Test | BH Gravel X 1.8 : un alu performant et accessible, vraiment ?
Par Olivier Béart -
En plus de ses deux modèles en carbone, un pour la course et l’autre pensé pour le confort, la gamme gravel BH compte aussi une version en aluminium du Gravel X… qui hésite justement entre les deux ! Disponible à partir de 1799 €, il a de quoi séduire ceux qui veulent un vélo à tarif contenu. Parvient-il à convaincre aussi sur le terrain ? Vojo l’a testé !
La gamme gravel de la marque espagnole BH se divise en trois modèles. Tout en haut de la gamme, on trouve deux châssis en carbone : le Gravel X Racing (image de gauche) qui est, comme son nom l’indique, pensé pour la course avec un cadre aéro (voir notre article ici) ; et le Gravel X All Terrain (voir ici), dont le cadre est très travaillé, en vue d’offrir le plus de confort possible. Puis, il y a le modèle en aluminium, testé ici.
Le BH Gravel X alu a avant tout pour but d’offrir un châssis nettement plus accessible financièrement que ses deux grands frères (à équipement égal, comptez environ 1000 € de moins), et il est présenté autant comme un cadre adapté aux longues virées bikepacking que comme un vélo qui va permettre de débuter en course, ou du moins bien se prêter à un usage sportif pour des riders qui n’ont pas un gros budget à consacrer à leur monture. Voilà qui est alléchant, mais qui demande vérification !
Châssis
Esthétiquement, le BH Gravel X alu a très fortement évolué par rapport à son prédécesseur et il reprend beaucoup des codes esthétiques du Gravel X Racing en carbone. De loin, l’illusion est d’ailleurs presque parfaite car les soudures sont magnifiquement polies et les tubes très travaillés. Seul le boîtier de pédalier laisse apparaître ses cordons de soudure et est un peu plus brut. Mais, dans l’ensemble, c’est dur de dire qu’on est face à un vélo en aluminium moyen de gamme et, esthétiquement, notre vélo d’essai est très flatteur.
La forme des tubes reprend une partie du travail aérodynamique effectué sur le modèle Race en carbone. A l’arrière, on retrouve aussi les haubans plutôt fins qui rejoignent le tube de selle assez bas, en vue d’obtenir un bon compromis entre confort et nervosité. On sait que, par nature, l’aluminium offre moins de marge de manœuvre que le carbone pour ajuster très finement chaque caractéristique et être bon à la fois au niveau légèreté, confort et rigidité. Il sera donc intéressant de voir jusqu’où BH a pu aller avec ce cadre en aluminium.
On constate aussi que, même si on n’est pas sur un modèle haut de gamme, BH a poussé loin l’intégration des câbles et gaines, totalement invisibles. Alors, certes, c’est moins pratique pour la maintenance, mais cela renforce l’impression d’être face à un modèle bien plus onéreux. Seul regret : BH n’a pas suffisamment enrobé les différents câbles et gaines de tubes en mousse et/ou ne les a pas assez fixés dans le cadre pour éviter tous les bruits parasites. Ils ne sont pas présents en permanence, mais un montage encore plus soigné pourrait permettre d’éliminer complètement ces petits bruits vite agaçants.
Pour le côté aventure que BH met beaucoup en avant dans sa communication sur ce modèle, on retrouve de nombreux points d’accroche pour de la bagagerie sur le cadre (tube diagonal, tube de selle, haubans et tube supérieur) et sur la fourche. Au niveau dégagement, il accepte des pneus en 45mm de largeur.
La fourche justement, est identique à celle des modèles haut de gamme. Il s’agit du modèle AirBow en carbone, dont la forme est pensée pour offrir du confort et de l’aérodynamisme. On remarque qu’elle provient du modèle carbone à sa petite « queue » située à l’arrière de la douille de direction, qui s’intègre parfaitement sur le châssis des modèles en carbone, mais nettement moins avec la douille de direction ronde et plus simple du modèle alu. Une petite faute de goût qui peut s’expliquer sur le plan de la rationalité économique, mais qui est tout de même dommageable pour l’esthétique globale de cette version alu, par ailleurs très réussie. Mais il semble que BH ait entendu les critiques et qu’une nouvelle version dédiée (sans la petite excroissance arrière) arrivera bientôt.
