Récit – XC Marathon | La Forestière 2026 : une édition pleine de changements

Par Rémi Groslambert -

  • Staff pick

  • Sport

Récit – XC Marathon | La Forestière 2026 : une édition pleine de changements

La Forestière, surnommée “la classique d’automne”, est un événement installé dans le calendrier VTT français depuis plus de 30 ans. Cette année, l’organisation avait une saveur spéciale avec bon nombre de bouleversements: changement de tracé, nouveau comité d’organisation et surtout le support des championnats de France de VTT marathon. Au programme, 110 km et 3300 mètres de dénivelé positif sur un parcours inédit. Nous avons envoyé notre spécialiste du XCM, Rémi Groslambert, qui nous raconte le déroulement de sa course:

“Le championnat de France marathon et moi, c’est une longue histoire, il représente souvent mon objectif de la saison. J’ai déjà terminé trois fois à la quatrième place et j’ai à cœur chaque année de performer au maximum sur cet événement. Lorsque Florian Buffard, en charge du tracé cette année, m’a annoncé plus de 110 km et un parcours voulu moins roulant, j’ai tout de suite accroché ! Ça fait depuis 2022 que le championnat fait 70 km ou moins et ça n’est pas assez long pour tirer mon épingle du jeu. Ici, la victoire se jouera en plus de 5h, j’adore ! 

Reconnaissance et stratégie

Je suis venu faire une reconnaissance deux semaines plus tôt avec Marius Gros du team La Forestière, sur les 75 premiers kilomètres. Comme prévu, le tracé est inédit, je suis étonné par la rudesse du parcours, extrêmement cassant et rythmé sur les 35 premiers kilomètres. Il va y avoir des dégâts, c’est certain ! Cela me permet de procéder à quelques ajustements : je mets des pneus plus larges pour l’aspect cassant du parcours, tout en gardant un profil très roulant. J’adapte la taille du plateau en passant sur du plus petit (un 32 dents) afin de me préserver musculairement le plus longtemps possible.

Au niveau du bonhomme, j’optimise ma stratégie nutrition en supprimant le bi-carb d’avant course pour miser sur une stratégie très agressive à plus de 120 g/h de glucides très tôt dans la course. L’objectif est de préserver mes réserves de glycogène le plus longtemps possible et de limiter la fatigue musculaire également. Je supprime aussi la dernière reconnaissance pour arriver le plus frais possible le jour de la course. Enfin, j’établis un plan de gestion. Il se décompose en cinq phases, les trois premières phases très conservatrices avec un pacing assez lent, et à mi-course l’objectif est d’inverser la tendance en entamant une remontée. 

Nous voilà le jour-J : départ à 8 heures par 7 degrés, ça réveille ! Je suis en troisième ligne environ et la start list paraît sacrément étoffée. Bon nombre d’étrangers ont fait le déplacement et tout le contingent français est présent. Voilà qui promet.

Etape 1 : ne pas subir le départ

Jusqu’à Prémanon, je la joue calme, vu la difficulté du tracé. On évite les efforts au-dessus du seuil 2, on n’entame pas les réserves. Le départ est neutralisé sur 1 km, je suis super bien placé mais la première bosse est montée à très vive allure et je dois concéder bon nombre de places, je suis quasi à bloc. Je voulais être placé dans les parties étroites du bike park de Longchaumois mais c’est raté. Je me retrouve 30ème et ce n’est pas un choix.

Par manque de lucidité, je tombe même dans un virage en gravier après 2 kilomètres: “Bravo Rémi, super entame de course…” Rien de cassé, je repars ni une ni deux. Durant cette première heure, je tamponne bien les à-coups, je roule à l’économie comme je peux mais c’est très compliqué à faire car le terrain est raide et cassant. Nous doublons un ou deux coureurs roulant sur la jante en descendant le Mont Fier et son magnifique point de vue sur Prémanon. Décidément, cette portion est impitoyable. 

