiller des vitesses comparables à celles d’un vélo classique. On n’a en tout cas pas du tout le « mur » des 25 km/h bien connu des vététistes, et c’est une bonne nouvelle.

En bosse, le Bosch SX demande de cadencer un minimum (75-80 tours minute minimum), mais quand on est dans sa zone de confort, il est présent à la fois avec force et subtilité. Pour de longues ascensions sans trop de pente, un moteur moyeu ou une assistance plus faible (type TQ) peut rivaliser, mais dès que ça grimpe plus fort, le Bosch SX prend un ascendant indéniable. Et ce genre de circonstances, on en rencontre assez souvent en gravel !

Même s’il est plus « creux » à bas régime que le Bosch CX, le SX a de belles capacités de reprises et il se montre particulièrement à son aise sur les parcours vallonnés avec des relances et de petits coups de cul raides. C’est clairement son terrain de jeu favori ! Dans ces circonstances, on profite aussi de la géométrie très équilibrée, neutre au premier abord, mais qui se révèle vite à la fois joueuse et idéale pour mettre le pilote en confiance dans les passages plus techniques. Clairement, nous avons emmené le BH iGravelX sur quelques traces VTT que nous connaissons bien (pas de l’enduro, on s’entend), et il s’en est très, très bien tiré ! L’adhérence de la roue arrière est aussi à saluer car on a rarement perdu le grip ou senti la roue sautiller, signe d’un très bon travail de BH sur le cadre.

En descente, on ne peut compter sur aucune suspension… quoique ! Le cadre se révèle étonnamment tolérant et, de mémoire de testeur, nous n’avons jamais testé un e-gravel aussi confortable et agréable quand ça tabasse. Malgré les renforts imposés par le moteur et la batterie, et malgré son poids, il parvient à offrir un comportement en descente très proche de celui d’un gravel sans assistance, ce qui est un joli tour de force.

Mieux : la présence du moteur en bas du cadre abaisse le centre de gravité et, combiné aux bases un peu plus longues, cela donne un vélo d’une très grande stabilité, sans pour autant être morne dans les portions étroites. Là, on sent le caractère BH qui reste bien présent, avec un vélo fun et aux commandes duquel on se fait bien plaisir sur les singletracks.

Reste la question de l’autonomie. Avant toute chose, c’est important de jouer avec les modes et de les paramétrer via l’application car le moteur Bosch SX peut faire beaucoup de choses : selon le type de sortie qu’on va faire, on pourra miser sur l’autonomie en baissant un peu la puissance et le couple sur les modes inférieurs (Tour+ et Eco+ notamment), mais on peut aussi profiter de plus de pêche pour des sorties courtes en misant sur des modes supérieurs au maximum des capacités du moteur. Dans le premier cas, un pilote de 80 kg pourra largement dépasser les 100 km et 1500 m de d+, alors que dans le second, on sera limité à 35/40 km avec 700/800 m de d+. Ce qui n’est déjà pas si mal avec une batterie de 400 Wh. Et en sachant aussi que même si on tombe en rade, le BH iGravelX roule encore très honnêtement, et cela n’a rien à voir avec un VTTAE de 26 kg qu’il faut traîner jusque chez soi une fois la batterie vide. A noter aussi que, en plus des modes classiques, on dispose aussi d’un mode « auto » très convaincant car il est à la fois costaud quand il faut, discret et pas trop gourmand.

Verdict

Ce BH iGravelX NX Carbon 2.9 s’impose comme une machine particulièrement mature et aboutie. Ce n’est pas un e-bike pour cycliste passif qui attend que le moteur fasse tout le travail, même s’il en fait plus que des vélos équipés de motorisations ultra légères. Son terrain de prédilection est clairement composé de successions de petites côtes nerveuses et aux forts pourcentages, où sa poigne fait merveille. Mais le moteur ne doit pas faire oublier les autres qualité de ce vélo, à commencer justement par le fait qu’il se roule bien sans assistance. Il est aussi très confortable, sans oublier d’être ludique et vivant sous les coups de pédale comme sous les coups de guidon. Une belle réussite.

Plus d’infos : https://www.bhbikes.com/fr_FR/velos-electriques/bicicletas-electricas-de-gravel

Par Olivier Béart