Découverte | Roulage de Noël à
Montjoie, cité féerique

Nature
26 décembre 2018 — Pierre Pauquay
Drôle de mois de décembre ! Si une semaine auparavant la neige avait saupoudré l’Ardenne, à la veille de Noël, les températures n’ont cessé de remonter, apportant un vent humide d’ouest : une météo qui ne donne pas spécialement envie de sortir les machines... Qu’importe ! La pluie et l’humidité ne sont certainement pas un frein aux bikers qui ont décidé de rejoindre en VTT Montjoie, l’une des plus belles villes d’Allemagne où se fête un marché de Noël des plus célèbres.

 

Les premières neiges de décembre ont déjà recouvert le plateau des Hautes-Fagnes.

Samedi 22 décembre, le brouillard couvre le chaume des Hautes-Fagnes. Je ne me situe qu’à une altitude modérée de 690 m, mais le vent souffle à glacer l’échine. En hiver, les Hautes-Fagnes, entre montagnes chétives et landes désertes, sont déjà un peu scandinaves. Ne dit-on pas qu’il gèle 120 jours par an et que les températures dégringolent parfois vers les deux chiffres ? La magie du pays de là-haut opère toujours.

Avec Hugo et Pascal, nous démarrons de Sourbrodt, aux confins de la Belgique. Nous sommes sur ces routes qui semblent mener nulle part. À l’est de la Fagne wallonne, nous avons l’impression d’être dans l’un de ces espaces infinis qui hantent les rêves des randonneurs. Il ne s’agit ni de l’Écosse ni du plateau de l’Aubrac, mais bel et bien des derniers espaces sauvages de Belgique. En arrière-plan, le paysage s’ouvre vers l’horizon, où l’empreinte de l’homme est absente.

Pourtant, il est venu dans la fagne de Clefaye jusqu’au XIXe siècle pour exploiter la tourbe, le seule combustible disponible dans cette contrée de lande. À Kalterherberg, nous entrons en Allemagne. L’entrée dans ce pays voisin se fait secrètement. Seul le ruisseau Jägersief en délimite la frontière. De l’autre côté, le chemin est remarquablement tracé; et le balisage, de qualité toute… germanique.

Plus nous roulons, plus l’itinéraire de la « Narzissen Route » dévoile son visage en parcourant les vallées encaissées.

Malgré l’humidité qui refroidit le corps, je sue, me raidis sur ces sentiers en balcon, sur ces racines et ces rocs rendus très glissants par les pluies de la journée. Pascal, lui, s’amuse sur son Trek électrique de prêt, et Hugo se délecte de la déconcertante facilité à survoler les obstacles avec son Canyon Strive.

A l’approche de Montjoie, quelques singletracks nous ont surpris :  une terre qui ne demande qu’à être découverte par Vojo…

Quelle découverte, moi qui ignorais ces chemins de montagne, situés à un jet de pierre de la Belgique! Plus loin, nous suivons le cours capricieux de la Roer le long de ce singletrack qui ne cesse de serpenter.

Dans la vallée qui nous mène vers le lac, la faune de la forêt se manifeste : on l’entend craquer les branches. Cervidé, sanglier, qui sait ? Plus discret, le chat sauvage maraude dans le bois, lui si proche et si éloigné de son cousin, notre chat domestique. Le petit groupe longe maintenant le Perlenbach. Ce ruisseau noir chargé de tourbes alimente le petit lac de retenue. Il reluit et reflète les dernières lueurs du jour.

Lumière sur la ville

De méandre en méandre, la petite troupe continue à descendre dans une vallée de plus en plus étroite. Enfin, à l’orée de la forêt, Montjoie (Monschau) apparaît, un petit bijou architectural au cœur de l’Eifel, ce massif montagneux allemand qui succède à l’Ardenne. Enclavée, la petite cité fait corps avec la roche et attire nombre de visiteurs venus du monde entier.

La draperie, au XVIIIe siècle, apporta sa richesse à la cité : les portes baroques témoignent de cette riche période. Contrairement à de nombreuses autres villes allemandes, son centre historique ne fut pas détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Par chance, elle a pu garder intact son charme incomparable ! Les maisons hautes et étroites se serrent les unes contre les autres au fond de la gorge formée par la rivière : une vraie image de carte postale.

Alors que nous entendions il y a à peine quelques kilomètres le hululement de la chouette de Tengmalm, les chants de Noël se répercutent dans la vallée étroite. Noël bat son plein : Montjoie se drape de lumières et d’ambiances féeriques, kitsch sans aucun doute, mais qui ravivent nos souvenirs d’enfance. En descendant vers le centre-ville via la rue pavée, la foule grossit, devient compacte. Dans le marché de Noël, les échoppes s’embaument d’odeurs qui ouvrent nos appétits affamés. Flammekueche, schnitzel ou charcuteries s’accompagnent de vin chaud aromatisé d’amaretto…

Malgré la foule, on ne se bouscule guère, comme si cette ambiance bon enfant poussait plutôt au respect, à la bienveillance. Tout comme nous qui resterons sobres : les 20 km de retour interdisent les tournées générales…

Retour à la lumière de la frontale

En quelques mètres, nous quittons l’effervescence du marché de Noël et retrouvons la quiétude des petites ruelles tortueuses qui évoquent encore une atmosphère médiévale. Il nous faut retourner vers la Belgique. La longue ascension pour quitter la petite cité rappelle son enclavement.

Sur la crête, court l’ancienne ligne de chemin de fer reliant les mines d’Aix-la-Chapelle aux bassins sidérurgiques de la Lorraine et du Luxembourg. La Vennbahn (voie des fagnes) est devenue de nos jours une magnifique voie verte que nous nous empressons de parcourir, à la lueur de nos frontales.

Nous sourions en voyant la pleine lune diffuser sa lumière naturelle alors que nous baignions, il y a 5 minutes, dans celle, artificielle, du marché de Noël : quel contraste d’intensité, de bruit et de monde! Ici, à cette heure, aucun risque de croiser un cycliste… Nous filons en toute quiétude, excepté le sifflement des pneus sur le bitume, lisse comme la paume de nos mains. Alors que nous nous approchons de Kalterherberg, nous voudrions encore rester dans cette ambiance nocturne, dans le récit de ces coureurs de bois qui auraient eu, dans leur longue traversée du Grand Nord, la vision d’une cité féerique. Joyeuses fêtes !