Deuxième section: récupérer

Après la remontée suivant Prémanon, vient enfin une partie plus roulante. C’est pour moi la deuxième partie de course. Le but ici : absorber le départ intense, récupérer, trouver des bons clients pour s’abriter dans les roues. C’est chose faite grâce à Emilien Mourier dans un premier temps. Un bon indicateur car c’est un très bon gestionnaire, régulier et expérimenté. Nous roulons à un bon rythme malgré une ou deux petites erreurs d’aiguillage.

Soudain, au détour d’une montée, j’entends un coureur qui rentre sur nous. Bizarre, vu le rythme auquel nous roulons, c’est surprenant. D’un coup, c’est Hugo Drechou qui déboule… J’ai du mal à comprendre, je ne l’ai pas doublé  et je ne l’ai pas vu arrêté en zone, il a dû se passer quelque chose. Il est imité quelques encablures plus loin par Théo Dupras qui a changé de roue à une vitesse éclair. Pour moi c’est une aubaine, je me cale dans les roues et ratonne au mieux (chacun sa course). L’allure est soutenue mais largement tenable, c’est très bien. La course de Théo se finira malheureusement dans les graviers du ravitaillement de Septmoncel (drôle d’idée de mettre des virages à 180 degrés dans un ravitaillement où nous débouchons à 30 km/h avec un bidon dans la main droite…). 

Phase 3 : gérer les montées raides

 

La tentation est forte de suivre Hugo dans la longue montée affreusement raide qui nous mène aux Moussières. C’est le début de la phase 3, où trois portions très raides s’enchaînent. Pour ne pas exploser, je dois à tout prix remettre le mode eco et ne pas trop griller de cartouches.

Je forme alors un duo avec Damien Portet pour quelques kilomètres. Il m’informe que nous sommes autour de la 17ème place scratch. Nous sommes à la mi-course, je suis 10ème français mais je ne le sais pas à ce moment-là. Personne à l’horizon. 

4ème portion : lâcher les chevaux.

Il reste 55 km et vient enfin la partie de la course où je vais pouvoir lâcher la bride. Avant La Pesse, le tracé devient plus roulant, nous retrouvons le parcours des années précédentes, j’ai l’impression de connaître par cœur chaque virage. Peu de parties raides, peu de longs efforts, je vais pouvoir remettre du rythme.

Simultanément, les autres concurrents semblent accuser le coup. Je reviens très vite sur un duo, Pierre Billaud et Seb Burnet. Je ne prends pas les roues et passe directement devant. J’aperçois encore deux concurrents plus loin. Je passe au ravitaillement de La Pesse, on m’annonce enfin 7ème français. Je reviens très vite sur Marius Gros et Alex Langlish, ils n’accrochent pas ma roue non plus. Me voilà 5ème.

A ce moment-là, c’est assez grisant, je suis encore bien, je vois que je roule plus vite que les autres, j’ai l’impression de faire une grosse course. Je fais attention à me canaliser tout de même, c’est encore long et la dernière portion sera rude. Au détour d’un virage, j’aperçois Ewen Astegiano que je rattrape à la faveur d’une descente rapide. Nous passons ensemble au ravitaillement de Giron, un passage assez sensible entre gravillons dans les virages et signaleur un peu  trop passifs… Il cédera quelques mètres plus loin, me voilà 4ème.

Vient alors la longue descente de Giron, entre bike park et freeride dans la pente. C’est une section ludique et plaisante qui fait la part belle au pilotage, un vrai plus par rapport aux éditions précédentes. Je profite du bas de la descente pour souffler un coup.

Dernière partie : rallier l’arrivée avec les moyens du bord.

 

Dernière partie de mon plan : survivre. Il reste environ 17 km dont 10 de montée irrégulière, c’est un enfer. Me voilà en plus dans une position que je connais un peu trop bien, 4ème. Je hais ce scénario autant que je l’adore. D’un côté, le troisième peut apparaître dans mon champ de vision au détour de chaque virage. D’un autre côté, il faut pousser le plus fort possible pour n’avoir aucun regret, ça peut se jouer à quelques secondes près, frustration assurée. Je n’arrive pas à avoir les infos concernant les écarts. Je ne me retourne plus, je sais que ça se joue devant moi à présent. Je commence à être bien rôti et tous les voyants clignotent rouge, il est temps que cela se termine. Personne à l’horizon. Je fais la dernière descente à fond avec le peu de lucidité qu’il me reste… J’arrive dans le champ d’arrivée et vois un concurrent 20s devant, c’est un étranger, ça m’importe peu. Me voilà 4ème, pour la 4ème fois.

