Prise en main : Protek 29 FS Team, un champion du Monde made in Italy

Tech
18 octobre 2016 — Olivier Béart

Après avoir testé un semi-rigide Protek fabriqué, comme beaucoup de ses congénères, en Asie, nous avons voulu voir ce que valaient les production made in Italy de la marque. Car oui, il reste bel et bien ça et là quelques usines qui produisent des cadres haut de gamme en carbone sur le “Vieux Continent”. Et pas n’importe lesquels en l’occurrence puisque le Protek 29 FS Team que vous avez sous les yeux n’est autre que la machine avec laquelle le Portugais Tiago Ferreira est devenu le champion du Monde de marathon en 2016. Voici ce que nous avons pensé de cette machine d’exception après quelques jours passés à son guidon.

protek_full_copyright_obeart_vojomag-7Protek est une petite marque italienne dont nous avons déjà eu l’occasion de vous parler puisque, peu après son arrivée dans nos contrées, le distributeur belge nous a confié un cadre 29 SL pour un essai (à retrouver ici : www.vojomag.com/test-protek-29-sl-bombe-vernis). Nous avons découvert un vélo léger, au rendement élevé et bien fini (en Italie), mais qui ne pouvait cacher ni faire oublier ses origines de cadre générique asiatique (option choisie par la marque pour faire face à la demande, bien trop importante pour ses capacités de production “in house”). Et il nous avait surtout donné envie de tester un “vrai” Protek, conçu et fabriqué entièrement en Italie.

Cape_Epic_2016-50.jpg
Photo by Nick Muzik/Cape Epic/SPORTZPICS

Cette fameuse machine, c’est le Protek 29 FS Team, qui n’est autre que le full-suspendu utilisé depuis le début de cette saison par Tiago Ferreira et au guidon duquel il a conquis plusieurs victoires comme le général de l’Andalucia Bike Race et du Belgian Mountainbike Challenge (BeMC), une étape du Cape Epic (avec son coéquipier Grec Periklis Ilias) et bien sûr son titre de champion du Monde Marathon à Laissac.

Un semi-rigide made in Italy est également au catalogue, le V9.F, mais nous avons préféré ici nous diriger vers le full car nous étions impatients de voir ce que ce vélo souvent aperçu dans les pelotons a dans le ventre. Nous avons donc mis la main sur un des tout premiers exemplaires de production, que nous avons roulé pendant une petite dizaine de jours sur nos terrains de jeu habituels ainsi que lors d’une épreuve type “raid”.

Cadre et cinématique

protek_details_copyright_obeart_vojomag-3Le cadre du Protek 29 FS Team se veut particulièrement léger, avec 1700g annoncés en taille M, sans amortisseur. Pour arriver à ce poids, la marque utilise des fibres T800 haut de gamme et permettant de diminuer la quantité de résine utilisée. La finition est un peu “old school” avec une couche de finition en carbone tressé qui rappelle les années 2000, mais l’ensemble est magnifique et bien mis en valeur par la qualité du vernis, ce qui se remarque notamment quand on lave le vélo car les saletés semblent glisser sur le cadre. Il est aussi très peu sensible aux rayures.

Toute la visserie est en aluminium pour gratter encore quelques grammes, mais on peut regretter que la marque ait choisi des tailles peu courantes pour les empreintes Torx (T27, T30), ce qui n’est pas très pratique quand il faut resserrer un axe baladeur sur le terrain (oui, c’est du vécu).

Les passages internes des gaines et de la Durit de frein arrière semblent en revanche bien pensés. On note aussi l’adoption d’un axe arrière en 142x12mm (non Boost, donc), ainsi que d’un boîtier de pédalier Pressfit BB92.

protek_details_copyright_obeart_vojomag-24Au niveau du principe de suspension, le Protek 29 FS Team reste sur du classique, avec une cinématique de type monopivot à biellette. Le point de pivot près de l’axe de roue arrière est remplacé par un aplatissement assez spectaculaire au niveau des haubans afin de créer une zone de déformation.

