Portfolio | Cyclocross : plongez dans le chaudron de Zonhoven

Par Adrien Protano -

  • Staff pick

  • Sport

Portfolio | Cyclocross : plongez dans le chaudron de Zonhoven

Discipline (très) populaire du cyclisme, à la fois proche et éloignée de nos occupations habituelles chez Vojo, une question s’est imposée : qu’est-ce qui rend une manche de Coupe du monde de cyclo-cross si magnétique, au point de rassembler des dizaines de milliers de spectateurs au cœur de l’hiver ? Direction Zonhoven, en Belgique, pour tenter de comprendre. Non pas avec un regard d’expert du CX, mais avec celui d’un observateur curieux, sensible à l’ambiance, au terrain, et à ce que ce sport raconte du vélo, dans sa forme la plus brute : 

Habituellement, Vojo ne couvre pas le cyclo-cross. Ce n’est pas notre terrain de jeu principal, ni notre spécialité. Pourtant, il y avait cette curiosité, presque irrésistible, d’aller voir de près ce que représente vraiment une manche de coupe du monde de CX. L’envie de sentir l’ambiance, d’observer les détails, de comprendre pourquoi des milliers de personnes se déplacent pour regarder des coureurs lutter dans le sable et la boue.

Avec plusieurs manches du calendrier 2025-2026 en Belgique, c’est finalement Zonhoven qui s’est imposé. Pour sa proximité géographique certes, mais aussi et surtout pour son parcours et son côté «  carte postale ».

Les jours précédant la course, la neige est tombée sur le Limbourg, et le froid n’a jamais vraiment desserré son étau. Ce matin encore, le gel est bien présent. À Zonhoven, le décor est presque irréel : tout est blanc autour du circuit, les arbres, les talus, les chemins d’accès. Une ambiance magique, presque silencieuse par moments, que viennent rompre les cloches et les encouragements du public (sans parler de la musique d’ambiance).

Mais sous cette carte postale hivernale se cache une réalité bien plus dure : un sol presque gelé, des appuis traîtres, un sable encore plus exigeant que d’habitude. Les conditions sont magnifiques à regarder, mais impitoyables à affronter.

Très vite, le public répond présent. Les cloches résonnent, les encouragements fusent, la foule se presse au plus près du circuit, emmitouflée mais passionnée. « À Zonhoven, le cyclo-cross est une culture, presque un rituel », commente un habitué. C’est plus de 20 000 personnes qui ont fait le déplacement, un record pour cette manche.

Hommes : Mathieu van der Poel, qui d’autre ?

Il faut dire que c’est une occasion de choix pour assister à la domination qu’impose le Néerlandais Mathieu van der Poel cette année. Avec huit courses (sur huit) remportées cette saison, le pilote d’Alpecin Premier Tech ne tarde pas à faire parler la poudre. Le Néerlandais semble évoluer dans une autre dimension. Là où les autres luttent pour rester sur le vélo, lui trouve des trajectoires, impose son rythme, dompte le sable. Tour après tour, l’écart se creuse, inexorablement.

À l’arrivée, le constat est sans appel. Neuvième course de la saison, neuvième victoire. Une domination totale, presque écrasante, qui laisse peu de place au suspense pour la victoire, mais qui force le respect. Malgré deux crevaisons, il termine avec plus d’une minute et trente secondes d’avance.

Derrière l’intouchable Mathieu van der Poel, la véritable bataille s’est jouée pour les places d’honneur. En l’absence de Wout van Aert et Laurens Sweeck, tous deux absents sur blessure, les regards étaient tournés vers la nouvelle génération. Tibor Del Grosso a été le premier à tenter sa chance, mais une glissade sur la glace a rapidement mis un terme à ses ambitions immédiates.

Le flambeau est alors passé à Thibau Nys, qui a pris les commandes du groupe de poursuivants avant de connaître à son tour une fin brutale. Sur un passage piégeux, le Belge a perdu le contrôle de son vélo, s’envolant spectaculairement au-dessus des barrières. Direction la zone technique, avec un guidon brisé et une course à oublier.

Dans ce contexte chaotique, Del Grosso a su rebondir et s’isoler à l’avant avec un solide Emiel Verstrynge. À l’arrivée, le Néerlandais s’est montré le plus régulier et s’est adjugé la place de « meilleur des autres », à 45 secondes du vainqueur.

Troisième, Verstrynge a confirmé sa montée en puissance et s’avance désormais comme un sérieux outsider en vue du championnat de Belgique de la semaine prochaine.