Frustrant ? Non ! Je viens de sauver ma saison, j’ai fait une course quasi parfaite, je suis super content de ma journée. Les trois coureurs devant moi étaient beaucoup plus forts. J’ai l’impression d’avoir rentabilisé au mieux mes petits Watts, d’avoir déjoué les pronostics et d’avoir mis dans les rétros bon nombre de coureurs meilleurs que moi. 

Je félicite Hugo Drechou, Axel Roudil-Cortinat et Léo Bartoletti qui composent donc dans cet ordre le podium de ce championnat de France. Chez les dames, Léna Gerault (photo) s’impose devant la locale de l’étape Tatiana Tournut et Margot Moschetti. Au niveau de la course internationale hors classe, c’est le Suisse Alexandre Balmer qui remporte la course devant son compatriote Martin Fanger et l’Allemand Simon Stiebjahn.

Balisage et polémique…

On aurait aimé pouvoir en rester là dans le récit, mais il nous faut hélas signaler que la course homme a connu un souci de balisage important au 15ème kilomètre. Nous savons le cœur mis à l’ouvrage par les organisateurs, et nous ne le remettons pas en cause, mais il n’en reste pas moins qu’une cinquantaine de coureurs se sont retrouvés sur le parcours réservé aux féminines pendant plusieurs kilomètres, dont deux des favoris, Hugo Drechou et Tristan Arioli. Un enchaînement de circonstances a mené à cette erreur, dont l’absence d’un signaleur à cet endroit. 

L’organisation a essayé de réagir au plus vite en contactant les motos ouvreuses et en aiguillant les concurrents vers le bon tracé. Il faut prendre en compte que les bouleversements dans le comité d’organisation il y a quelques mois n’ont laissé que très peu de temps à l’équipe pour se roder. Néanmoins, le mal est fait et bon nombre de coureurs n’ont pas pu défendre leur chance de bien figurer dans le classement final. Les organisateurs ont essayé  de prendre le témoignage de chaque personne s’étant trompée à l’arrivée afin de tâcher d’établir un classement le plus cohérent possible.

Pendant un moment, le titre d’Hugo Drechou a même été questionné, certaines personnes lui reprochant de n’avoir pas repris le tracé là où il l’avait quitté. Après de longues délibérations et faute de preuves, il a été déclaré officiellement champion de France.

Nous avons contacté l’organisation concernant ces différents problèmes. Elle confirme qu’un enchaînement de défaillances a mené à cette situation. Les bénévoles de la commune de Longchaumois n’étant pas habitués à accueillir l’événement sur les dernières années, quelques automatismes ont manqué pour faire face à la situation. Le nouveau président de La Forestière David Carry assure prendre la problématique très au sérieux. Il a déjà pris contact avec la FFC afin de participer à une formation officielle concernant le balisage des évènements VTT. D’autres mesures complémentaires seront prises également afin que cela ne se reproduise plus.

Hormis cette problématique, il est important de souligner la qualité de l’organisation, comme toujours. Les ravitaillements sont de très bonne qualité, l’ambiance est très conviviale et ce nouveau tracé était très plaisant. Le parcours proposé était moins roulant, plus technique, plus cassant, pari réussi pour Florian. Les singletracks proposés ont été appréciés par tous les participants et tout le monde était enthousiaste quant à la qualité de l’itinéraire et l’entretien des chemins. Dommage que le repas offert ait été supprimé au dernier moment, c’est habituellement un des points forts de cette organisation. Des randonnées et courses enfants avaient également lieu en même temps, pour tous les âges et pour tous les niveaux. Le lendemain, place au XCO pour la finale de la coupe Auvergne Rhône Alpes, un événement bien fourni.

Plus d’infos : https://www.la-forestiere.com/

Par Rémi Groslambert