Géométrie
La géométrie du BH Gravel X est très proche de celle du modèle Race en carbone, tant au niveau du reach que des angles de direction et de selle. Seules les bases sont un peu plus longues ici (+ 1 cm), mais en regardant les chiffres, ils sont bien dans les standards actuels des vélos de gravel orientés performance, plus que du côté des vrais vélos d’aventure.
Equipements, prix et versions
Le BH Gravel X alu est disponible en trois versions, toutes basées sur le même ensemble cadre/fourche : le 1.0 à 1799 €, groupe Shimano GRX400 en 2×10 et roues BH alu ; le 1.5 à 1990 € en GRX 610 1×12 et roues Shimano RX180 ; et enfin le 1.8 testé ici à 2499 € et dont nous allons vous détailler le montage.
Sur notre BH Gravel X 1.8 d’essai, on trouve une transmission Shimano GRX 820, soit le haut de gamme mécanique de la marque. Il est ici en configuration 46/30 pour les plateaux et 11-34 pour la cassette. De notre côté, nous avons tendance à préférer la simplicité du mono-plateau, d’autant qu’on dispose maintenant d’options de cassette qui offrent une grande amplitude de rapports dans cette configuration, mais au niveau fonctionnement, il n’y a rien à reprocher au GRX 820 qui fonctionne parfaitement.
Les freins Shimano GRX ne méritent que des éloges. Ils sont puissants, facilement dosables, et les commandes ont une ergonomie parfaite. Difficile de faire mieux.
BH fait confiance à FSA avec les Vision Team TC30i pour ses roues. Ce modèle entrée/moyen de gamme est équipé de jantes en aluminium de 30 mm de hauteur. Ce n’est pas un modèle de légèreté, avec 1920 g la paire, mais on sait que Vision fait des produits robustes. Ces roues sont montées avec des pneus Hutchinson Touareg en 40 mm de largeur.
Le reste des accessoires est signé BH, que ce soit pour la selle, la tige de selle ou encore le poste de pilotage. Dans l’ensemble, tout est de belle facture, et la potence qui intègre tous les câbles est très réussie. Par contre, le cintre ne nous a pas du tout convaincus au niveau de son ergonomie. Sa forme très basique et peu agréable est loin de ce qu’on est en droit d’attendre aujourd’hui, même sur un vélo milieu de gamme.
BH Gravel X 1.8 : le test terrain
Sur le plan esthétique, le BH Gravel X prend des petits airs de carbone… et quand on donne les premiers coups de pédale, il parvient aussi presque à faire illusion. On sent qu’on n’est pas sur un vélo haut de gamme, et le poids dépasse légèrement les 10 kg (10,25 kg sur notre balance), mais il est loin d’être ridicule à l’accélération. Le cadre a une belle rigidité, qui encaisse bien les gros coups de jarrets, sans donner l’impression d’être complètement verrouillé non plus. Bref, même en utilisant l’alu, BH a réussi à faire en sorte que le Gravel X soit un vélo qui reste performant et réactif.
En côte, on sent surtout l’embonpoint des roues, mais le châssis fait par contre très bien sa part du job. Une fois qu’on a trouvé sa cadence, il se montre très à l’aise quand on pédale au train dans les longues ascensions régulières. Dans les portions plus raides en tout-terrain et quand on s’aventure dans des sections un peu typées VTT, il s’en sort plutôt bien, même si on sent que sa géométrie typée race le rend plus à l’aise quand on a une certaine vitesse que dans les franchissements à basse vitesse. Il n’est pas mauvais, mais on sent que c’est moins sa tasse de thé.
On attendait le BH Gravel X alu au tournant en matière de confort, vu ses tubes assez imposants et ses similitudes visuelles avec le modèle carbone Race. Mais nous avons eu une très bonne surprise : ce n’est pas du tout un « tape-cul » et il dissipe même mieux les vibrations et les petits chocs que la plupart des autres vélos de gravel en alu que nous avons eu l’occasion de tester à ce jour. Bien sûr, on est loin de ce que propose le BH Gravel X All Terrain avec sa mini suspension, mais par contre on est proche du BH Gravel X Race carbone, et c’est déjà une belle prouesse. Le travail de la fourche doit aussi être salué, et elle joue aussi un rôle important dans la sensation globale de bon confort qu’on éprouve au guidon de cette machine.
