Une Mega semaine à l’Alpe d’Huez

Par Paul Humbert -

Une Mega semaine à l’Alpe d’Huez

La Mega c’est LA course de descente marathon par excellence. Son départ emblématique sur le glacier du pic blanc est dans tous les esprits et chaque année des hordes de passionnés s’y retrouvent. Cette année, la délégation des tops-pilotes était fournie et Morgane Jonnier, notre rideuse maison, s’est glissée parmi eux. Montez dans sa camionnette pour revivre avec elle sa semaine de la Mega ! 

Mega J-1 : Dimanche

La troisième manche de la Coupe de France d’enduro vient de prendre fin aux Natural Games de Millau, ma camionnette est chargée et c’est parti, je prends la route en direction de l’Alpe d’Huez pour la mythique Megavalanche ! Ma dernière participation date de 2014, une édition dantesque sous la pluie et dans le froid, j’espère que cette année le temps sera avec nous…

Jour 1 : Lundi

06:30, j’ai les yeux grands ouverts et je suis déçue de ne pas arriver à dormir plus longtemps…mais je suis impatiente d’ouvrir les portes de ma camionnette et de voir ce qui m’entoure, c’est la surprise ! Je suis seule au monde, entourée de grandes montagnes aux sommets enneigés. J’en prends plein les yeux !

Je m’installe au soleil pour mon petit déj’ dans ce somptueux décor. Voir ces grands espaces me donne envie d’aller rider. Je me raisonne…mon corps est fatigué après la course du week-end dernier. Une journée tranquille de récup’ me fera du bien. Je décide tout de même d’enfiler mes chaussures de rando et de partir me balader. Je tombe sur une petite cascade. Immédiatement, j’y plonge mes gambettes. L’eau est glacée mais mes jambes endolories me remercient ! La journée se déroule tranquillement entre petites courses, rencontres et bain de soleil.

Jour 2 : Mardi

sans titre-4Une journée tranquille se profile. Le temps est plutôt maussade et je retrouve Nico Quéré, Louis Courbes, et Hugues, le mac giver de chez Commencal. Enfermés dans un chalet, la situation dégénère rapidement et je prends place derrière la caméra pour filmer une vidéo improvisée entre et sur les meubles du chalet…. Nico Quéré fait le show, oups…

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L’après-midi, je saute sur ma bicyclette et je prends le téléphérique pour monter à 2800m d’altitude et ainsi reconnaitre le tracé de la qualif du vendredi matin. Il y a de gros névés et, vu l’heure, c’est de la soupe. Ils sont très difficiles à traverser sans perdre l’équilibre. La suite de la piste est très sèche, poussiéreuse et glissante. Après cette première reco, je continue de rouler sur le bikepark juste pour le fun. Quel plaisir de rider ici !

Jour 3 :Mercredi

Les recos officielles sont lancées, les rubalises sont installées et je pars avec Thomas Lapeyrie et Dorian Prud’homme vers le télécabine de l’Alpe d’Huez. Arrivés au premier intermédiaire, nous descendons pour arriver au départ de la qualif. Le sentier est superbe, il longe les lacs de l’Alpe d’Huez. Vu le spectacle, une pause photo s’impose ! À 2800m, nous nous élançons sur le parcours de la qualif qui débute par un enchainement de lacets. Nous faisons ensuite face à la partie la plus difficile : les névés. C’est une véritable session d’équilibriste entre rochers, neige, et marches. C’est le moment de mémoriser la trajectoire la plus efficace. Evidemment, quelques vols planés sont de rigueur, je galère dans la neige !

sans titre-5Sortis de ce calvaire pourtant amusant, nous poursuivons nos reconnaissances. Nous basculons sur Oz en Oisans. Cette partie en sous-bois est vraiment plaisante à rouler et nous ridons comme des dingues jusqu’à Allemont.

Arrivés en bas de cette descente, de grands sourires sont affichés sur nos minois. En attendant le bus qui nous ramènera à bon port, je cueille de la menthe qui pousse à profusion. À l’Alpe d’Huez, Tito Tomasi nous confectionnera un excellent thé avec…

C’est l’heure de rejoindre notre camp de gipsy dans le pré près du télécabine, de nettoyer les vélos, de sortir les réchauds et de manger des pâtes au soleil. L’une des plus grosses difficultés de la semaine se présente ensuite : trouver une douche ! Merci à Nico Quéré et aux Ravanel pour l’accueil durant toute la semaine !

sans titre-3-2L’après-midi, la clique (Thomas Lapeyrie, Morgane Such, Jules Langeard, Dorian Prud’homme, Louis Courbes et Kilian Bron)  se retrouve autour d’un bon ricard, d’une gaufre au nutella pour les plus gourmands et d’un smoothie pour les heathly boys. Bref, on « chill » et on fait le plein de vitamine D.

