Nouveauté | Le 32 pouces en gravel, une vraie (r)évolution ? On a testé le Chiru Veldt !
Par Olivier Béart -
On parle beaucoup de l’arrivée du 32 pouces dans le VTT, et ça fait débat, à juste titre. Mais on commence aussi à en discuter dans le milieu du gravel. Et si, au fond, c’était là que s’opérait la vraie révolution, avec des avantages encore plus clairs qu’en VTT ? Pour le savoir, Vojo a testé un des tout premiers vélos de gravel de série du marché, le Chiru Veldt. Quels sont les ingrédients d’un bon gravel 32 pouces ? Comment ce type de vélo se comporte sur le terrain ? On vous dit tout :
Nous avons déjà eu l’occasion de vous parler à plusieurs reprises des roues de 32 pouces an VTT, notamment ici et ici. Non pas pour vous dire qu’il faut absolument changer (d’ailleurs, personne ne vous y obligera jamais), mais pour vous donner de vraies infos, sincères et chiffrées après avoir construit notre propres VTT 32 pouces et après l’avoir testé longuement pour peser le pour et le contre. Dans la même logique de curiosité et de volonté de vous livrer des informations de qualité, nous avons essayé pour la première fois un vélo de gravel en 32 pouces pour voir ce que peuvent bien valoir les grandes roues pour cette autre pratique du vélo off-road.
Après tout, le format de roues des vélos de gravel actuels est hérité d’un standard établi sur la route et en VTT, mais qui n’est pas nécessairement le plus adapté pour une pratique tout-terrain. De la même manière que le 29 pouces a remplacé le 26 pouces hérité des beach-cruisers qui ont donné naissance aux premiers VTT, le gravel a peut-être à gagner à s’émanciper de ses racines historiques.
Sur papier, le pour et le contre du 32 pouces en gravel
Sur papier, les roues de 32 pouces pourraient d’ailleurs bien être encore plus intéressantes et s’adresser à un plus large panel d’utilisateurs qu’en VTT. Pourquoi ? Voici quelques-unes des raisons qui plaident en faveur de ce format de roues :
- La vitesse : si, en usage VTT, on peut trouver que le 32 pouces est un peu pénalisant dans les relances et qu’il nécessite de la puissance pour les côtes raides et les relances, ces circonstances sont plus rares en gravel. Les pentes sont moins fortes, et on reste globalement à des vitesses plus élevées, où l’inertie est plus un allié qu’un ennemi.
- L’accroche : là, comme en VTT, la plus grande surface de contact est un vrai atout. Encore plus quand on ne dispose pas de suspensions pour aider les roues à rester plaquées au sol au maximum. Au niveau de la traction de la roue arrière, tout comme en grip latéral dans les virages, le 32 devrait en principe être un réel atout.
- Le confort : de plus grandes roues vont davantage survoler les obstacles, moins buter sur les reliefs du terrain et apporter en théorie plus de filtration des vibrations, et donc plus de confort.
- La sécurité : de la même manière, des roues plus grandes qui butent moins sur les obstacles vont diminuer le risque d’être arrêté net par un trou ou un relief plus gros, ce qui, vu l’absence de suspensions en gravel (ou leur très faible débattement) ainsi que les vitesses atteintes, peut vite devenir la hantise des adeptes de la discipline.
Au niveau des points négatifs potentiels, on relève notamment :
- Le surpoids : pas de miracle, des roues plus grandes seront forcément plus lourdes, comme les pneus et même le châssis du vélo. Il faudra donc soit s’en accommoder, soit monter en gamme pour compenser la prise de poids par des composants plus pointus technologiquement (en gardant à l’esprit que même le 32 pouces le plus léger sera toujours plus lourd qu’un gravel classique très haut de gamme, même si cette différence peut être réduite si on a un portefeuille bien garni).
- La limite de taille : si les cyclistes de grande taille se réjouiront d’avoir enfin des vélos mieux proportionnés pour eux, il faut se rendre à l’évidence : il sera très compliqué, pour ne pas dire impossible, de faire des vélos 32 pouces cohérents en taille S. De l’avis général des professionnels consultés, la limite raisonnable se trouve au niveau de la taille M pour des vélos se destinant à des pilotes de minimum 170 cm.
