Portfolio | Worlds XC 2017 - Cairns : de la poussière, émergea la Suisse

Sport
13 septembre 2017 — Olivier Béart

Neff, par-delà les chutes et les crevaisons

Jolanda Neff a déjà connu à de nombreuses reprises la victoire en Coupe du Monde. Elle a même gagné le général. Elle a aussi plusieurs titres de championne du Monde à son actif… en U23 et même en marathon. Mais celui de la catégorie Elite s’était jusqu’alors toujours refusé à celle qui est pourtant sans conteste une des meilleures bikeuses de sa génération. Cette fois, elle a pu lever les bras au ciel. Voici comment cela s’est passé.

Dès le départ, la fusée suisse est en marche, et elle a trois étages : Linda Indergand emmène Jolanda Neff et Kathrin Stirnemann qui se souvient de son expérience en XC Eliminator pour faire un start canon. Elle va cependant rapidement décrocher, au contraire de Linda Indergand qui va rester aux avant-postes un peu plus longtemps avant de voler au tapis et de reculer loin dans la hiérarchie.

Pauline Ferrand-Prevot, elle, prend un bon départ mais elle est encore loin de la tête et elle doit s’extirper du peloton dans le premier tour à cause de son dossard 18. Une tâche particulièrement difficile sur ce circuit étroit et rempli de pièges. Sans oublier la poussière qui rend la respiration et la visibilité précaires dans le trafic.

Mais la Française a retrouvé ses meilleures jambes ! Ses dernières performances de la saison, en VTT comme sur route (2e à Mont-Ste-Anne notamment), étaient encourageantes, mais elle montre ici qu’elle a autant le physique que le mental pour jouer le podium.

En tête, Jolanda Neff a décroché tous ses adversaires et elle commence son cavalier seul. Véloce dans les montées…

… et agressive dans les descentes avec un pilotage incisif, parfois limite, mais qui passe toujours. “Une vraie master-class de VTT”, s’exclame Rob Warner dans ses commentaires au micro de Red-Bull TV !

Juste derrière elle, Annie Last se profile comme sa plus dangereuse rivale en s’installant solidement à la deuxième place… jusqu’à ce qu’une certaine Pauline Ferrand-Prevot surgisse de nulle part et la dépasse de façon autoritaire !

Mais quelques mètres plus tard : coup de théâtre ! Pauline Ferrand-Prevot crève et doit laisser filer Last mais aussi Kalentieva. Bien sûr, c’est un contretemps fâcheux, mais signe qu’elle est en pleine confiance, PFP ne s’affole pas et rejoint la zone technique à plat en ne perdant qu’une petite minute dans la mésaventure. Cela aurait pu être pire.

Annie Last en profite pour occuper définitivement la 2e place et conclure en beauté une saison qui l’a vue émerger au plus haut niveau.

Pauline Ferrand-Prevot ne rattrapera pas la Britannique, mais elle va malgré tout réussir à reprendre la 3e place car c’est ensuite au tour de Kalentieva de crever ! Elle terminera finalement 5e après s’être fait doubler par Maja Wloszczowska.

La course va aussi s’avérer cruelle pour Annika Langvad, la championne sortante, jamais dans le coup. Yana Belomoina, la révélation de l’année et vainqueur du général de la Coupe du Monde, va aussi faire les frais du cruel parcours australien. Victime d’une chute aux entraînements, elle devra abandonner après seulement deux tours lors de la course.

Du côté belge, Githa Michiels a souffert de la chaleur et d’un parcours ne lui convenant pas vraiment. Elle prend tout de même une très correcte 21e place.

A l’arrivée, alors que Jolanda Neff, Annie Last et Pauline Ferrand-Prevot savourent…

… la déception et la souffrance se lisent sur d’autres visages. Kalentieva maudit ce fichu pneu crevé (qui ne l’a néanmoins pas beaucoup plus retardée que PFP) et Emily Batty commence doucement à sentir la douleur de sa jambe meurtrie lors d’une chute en fin d’épreuve. Ce qui ne l’a pas empêchée de remporter le sprint pour la 7e place, alors qu’on se rendra compte par la suite que son genou était profondément lacéré. Il nécessitera même une petite opération !

Sur le podium, on retrouve trois grands talents, de vrais diamants bruts qui ont tous connu des hauts et des bas ces dernières années… mais qui brillent aujourd’hui au sommet.

Pas le temps de se reposer, place maintenant à la course des hommes !