Après ce moment de détente, les esprits s’échauffent à nouveau… Des scénarios germent dans la tête des uns et des autres jusqu’au moment où Thomas sort son matos !

sans titreLe soir, direction « le Freeride », un bar de l’Alpe d’Huez. On y boit quelques bières et une nouvelle fois, la folie nous rattrape : on décide de privatiser la patinoire de l’Alpe d’Huez pour des ventriglisse et des défis sur un pied ! Bref, on s’éclate !

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Jour 4 : Jeudi

Retour aux choses sérieuses, j’ai rendez-vous avec l’équipe à 08h15 pour affronter le glacier à 3330 m d’altitude. Il est magnifique mais j’ai la boule au ventre, ce glaçon est impressionnant. Il faut se lancer dans ce mur. Les premiers mètres se passent plutôt bien…jusqu’à ce que le contrôle de ma bicyclette devienne un peu plus fébrile. Je plante l’avant et j’oublie la règle d’or sur le glacier :  « Tu ne lâcheras point ta monture ! » Ooooh miiince ! Je glisse, je roule sur le glacier et mon Rocky est resté 20 m plus haut. Allez hop, on plante la pointe des chaussures et je remonte la pente. Je suis essoufflée, merci l’altitude !

sans titre-2-2L’euphorie est bien là, la peur est oubliée et je descends ce glacier d’une façon non académique. Les sensations sont énormes. Arrivée en bas entière, j’ai déjà envie de remonter. Nous dévalons le tracé jusqu’à Allemont. Nous sommes cuits mais bien excités par cette belle descente. Nous nous retrouvons le soir pour encourager l’équipe de France pendant l’Euro de Foot. Parfait, la France gagne.

Jour 5 : Vendredi

C’est le jour des qualifications. Le départ est donné à 12h30 à 2800m d’altitude. Je me place sur la première ligne à côté de Pauline Dieffenthaler et de Cécile Ravanel. Nous sommes toutes stressées, la musique résonne et le stress monte encore d’un cran ! Un dernier mot d’encouragement entre nous, une tape dans la main : Georges Edwards est face à nous et nous présente les panneaux 5’, 1’, 30’’ et enfin 10’’, ALAAAAAAARMA !

Photo : Cyril Charpin/UCC

Cécile se positionne aux avant-postes d’un coup de pédale nerveux et est suivie de près de l’anglaise Rebecca Baraona. Je me colle dans sa roue à la 3e position.  On descend les lacets et je suis toujours accrochée derrière l’anglaise sur le faux plat avant d’attaquer les nevés et les rochers. Je double Rebecca et je me faufile dans les plaques de neige. Je sors de cette partie en deuxième position, je pédale comme une dingue pour éviter de me faire rattraper et quand je vois Cécile, je décide de ne pas la lâcher des yeux.

Cécile Ravanel. Photo: Cyril Charpin/UCC

J’attaque les parties techniques dans les rochers, j’enchaine les virages, je me régale, c’est trop bon ! Je prends de l’avance sur les filles qui sont derrières, puis arrive ce moment où tout s’écroule, un pssscchiiiit : crevaison ! Je continue à descendre en espérant que le préventif bouche le trou mais ce ne sera pas suffisant, je m’arrête sur le bord, je mets une chambre, je gonfle à bloc, les filles passent et au moment d’enlever la pompe, j’arrache la tête de la valve… Bon ok… je suis peut-être un peu énervée… Déception, je dois continuer à pied jusqu’à la ligne d’arrivée. J’arrive dans les dernières, je ne pourrai pas choisir ma place sur le glacier le lendemain.

Je dépose mon vélo chez Kévin de Two Wheels et il répare et prépare mon Rocky avec soin pour la finale qui a lieu le lendemain. Il a bichonné ma bicyclette toute la semaine !

