Décryptage | Est-ce vraiment la fin du VTT au bike park du Lac Blanc ?

Par Olivier Béart -

  • Staff pick

  • Nature

Décryptage | Est-ce vraiment la fin du VTT au bike park du Lac Blanc ?

La nouvelle a pris tout le monde de court, et c’est un énorme séisme qui secoue le Massif des Vosges, avec l’annonce de la fermeture des remontées mécaniques de la station du Lac Blanc. Quelle est la réelle menace pour le bike park ? Est-ce irrévocable ? Comment agir ? Analyse :

Début juillet, un communiqué publié par le Syndicat mixte d’aménagement du site du Lac Blanc a fait l’effet d’une bombe, avec l’annonce brutale de l’arrêt des remontées mécaniques à partir de l’hiver 2027. Cela marque la fin des activités de ski, mais ça fait aussi peser une menace évidente sur le bike park du Lac Blanc… alors qu’il est sur le podium français au niveau popularité, avec 360 000 remontées par an.

Pour bien comprendre les tenants et aboutissants du dossier, voici les 5 points clés à retenir :

Le contexte : un désaccord qui dure depuis plusieurs années

La décision radicale qui a été prise au début du mois de juillet 2026 par le Syndicat mixte d’aménagement du site du Lac Blanc s’inscrit en fait dans un différend qui l’oppose à l’exploitant des remontées, Lac Blanc Tonique. Sur place, peu d’intervenants acceptent de s’expliquer publiquement, mais une source bien informée nous explique que « cela fait plusieurs années que les deux parties sont en désaccord par rapport au renouvellement du permis d’exploitation et aux termes de la délégation de service public. Ils étaient renouvelés sur base annuelle depuis 2 ou 3 saisons, en dernière minute ». Clairement, une situation qui ne pouvait plus durer. Le nœud du problème est que, d’un côté, il semble que le Syndicat Mixte veuille augmenter ses rentrées et, de l’autre, l’exploitant demande des investissements par rapport à la gestion de l’eau qui alimente les canons à neige (qui est loin d’être optimale actuellement).

Officiellement et dans un contexte plus large, le Syndicat Mixte explique que c’est face à une succession d’hivers sans neige et à l’explosion des coûts d’exploitation et d’énergie que la structure publique a tranché : elle veut mettre fin à l’exploitation des remontées mécaniques sous sa forme actuelle à l’issue de la saison 2026. D’après eux, « maintenir l’infrastructure sur les deniers publics n’était tout simplement « plus tenable » financièrement« .

Le souci, c’est que cette crise qui trouve sa source principalement dans la partie hivernale de l’exploitation des remontées mécanique… a aussi des conséquences directes et majeures sur la partie estivale. Qui repose fortement sur le VTT. Ce qui nous amène au deuxième point de cette analyse.

2. Le cas particulier du bike park et de l’été : le moteur économique sacrifié ?

C’est là que le dossier devient particulièrement douloureux pour nous, vététistes. Aménagé dès 2007, le bike park du Lac Blanc s’est imposé comme une véritable référence nationale et le poumon économique estival du massif vosgien. Les chiffres de fréquentation sont d’ailleurs impressionnants et parlent d’eux-mêmes : le site s’est hissé à la 3ème place des bike parks les plus fréquentés de l’Hexagone. Il attire chaque été des dizaines de milliers de riders venus de toute la France, mais aussi d’Allemagne, de Belgique, de Suisse et de l’Europe entière, faisant du Lac Blanc un modèle parfait de reconversion « quatre saisons ».

Pourtant, le grand paradoxe c’est que, même si le Syndicat Mixte annonce vouloir miser désormais sur « une offre 4 saisons », il sacrifie de facto le poumon principal de la partie estivale et un pan important de la pratique VTT. Le bike park repose en effet fortement sur la présence du télésiège débrayable 6 places de la station. Bien que l’activité VTT de descente soit en pleine croissance et indispensable aux commerces, hôtels et loueurs de la vallée, les recettes estivales générées par les forfaits de vélo ne suffisent pas à elles seules à amortir le coût d’entretien annuel et les lourdes charges de personnel de cette installation. Sans les revenus d’un hiver skiable, le vélo risque de ne pas permettre à lui seul de préserver la rentabilité des remontées mécaniques. Bref, c’est le serpent qui se mord la queue.