L’absence de roulements à ce niveau permet de gagner encore un peu de poids, à la manière de ce qu’on rencontre sur un Cannondale Scalpel ou un Scott Spark de dernière génération par exemple.

protek_details_copyright_obeart_vojomag-4Au niveau de la biellette située près de l’amortisseur, en aluminium, on remarque que le point d’ancrage est  monté sur excentrique. Voilà qui pourrait permettre de faire varier légèrement la géométrie et de coucher les angles, mais malheureusement, il manque un peu de place avec l’amortisseur Fox et la biellette vient buter sur le piston en position basse. La marque ne communique pas sur cette possibilité d’ajustement, mais on peut regretter cette occasion manquée pour quelques dixièmes de millimètres.

protek_full_copyright_obeart_vojomag-3C’est d’autant plus dommage que Protek est resté assez conservateur au niveau de la géométrie, avec des angles relativement redressés (70° de douille de direction) qu’il aurait été agréable de pouvoir coucher un peu. Le tube supérieur étant plutôt long (600mm en taille L) et la tige de selle avec recul, nous avons opté pour une potence plus courte (90mm) que la 105mm montée d’origine. Enfin, les bases restent assez longues (443mm), ce qui tend à dessiner les contours d’un cadre plutôt taillé pour les tracés rapides. Bref, un vrai marathonien ! Mais nous verrons ce qu’il en est réellement sur le terrain.

Equipement

protek_full_copyright_obeart_vojomag-9Nous n’allons pas nous étendre trop sur les équipements puisque tout ou presque est à la carte et même si l’importateur privilégie les groupes Sram ainsi que les suspensions Fox, d’autres options sont possibles. La seule contrainte, en définitive, sera votre budget. Car le poids plume made in Italy a un prix : 3400€ le cadre hors amortisseur… mais avec peinture personnalisée comprise.

Au total, monté comme ici en Sram XO1 (avec pédalier Eagle), les roues carbone et les suspensions Fox dont l’excellente F32 Step Cast, l’addition grimpe à plus de 8000€. C’est cher, très cher même, mais finalement dans les mêmes zones que les modèles haut de gamme des grands constructeurs avec, ici, une bonne dose d’exclusivité en plus.

Un dernier mot dans ce chapitre pour signaler la présence de nombreux composants Leonardi Factory sur le montage présenté ici. Logique : les deux marques sont proches et l’importateur pour nos contrées est le même. Les pièces carbone comme le cintre et la tige de selle sont de très belle facture, tout comme les moyeux au look volumineux qui sort de l’ordinaire. Mais c’est surtout la cassette General Lee en 9/45 et 11 vitesses qui a retenu notre attention. Nous vous en parlerons bientôt dans un test détaillé, qui sera rédigé en compagnie des deux lecteurs qui ont remporté un kit Leonardi Factory mis en jeu lors sur notre stand lors du dernier Roc d’Azur. Pour l’heure, place à l’action pour voir ce que le Protek 29 FS Team a dans le ventre !

Protek 29 FS Team : premières impressions

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-16Nous n’avons pas eu l’occasion de rouler le Protek 29 FS Team aussi longtemps que lors de nos tests habituels, ni de le faire essayer par trois de nos testeurs comme nous nous l’imposons dans le cadre de notre protocole. Nous parlerons donc ici de prise en main plus que d’un vrai test. Néanmoins, nous avons eu l’occasion de voir plusieurs facettes du vélo et de parcourir plus d’une centaine de kilomètres à son guidon, ce qui permet déjà de se forger un avis assez clair.

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-6Le premier contact avec le vélo n’est pas aussi flatteur qu’avec d’autres machines (même s’ils ne sont pas les seuls, on pense toujours à Specialized qui, dans ce domaine, parvient toujours à faire des vélo qui tombent naturellement sous les appuis). La position se montre assez exigeante et plutôt nez dans le guidon. Le ton est donné : on est ici face à une machine de course, point à la ligne ! Et ce genre d’engin, ça s’apprivoise. Ca se dompte.

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-9Dès qu’on pousse sur les pédales, cette impression se confirme. Boum, ça explose entre les jambes et, même en petite forme, on se prend pour un champion du Monde. La commande au guidon des suspensions Fox est bien utile, mais pas absolument indispensable car, même en mode 100% ouvert, le vélo est une petite bombe qui peut regarder des références comme le Cannondale Scalpel 2017 ou le dernier Scott Spark droit dans les yeux.

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-15Dans les ascensions, mieux vaut enclencher le mode Propedal ; pas vraiment pour éliminer le pompage qui n’est pas un souci sur le Protek 29 FS Team, mais plutôt pour garder l’arrière haut dans le débattement et conserver une position qui favorise le pédalage. Car le vélo a, comme c’est souvent le cas avec ce type de suspension, un peu tendance à s’affaisser dans les forts pourcentages.