- La maniabilité : sur papier, un vélo équipé de roues de 32 pouces sera plus difficile à faire tourner, moins réactif et donc moins maniable qu’un modèle équipé de roues classiques. Mais on a vu avec le 29 pouces par rapport au 26 pouces à VTT qu’il était possible de retrouver un autre type de plaisir de pilotage avec de grandes roues.
- La disponibilité des pièces : c’est un classique avec l’arrivée de nouveaux formats, la disponibilité des pièces est un défi important. Mais ici, on peut déjà relativiser car plusieurs modèles de pneus sont déjà disponibles ou en passe de l’être et l’offre en roues commence à exister elle aussi. Bref, il faudra encore attendre un peu pour avoir une offre aussi complète que pour le format actuel, mais cela devrait aller plus vite qu’en VTT car la conception des cadres et des fourches est moins complexe.
Enfin, il reste la question de l’esthétique liée à ces roues géantes, et la perception très personnelle que chacun aura de ce changement assez marquant des lignes du vélo avec le 32 pouces. Pour notre part, nous trouvons cela assez racé et le design global de ce Chiru Veldt plutôt très réussi. En voyant le vélo en vrai, on s’habitue d’ailleurs très vite à l’esthétique globale de la machine, à tel point qu’on trouve vite qu’un gravel classique a l’air d’avoir de trop petites roues et semble un peu bizarre quand on le revoit.
A quoi faire attention pour concevoir un bon gravel 32 pouces ?
Au-delà des avantages et défauts théoriques du format, la conception même du vélo a une importance capitale, et il convient de réunir un certain nombre d’ingrédients de base indispensables pour réussir sa recette d’un bon gravel 32 pouces. Pierre-Arnaud Le Magnan, le boss de la marque de vélos Chiru, nous explique comment il a conçu le Veldt 32 pouces en titane qui illustre cet article et que nous avons pu tester.
« Le premier point qu’il me semble important de préserver avec le 32 pouces, ce sont les bases courtes. Elles permettent de préserver beaucoup de la vivacité du vélo au pédalage, dans les relances et aussi de la maniabilité« , explique notre homme.
Concrètement, cela amène quelques défis techniques, et Pierre-Arnaud a développé une pièce spécifique réunissant le boîtier de pédalier et le début des bases en impression 3D pour optimiser les formes et permettre de combiner les bases courtes avec un bon dégagement du pneu et de la place pour un grand plateau de 46 dents maximum.
« Cela peut sembler paradoxal, mais si on veut que le pilote se sente directement comme à la maison, il faut repenser toute la géométrie du vélo. On va allonger un peu l’avant et prévoir de mettre une potence plus courte pour éviter le « toe overlap » (contact de l’avant du pied avec le pneu dans les virages), et on va aussi abaisser le boîtier de pédalier pour conserver une hauteur identique à celle d’un gravel en roues classiques. Sinon, le centre de gravité est bien trop haut et le comportement du vélo ne sera pas bon », ajoute Pierre-Arnaud.
Idem pour la fourche, dont la hauteur a été limitée au maximum, tout en gardant un dégagement confortable pour permettre le montage de pneus de forte section (jusque 2.4″). Elle est ici en titane, avec une partie supérieure en impression 3D.