Femmes : Ceylin Alvarado en outsider

Chez les Femmes, le scénario est complètement à l’inverse : Lucinda Brand s’est vue stoppée dans son impressionnante série de 13 victoires consécutives par Ceylin Alvarado, coéquipière d’un certain Mathieu… Gros week-end pour le team Alpecin Premier Tech !

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par UCI (@uci_cycling)

Tout au long de l’épreuve, les erreurs se sont multipliées dans le mythique Kuil, durci par le froid. On aura notamment assisté à cette chute successive des trois pilotes de la tête de course lors de la même descente.

Puck Pieterse, qu’on connait bien en VTT XC, a longtemps animé la course par son engagement et son audace, avant de payer ses prises de risques sur un terrain impitoyable. Elle terminera troisième.

Brand, pourtant revenue à plusieurs reprises après des chutes, a fini par céder dans le dernier tour après une erreur de trop, laissant Alvarado s’échapper définitivement.

Une victoire construite moins sur la force brute que sur la lucidité et la régularité. Derrière, Lucinda Brand doit se contenter de la deuxième place, Pieterse complète le podium.

La coupe du monde de cyclo-cross, une première pour moi !

Au-delà des résultats, cette première incursion sur une manche de coupe du monde de cyclo-cross a attisé ma curiosité sur bien des points :

Le premier – pour l’avoir vécu en tant que spectateur – se trouve du côté de l’organisation et du site de la course. Zonhoven, et plus particulièrement le lieu dit « De Kuil » (qui se traduit par La Fosse) ressemble à une véritable arène moderne. Cette partie spectaculaire du circuit permet de voir plusieurs passages des pilotes sans bouger, avec d’impressionnants passages. Et même dans cette zone très fréquentée du parcours, tout est facilement accessible et clair pour les spectateurs. C’est un point général : l’organisation est bien rodée.

C’est surement le deuxième point qui m’a le plus marqué : les supporters. Si le vélo est un sport de passionnés en général, et qu’on retrouve de nombreux fans endiablés sur le bord des épreuves VTT, le cyclo-cross a son ambiance si particulière et inimitable ! Sans parler de la fête aux abords du podium après la course…

Les ponts avec les autres disciplines du vélo (principalement le VTT et le gravel) sont évidents. Lecture du terrain, finesse de pilotage, engagement physique : autant de compétences communes.

Le cyclo-cross  met en lumière une autre qualité essentielle : la gestion du risque.

Plus encore que la condition physique, Zonhoven (et le cyclo-cross en général) met en lumière une autre qualité essentielle : la gestion du risque. Dans ces conditions extrêmes, attaquer sans retenue n’est pas synonyme de performance. Au contraire, la course s’est souvent jouée sur la capacité à rester debout, à accepter de lever le pied à certains endroits pour mieux attaquer ailleurs. Chaque erreur se paie cash, parfois définitivement. Voilà qui me rappelle drôlement la compétition VTT.

Dans un contexte pareil, le matériel quitte son rôle secondaire pour devenir un facteur déterminant. Pressions de pneus ajustées au dixième de bar, compromis délicat entre accroche et rendement sur un sol dur comme la pierre, choix de crampons capables de gérer à la fois la glace et le sable pour cette course, gestion du froid pour les mains, les transmissions, les freins… Autant d’éléments invisibles à l’écran, mais cruciaux sur le terrain. À Zonhoven, le matériel ne faisait pas gagner la course, mais le moindre mauvais choix pouvait sembler suffire à la faire perdre. « À quand la tige de selle télescopique en CX », me suis-je demandé à plusieurs reprises avec mon background VTT.

  1. On précisera que les pilotes sont autorisés à changer de vélo durant la course en passant au sein de la zone technique. Un choix qui m’apparaît comme stratégique, un peu à l’image des arrêts aux stands en Formule 1. Deuxième grande différence avec mes habitudes, la section de pneus ici limité à 33 mm, là où on a tendance à l’augmenter de plus en plus en Gravel et en VTT.

En quittant le circuit, le froid est toujours là, le sol toujours dur, la neige toujours présente autour du circuit. Mais une chose est sûre : vivre un cyclo-cross comme celui-ci, au cœur de l’hiver flamand, c’est comprendre pourquoi cette discipline fascine autant. Un mélange brut de nature, d’effort et de passion. C’est promis, je reviendrai !

Par Adrien Protano