3. Est-ce que les remontées restent ouvertes pour l’été 2026 ? Le baroud d’honneur

Oui, pour la saison estivale actuelle 2026, les remontées mécaniques et le bike park restent bel et bien ouverts. L’exploitation suit son calendrier prévu pour juillet, août et les week-ends d’automne. Les riders peuvent donc continuer à rouler sur les sept pistes shapées du domaine, la zone de slopestyle et le tracé de 4X. La gestion actuelle, assurée par la société déléguée Lac Blanc Tonique, va jusqu’au bout de ses engagements contractuels pour honorer la saison touristique.

Cependant, il faut voir cette saison 2026 comme un baroud d’honneur ou, à tout le moins, comme une période de sursis. C’est en tout cas la toute dernière fois que le télésiège tournera sous sa configuration historique. Si les remontées assurent le service cet été, les équipes au sol travaillent avec une épée de Damocles au-dessus de la tête, sachant que le dispositif s’arrêtera dès la fin de l’automne… du moins si aucune alternative n’est validée par les décideurs politiques pour l’été 2027. Parce que, selon plusieurs observateurs, il s’agit peut-être surtout d’un « coup de poker » joué par le Syndicat Mixte.

4. La fermeture est-elle définitive ? Peut-être pas

Pour le ski alpin, le problème est plus complexe que la simple question des remontées mécaniques (enneigement, réchauffement climatique, etc.) et le Syndicat Mixte souhaite acter un changement de cap radical et « s’orienter vers un tourisme vert, de randonnée et d’apprentissage de la nature ». Cependant, pour le bike park et l’infrastructure mécanique, il se murmure qu’il s’agirait plutôt d’une « fermeture temporaire » à partir de l’hiver 2026-2027. L’objectif affiché des collectivités est de geler l’outil pour stopper l’hémorragie financière, le temps de trouver un repreneur ou de concevoir un tout nouveau modèle d’exploitation (par exemple en régie, à l’image de ce qui se fait dans certaines stations des Alpes).

Toute la question est de savoir si cette fermeture temporaire ne va pas se transformer en enterrement de première classe. Sans exploitation en 2027, les pistes de VTT risquent rapidement de se détériorer et la communauté d’aller voir ailleurs… tout en pleurant la perte d’un bike park qui leur est cher. Au final, la communauté VTT craint un abandon pur et simple, car aucun projet de gestion purement estivale ou privée concret n’a encore été mis sur la table par le syndicat mixte, ce qui met en péril immédiat l’existence même du troisième bike park de France.

5. Comment agir et peser dans le débat ? Un seul mot d’ordre : se manifester !

Pour éviter que le Lac Blanc ne devienne une station fantôme, la riposte s’est organisée rapidement. Dès l’annonce de la fermeture, les exploitants du bike park, plusieurs pilotes amateurs et pros, des acteurs de l’industrie du cycle ont lancé un appel au secours. Si les acteurs locaux activent leurs relais politiques et économiques, à distance l’action la plus concrète et efficace qu’on puisse faire est de signer et relayer la pétition lancée sur Change.org pour dire non à la fermeture du Bike Park du Lac Blanc. En quelques jours, plus de 10 000 signatures ont afflué de toute l’Europe pour influencer le Syndicat Mixte et le faire revenir à la table des négociations. Car si l’action est symbolique, elle peut tout de même avoir un poids dans les négociations en montrant la masse de vététistes attachés à la station.

Le second moyen de peser est purement économique. Cet été 2026, plus que jamais, il faut aller rouler au Lac Blanc. En achetant un forfait, en louant du matériel, en consommant chez les restaurateurs et commerçants locaux, on apporte la preuve indiscutable aux élus que la communauté VTT est une force vive et un vrai moteur économique pour la région. C’est en maintenant une fréquentation record qu’on démontrera aux décideurs qu’un modèle d’exploitation centré sur l’été est non seulement viable, mais vital pour les Vosges.

Affaire à suivre, donc !

Pour signer la pétition : https://c.org/TtQjRpBVjz

Par Olivier Béart