« Sur un 32 pouces, il ne faut pas non plus oublier la rigidité. Pour cela, nous avons travaillé les tubes afin de limiter la flexion latérale tout en gardant une bonne capacité de déformation verticale pour le confort, car on ne peut pas tout reporter sur les grandes roues. Cela ne dispense absolument pas de faire un cadre où la réflexion sur la dissipation des vibrations reste une préoccupation centrale. Sur le Veldt, on a donc des tubes particulièrement travaillés au niveau des formes grâce à différentes techniques (hydroformage, épaisseurs variables, impression 3D, etc.). »
Du coté des roues, Chiru a opté pour le standard Boost, hérité du VTT, avec un entraxe de 148 mm à l’arrière et 110 mm à l’avant au niveau des moyeux. « Ici, ce premier modèle de présentation est équipé de roues à bâtons assez spécifiques, mais sur des roues à rayons plus classiques, cela permet d’avoir des flasques plus écartés sur les moyeux pour une meilleure rigidité des roues. Et, à l’arrière, le moyeu Boost plus large permet aussi de raccourcir les bases. A mon sens, c’est le meilleur format pour le gravel, d’autant que les pièces disponibles sont nombreuses vu qu’il s’agit du standard VTT. »
Au niveau du poids, nous avons pesé le Chiru Veldt de notre article à 9,2 kg avec porte-bidon, roues à bâtons Bike Ahead et pneus Maxxis Aspen ST en 32×2.25″. Le cadre seul est disponible dès à présent au tarif de 3085 €, et la fourche en titane au prix de 825 €. Une fourche carbone plus accessible sera également proposée très bientôt, ainsi que des roues à jantes basses et hautes réalisées en collaboration avec la marque belge 9th Wave.
Premier test terrain du Chiru Veldt gravel 32 pouces
Après la théorie et les interrogations légitimes sur l’esthétique et l’encombrement de ces roues géantes, place à la vérité du terrain. Nous avons eu l’occasion de faire un premier essai du Chiru Veldt 32 pouces sur nos terrains de jeu habituels à Liège (Belgique). Ce n’était donc clairement pas un test longue durée comme nous l’entendons chez Vojo (ça arrivera, un peu de patience), mais un premier essai très instructif sur une boucle que nous connaissons par cœur, ce qui permet déjà de tirer quelques enseignements intéressants.
Un premier essai court, mais d’autant plus instructif que Pierre-Arnaud Le Magnan avait aussi emporté avec lui un Chiru Allure en format de roues classique, et nous avons pu passer d’une monture à l’autre sur plusieurs petites boucles au cours du trajet.
Première bonne surprise, on prend très vite ses marques. Une fois aux commandes, on oublie rapidement la taille de roues quand on ne regarde pas le vélo et qu’on se concentre uniquement sur les sensations de roulage. Si on excepte le cintre bien trop étroit à notre goût (380 mm, alors qu’on aurait préféré un 420 mm), le reste des sensations est très naturel, sans impression d’être haut perché (merci le boîtier de pédalier à la hauteur corrigée), ni d’être sur un espèce de « grand-bi » impossible à faire tourner.
Par contre, dès qu’on arrive sur les premiers obstacles et sur un sol chaotique, on sent clairement la différence. On a l’impression de rester beaucoup plus en surface et de ne pas pouvoir se faire arrêter par les racines ou les gros cailloux. Le vélo conserve sa vitesse avec une facilité déconcertante. Attention, on ne parle pas ici d’amorti vertical pur – rôle qui incombe toujours à la déformation du cadre en titane ou à une éventuelle suspension –, mais plutôt d’une sorte d’amorti horizontal. On a l’impression de survoler les chocs. En enchaînant les boucles comparatives entre le gravel classique et ce 32 pouces, la différence majeure ne se marque pas tant sur le plan du confort absolu que sur celui de l’efficacité pure. C’est cette faculté à garder la vitesse, quel que soit le relief, qui s’avère la plus impressionnante. Quand le terrain devient cassant, le vélo lisse littéralement tout sur son passage.
En courbe, le Chiru se montre également nettement plus sécurisant. Alors certes, notre modèle d’essai ne disposait pas des mêmes pneumatiques que notre monture de référence en roues classiques, mais la physique des grandes roues parle d’elle-même : on sent clairement qu’on peut mettre plus facilement de l’angle. Le grip en grande courbe devient beaucoup plus prévisible, progressif et rassurant.
