Interview | Nicolas Lau : moins voyager pour se retrouver

Sport
22 février 2018 — Paul Humbert

Pilier de la scène enduro EWS pendant ses premières années, Nicolas Lau annonce son retrait de la compétition internationale en 2018. Un peu malgré lui, un peu de son propre chef. L’alsacien nous fait part des raisons qui lui ont fait prendre ce tournant dans sa vie et sa carrière, même si rien ne l’éloignera de son vélo. Il nous explique également quelles sont les problématiques qui l’animent, chez lui, en Alsace : 

Pourquoi est-ce qu’on ne te verra plus sur les EWS ? 

Jusqu’en 2016, j’ai pris part à toutes les coupes du Monde EWS. J’ai participé à toutes les manches. 2017 a été une année plus complexe pour différente raisons d’ordre personnel. J’ai manqué 3 manches des EWS mais je suis aujourd’hui le père de deux petites filles. Il y a également le fait que mon implication dans le circuit EWS a baissé. Être au top sur ce circuit, c’est un énorme investissement, qui nécessite d’être à 300% dans son sport si on veut prétendre au podium. Clairement, je ne me voyais plus être constamment en déplacement, dans les aéroports à lutter contre le décalage horaire. La compétition est une chose mais il y a aussi et surtout la préparation qui nécessite tout autant de déplacements. Cela fait partie du métier mais je n’ai plus envie de faire ça. 

Tu as été un pilier du team Cube Action Team…

Je suis rentré dans la structure en 2013 et nous étions le premier vrai team pro. Je l’ai porté à bout de bras pour l’emmener sur des compétitions importantes qui ont fait son succès. C’était beaucoup d’énergie pour tout lancer et maintenant que ça roule, j’ai l’impression d’avoir fait ce que j’avais à faire. Retourner à des endroits où j’ai couru une, deux voire trois fois, ça ne m’excite plus. J’ai besoin d’un programme qui me convient et qui soit fidèle à mes valeurs. 

Quels sont tes envies justement ? 

J’aimerais être présent sur des compétitions en Europe. Sur les belles épreuves, en montagne, avec du dénivelé négatif et du beau ride. Je ne me refuse pas non plus de me pointer sur des Maxiavalanche ou des courses comme l’Enduro2 à Davos. Ça me ressemble vraiment : en équipe, à l’aveugle. On n’y fait pas de chichi avec les reconnaissances et on repart avec une quantité de ride démesurée dans les pattes. 

Ce que je recherche c’est faire du vélo, pas des recos à pieds. Sur les EWS à l’autre bout du Monde, ça m’excite moins, il y a trop d’intendance et de préparation. J’ai besoin de liberté. Les courses comme la Trans-Provence me conviennent bien.

Dans un premier temps je vais m’aligner sur des plus petits évènements dans le massif des vosges. Je retourne à l’essentiel, pour l’envie de rider et de me faire plaisir pas trop loin de chez moi. C’est comme ça que je vais pouvoir reconstruire quelque chose. Si les choses se décantent, je pourrais envisager d’autres compétitions plus grosses : j’aimerais prendre part à la course finale, à Finale et pourquoi pas à Ainsa ou à la Thuile. Il y aura la Continental Serie des Orres…

Où en est ta relation avec Cube ? 

Nous n’avons pas trouvé d’entente pour le moment. Rien qui ne me permettrait de courir en Europe et sur les EWS européennes. Je vais m’ouvrir des portes auprès de marques qui pourront y voir un intérêt. 

Quels sont tes projets en dehors de la compétition ?

Mon objectif est de rendre au massif des Vosges ce qu’il m’a offert, de rendre la balle à Rémy Absalon ou à Jérôme Clementz qui y organisent des courses. Avec l’association Trail Patrol, nous organisons la seconde édition de l’enduro de la vallée de Munster, mais surtout, nous travaillons à l’acceptation de tracés enduro dans la vallée. Un premier tracé enduro permanent va d’ailleurs voir le jour dans la commune de Hohrod. L’idée n’est pas de se fermer des portes en ouvrant des tracés mais de désengorger les chemins ou de plus en plus de VTTistes et de marcheurs cohabitent. On veut faire en sorte que les deux activités cohabitent paisiblement et créer un véritable réseau VTT officiel et moderne. On souhaite donc sortir des grands chemins larges balisés. Il faut mettre un coup de jeune aux tracés, les dynamiser, utiliser le balisage existant et passer sur des tracés plus typées « enduro».

Cela nécessite un énorme travail et un grand nombre d’heures de réunion pour qu’une commune ouvre la voie, instaure une dynamique et rassure les communes voisines. Nous allons prouver avec ce village pilote qu’un trail de bike peut être convenablement entretenu et que tout se passera bien. Le tout est fait dans le cadre d’un partenariat avec le parc naturel du ballon des vosges. Un travail est également en cours pour installer 3 stations de recharge sur les sommets et une au pied de la vallée, à Munster. 

Retrouvez nos précédents articles réalisés avec Nicolas Lau : www.vojomag.com/?s=nicolas+lau