Même sur des sols jonchés de cailloux et de racines, on perd rarement l’accroche

On sent que le grip en côte est excellent et l’apport de la suspension est bien réel. Même sur des sols jonchés de cailloux et de racines, on perd rarement l’accroche et dans une optique de performance, c’est aussi un élément très important. Au niveau du confort, le Protek 29 FS Team apporte aussi un gros plus, mais il faut aller vite pour en profiter.

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-5A allure calme, on ressent une certaine fermeté, mais c’est compréhensible vu le programme auquel se destine le vélo. Par contre, quand on avionne pour tenir une moyenne de plus de 20 à l’heure, il permet de rester assis sur la selle quasiment en toutes circonstances et de se concentrer sur une seule chose : son coup de jarret !

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-11Dans le cadre d’un usage marathon comme on l’entend sur les épreuves UCI et sur la plupart des événements de masse, le Protek 29 FS Team est une arme redoutable, notamment en se montrant très stable et rassurant à haute vitesse. Il est aussi très agréable dans les petits singletracks tortueux mais pas trop techniques, où il fait preuve d’une belle maniabilité.

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-12Par contre, dans certaines descentes très raides et techniques, il montre ses limites. La position fort sur l’avant et la suspension arrière qui ne rentre, cette fois, pas facilement dans le débattement, ne placent pas dans les meilleures dispositions pour aborder les passages les plus difficiles. Bref, ne l’emmenez pas sur un parcours XC dernier cri en mode Coupe du Monde, car ce n’est pas son univers.

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-13Dans ces circonstances, on ressent aussi les limites de la suspension arrière. Même si elle montre bien qu’elle offre 100mm de débattement sur les gros impacts, son retour manque un peu de maîtrise. Malgré plusieurs réglages différents sur l’amortisseur, nous ne sommes pas parvenus à avoir un comportement parfaitement maîtrisé sur les successions d’impacts.

protek_full_action_copyright_obeart_vojomag-8Nous pensons que cela peut provenir du bras arrière qui joue sur la déformation du carbone pour se passer de pivot sur roulements. De grandes marques ont eu besoin d’énormément de mise au point pour réussir à contrer cet “effet ressort” sur des suspensions de ce type et on comprend que Protek, tout spécialiste du carbone qu’il soit, ait aussi un peu de mal à maîtriser parfaitement cet aspect. Rien de dramatique cependant, mais quand on parle d’un vélo aussi haut de gamme, on se doit de relever le moindre point de détail ressenti pendant l’essai.

Verdict

protek_full_copyright_obeart_vojomag-2Comme pour le semi-rigide que nous avons testé un peu plus tôt dans l’année, on sent que Protek met en tête de ses priorités la réalisation de vélos hyper performants destinés à un usage marathon. Et ça, pour être performant, il l’est ! Confortable, il l’est aussi, mais toujours dans cette optique de rendement et pour permettre au pilote de se concentrer uniquement sur son pédalage. On ne peut qu’admirer aussi la démarche d’une petite marque de se lancer dans le développement et la production d’un full suspendu en carbone d’un tel calibre. Par contre, on peut regretter que Protek ne profite pas de sa qualité de constructeur à part entière et de la liberté que cela autorise pour s’aventurer dans des voies plus osées en matière de géométrie. A cause de son classicisme, il voit son usage limité au champ bien précis du marathon et de la rando (très) sportive. Mais n’espérez pas l’emmener sur un raid hyper technique car il n’y sera pas à l’aise. Et vous non plus. Ce qui nous fait dire que, si Protek est une marque hyper pointue et pertinente en usage marathon, elle gagnerait peut-être à s’entourer de coureurs issus d’autres horizons pour donner à ses vélos ce petit grain de folie et de génie qui leur manque actuellement. Cela dit, si on se laisse tenter par ce Protek 29 FS, on a déjà la certitude d’acquérir un vélo atypique dont les défauts contribuent au charme, un peu comme une Caterham ou une Morgan pour faire une analogie avec l’automobile. Dans la production actuelle, c’est assez rare pour être souligné.

Plus d’infos : www.cicliprotek.it et “Le Ravito” pour contacter l’importateur.