Par contre, si les vibrations venant du terrain sont bien dissipées par le châssis et si on est globalement très bien posé sur le Gravel X, on sent assez vite des douleurs arriver au niveau des mains et des poignets à cause de la forme très basique et du manque d’ergonomie du cintre. On ne sait jamais trop où mettre ses mains dessus, et il nous a aussi paru très large. Clairement, BH devrait faire évoluer ce point car il touche à un des points d’appui sur le vélo et il joue un rôle majeur dans la perception du vélo.
Cele n’empêche heureusement pas de piloter le BH Gravel X en descente et de profiter de son comportement qui est à la fois très sain et malgré tout un peu joueur. Quand on l’emmène dans des singletracks sinueux, il donne vraiment le sourire. La direction est précise, le vélo bien rigide latéralement, mais tolérant verticalement, de sorte qu’il est facile à placer et tolérant en cas de petite erreur. Quand on accélère le rythme, on parvient à garder de la vitesse dans les portions cassantes sans trop se faire secouer et le vélo est rassurant à haute vitesse sur route ou dans les portions très roulantes en tout-terrain.
Pas besoin d’être un pilote expert pour profiter de ses charmes, mais attention tout de même, l’avant du vélo est assez bas et il faut de bonnes cervicales ainsi qu’une bonne souplesse générale pour en tirer le meilleur. Malgré la communication de BH, on voit clairement plus le BH Gravel X s’adresser à des compétiteurs débutants ou au budget serré, plus qu’à des aventuriers adeptes de longs raids en bikepacking. On pourra sans souci envisager de longues sorties avec cette machine et pourquoi pas des voyages, mais il existe clairement des montures plus adaptées si c’est le cœur de sa pratique, et on le voit davantage jouer sur le tableau de la performance que de la découverte paisible avec le nez au vent.
Que changerait-on sur le BH Gravel X ?
En tout première lieu, nous changerions sans aucun doute le cintre pour un modèle plus ergonomique et dans les standards actuels. Cela va permettre d’améliorer le confort au niveau des mains et la posture globale sur le vélo en offrant plusieurs positions réellement exploitables. Ce n’est pas nécessairement une pièce chère, mais ce n’est pas la plus facile à changer car il faut repositionner les commandes et refaire la guidoline. Mais on vous recommande vraiment de le faire et de vous tourner vers des modèles éprouvés de grandes marques.
Sentant les qualités du châssis, nous avons aussi essayé le BH Gravel X avec des roues en carbone hautes (45 mm) de chez Prymahl, chaussées de pneus Hutchinson Touareg en 45 mm de large, contre 40 mm d’origine. Avec un train roulant 500 g plus léger, on gagne beaucoup en nervosité et en répondant à l’accélération comme en relances, et on voit aussi que le châssis du BH Gravel X a toutes les qualités pour supporter le montage de roues haut de gamme. Les jantes hautes permettent d’être plus rapide et plus à l’aise sur le plat, alors que les pneus plus gros font gagner en confort et en accroche dès qu’on est sur des terrains un peu plus difficiles. Les roues d’origine sont très correctes, mais il est intéressant de voir que le Gravel X est un vélo évolutif, auquel vous pourrez faire passer un gros cap en matière de performance en le dotant de roues haut de gamme. Pour un compétiteur qui débute, c’est bon à savoir !
Verdict
Le BH Gravel X n’a rien d’un vélo au rabais. Certes, il est en aluminium, mais son cadre compte parmi les plus évolués et les plus aboutis du moment. Cela lui permet d’afficher d’excellentes performances et de faire oublier un léger embonpoint. Il accélère fort, grimpe bien et il permet de rouler très vite quand on a la forme. Il n’en oublie pas non plus d’avoir un minimum de confort, ce confort qui permet de continuer à rouler vite même quand le terrain devient chaotique. Quand on le dote d’une paire de roues haut de gamme, on prend la pleine mesure de son potentiel, et on voit qu’il s’agit d’un vélo qui a une belle marge d’évolution, dont on risquera d’autant moins de se lasser qu’on pourra l’améliorer au fil du temps et de ses moyens.
BH Gravel X 1.8
2499 €
10,250 kg sans pédales
- Cadre très flatteur visuellement et bien fini. on dirait un carbone !
- Châssis réactif et confortable
- Confort très correct pour un cadre alu
- Une très bonne base à faire évoluer
- Intégration visuelle de la fourche par rapport au cadre
- Forme et ergonomie du cintre
Évaluation des testeurs
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