Cette sensation d’adhérence se retrouve de manière tout aussi remarquable au niveau de la roue arrière lors des accélérations. Au coup de pédale, les relances se montrent un poil moins vives et un peu moins directes qu’avec des roues classiques, inertie supérieure oblige. Mais on y gagne largement en efficacité globale : la roue ne saute jamais et ne perd pas le grip. La puissance passe idéalement au sol, surtout lorsque le terrain est fuyant ou cassant. Les coureurs puissants apprécieront, mais les poids plume et les riders de petit gabarit risquent par contre de regretter les roues classiques (qui vont probablement rester pour les petites tailles, XS, S et cohabiter avec le 32 en taille M)
Dans la boue ou sur des trails avec une adhérence précaire (sable, petite gravette fuyante), la surface de contact au sol est telle qu’il n’y a quasiment pas besoin d’avoir de gros crampons pour pédaler efficacement. Même quand ça devrait glisser, on se rend compte le vélo motrice sans broncher. Alors, oui, nous avions des pneus Maxxis de section importante (2.25″), mais quelques tours de roues avec les pneus Schwalbe G-One RS et RX nous ont montré qu’on doit cette impression surtout au 32 pouces et seulement à la marge au type de pneu que nous avions pour l’essai.
dans les singletracks serrés, force est de constater que la maniabilité reste très bonne. Elle découle ici d'une géométrie particulièrement bien pensée par Chiru
Quid de la maniabilité dans le sinueux ? C’est souvent là qu’on attend de si grandes roues au tournant. Eh bien, dans les singletracks serrés, force est de constater que la maniabilité reste très bonne. Elle découle ici d’une géométrie particulièrement bien pensée par Chiru, qui compense la taille des roues. Cette dernière ne nous a absolument pas paru être un handicap lors des changements de direction rapides. Notre modèle de test était équipé d’un guidon particulièrement étroit (380 mm), et pourtant, nous n’avons éprouvé aucune difficulté à faire tourner le vélo et à enchainer les petits virages. Avec un large sourire en complément !
Enfin, un dernier point qui nous a particulièrement marqués, c’est le niveau de sécurité ressenti au guidon. Il est assez exceptionnel et constitue un point d’amélioration majeur par rapport à un gravel classique. Pour faire simple : on n’a plus peur. Dès qu’on voit un trou, une racine proéminente ou un caillou qui ressort, on sait qu’on pourra l’éviter si nécessaire, mais on sait aussi et surtout que si l’on roule dedans/dessus, le risque de chute ou de prendre un gros coup de raquette dans le guidon ou la selle est minime. On pilote avec beaucoup de décontraction, sans arrière-pensée, mais avec une efficacité redoutable. On se sent en sécurité, alors on lâche les freins en descente. Et dès que la descente devient un tant soit peu cassante, ce Chiru 32 pouces ne laisse vraiment que peu de chances à ses adversaires en roues de 700.
Verdict
On ne va pas vous le cacher, ce premier essai d’un gravel 32 pouces a été très convaincant ! Non seulement ce Chiru Veldt est bien né, mais le format 32 pouces nous a encore plus enthousiasmé que nous aurions pu l’imaginer. Les limitations perçues en VTT s’effacent en très grande partie en gravel, simplement parce que la pratique est différente. Les fortes côtes et les relances sont, par nature, moins présentes en gravel qu’en VTT ; les trails sur lequels on roule aussi, et le comportement attendu d’un gravel en descente tout autant. Voilà autant de raisons qui nous poussent à dire que, pour toute personne de plus de 170/175 cm, le 32 n’a pratiquement que des avantages sur le terrain par rapport au format « 700c » hérité de la route.
Bien sûr, ce n’est que le début, et il faut rester prudents, mais par rapport à l’arrivée du 29 pouces en VTT, la technique semble déjà bien plus prête à accueillir le 32 pouces, surtout en gravel. Il n’y a pas encore beaucoup de pneus ou de roues disponibles, ni de cadres, mais notre petit doigt nous dit que cela va arriver. Allez, on prend les paris : le 32 pouces va mettre encore mettre un peu de temps à arriver en VTT, et il n’y sera peut-être pas hégémonique. Mais en gravel, on vous prédit qu’il va y avoir une véritable déferlante de 32, tant ce format semble adapté et naturel pour la discipline. Le seul obstacle possible ? Que l’UCI s’en mêle et interdise les grandes roues. Mais, à titre personnel, nous n’en avons cure, et le bon de commande pour un cadre Veldt est déjà signé, tant ce premier essai a été concluant.
Plus d’infos sur le Chiru Veldt 32 : https://www.chirubikes.com/kit-cadre/veldt/
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