Jour 6 : Samedi

Photo : Cyril Charpin/UCC

Nous y sommes ! Le réveil sonne à 05h00. J’ai du mal à sortir le bout de mon nez de la couette, il fait frais ce matin ! De la condensation est présente sur le plafond de mon camion. Je ferme une dernière fois les yeux et je me remémore la descente. Ca y est ! J’ai envie d’y aller, de pédaler, de rider, de foncer ! Vite, je saute de mon lit et je sors mon vélo de mon camion (nous sommes un peu à l’étroit là dedans). J’enfile mes affaires de race, je verse mes muesli dans mon mug préféré, un peu de lait de riz, une banane, un coup d’eau et c’est parti !  Je vérifie une dernière fois mon sac à dos, j’ai des gels au chocolat, des barres au beurre de cacahuètes, des chambres à air, une pompe et un multitool. Rien n’a bougé durant la nuit, tout y est et je suis rassurée.

sans titre-306h00, je mets ma veste de ski et je me dirige vers le télécabine. Je retrouve les copines, nous avons toutes le sourire malgré l’appréhension. Nous arrivons sur la plateforme du glacier. Au moment où le soleil se lève. Le décors est magnifique. On se prend en photo, on grignote et on s’échauffe. J’apprécie au maximum ce moment. J’adore cette sensation de stress pendant laquelle je sens l’adrénaline monter petit à petit avec l’envie d’y aller, mais la peur qui nous retient.

photo: Cyril Charpin / UCC

Il est temps d’aller placer les vélos sur les lignes. Je place le mien sur la 3e ligne. Nous inspectons minutieusement la neige. Notre cœur bat à fond. Les VAE sont s’élancer. La musique de départ résonne, c’est parti pour eux !

A notre tour, je dépose ma veste de ski, j’avale un gel et je patiente. Le fameux rituel des panneaux nous indiquant les minutes restantes commence.

La musique résonne à fond ! Cécile Ravanel et Pauline Dieffenthaler se tournent vers moi en souriant : « allez, merde ! ». On se tape dans les mains, je me concentre et je souffle un bon coup. J’y suis, je ne pense plus à rien, j’ai les mains agrippées à mes poignées, j’écarte les coudes, le pied est bien placé sur la pédale, prêt à pousser. Je regarde droit devant, je souris dans mon casque.

ALLAAAAAARMA.

Photo : Cyril Charpin / UCC

On dévale le mur. C’est le chantier. Des filles réalisent une superbe descente sur le vélo, d’autres lâchent le leur, j’en aperçois sur le derrière, sur le dos, sur le ventre, c’est le carnage ! Je me retrouve moi aussi à manger la neige, mais je tiens fermement mon Rocky. En bas du glacier, tout est ok. C’est parti, on attaque les parties rocheuses en restant vigilant. Les pierres sont pointues et je ne souhaite pas crever à nouveau ! Je m’amuse, je double quelques filles. Dans un pierrier, j’entends un bruit de choc. Mince, que se passe-t-il ? Je continue mais quelque choses cloche au niveau du pédalier. Je crois que j’ai perdu ma chaîne. Arrivée à un petit coup de cul, mes pédales tournent dans le vide…. Oui, c’est bien ça. La course s’arrête là pour moi, j’ai le cœur gros. Je suis déçue. Je pousse mon vélo avant de remonter dessus.

Allez Morgane, amuse-toi dans les parties descendantes ! C’est ce que je fais jusqu’au col de l’Alpe d’Huez. Là, je retrouve Cécile Ravanel sur le bord de la piste, sa jante est en vrac. C’est le jeu mais c’est difficile de digérer cette frustration de ne pas avoir pu aller jusqu’au bout des choses, de tout avoir donné…

La Megavalanche lady est gagnée par Pauline, ce sera la bonne nouvelle de la journée.

Jour 7 : Dimanche 

sans titre-6Je retrouve le sourire. Place à la Mega Homme aujourd’hui. J’ai rendez-vous avec Cécile à 07h30 en bas du télécabine. On monte au glacier. Cette fois-ci, aucun stress, je profite simplement du  paysage. Les gars sont excités, l’ambiance est bonne. Des questions du genre « est-ce que je prends le départ à pied, en courant sur le vélo ? » se posent. Je récupère les vestes des copains et file un coup d’eau à droite et à gauche. Les garçons prennent place sur les lignes. L’hélicoptère arrive. Le stress est palpable chez les concurrents. Le pilote d’hélico fait le spectacle.

ALAAAAARMA

Photo: Cyril Charpin / UCC

Les coureurs se jettent dans le glaciers ! C’est rapide ! La neige est très molle et les vélos s’enfoncent. On observe des figures en tout genre. On remonte rapidement pour prendre le téléphérique en espérant arriver à temps au col pour les encourager. Manque de pot, nous ratons la première benne. Nous descendons tranquillement et sautons dans le fourgon de Cécile. On contacte du monde sur le bord de la piste pour avoir des news des riders avant d’arriver à Allemont. Rémy Absalon remporte une fois de plus la course ! Chapeau ! Il est suivi de Damien Oton et de Francois Bailly-Maître.

Cette épreuve se termine. Un grand bravo à tous les riders pour avoir bravé le glacier et à l’année prochaine !

ParPaul Humbert