Déborah Motsch : rencontre dans le Beaufortain

22 septembre 2016 — Paul Humbert

Les voyages et le VTT sont faits de rencontres et d’opportunités. Il y a quelques mois, au détour d’un sentier à Nelson (Nouvelle-Zélande), Déborah Motsch rencontre un couple de riders sud-africains : Fanie et Henschel. Début juillet, cette jeune française du Giromagny Enduro Team dont vous avez déjà pu lire les aventures à de multiples reprises se retrouve à passer un week-end dans le Beaufortain avec eux, à la rencontre des trails builders, Alex (plus connu sous le surnom de « l’indien ») et Simon. Un échange intéressant et surprenant qu’elle vous invite à découvrir ! 

img_7362Fanie et Henschel ont des métiers qui font rêver. Fanie est employé par Specialized, son boulot consiste à rencontrer les trails builder du monde entier pour comprendre comment fonctionne le développement du VTT, et récolter des données sur le terrain pour faire une étude de marché. Sa femme s’occupe de l’aspect médias à travers les photos et reportages. Ils parcourent le monde entier avec leurs VTT et les seules choses qui leurs appartiennent tiennent dans leurs sacs de voyage. Ce sont des personnes curieuses et très attachantes, comme il est rare d’en rencontrer. Au début de l’été, je reçois un mail de Fanie, qui me demande des conseils d’endroits pour aller rider dans les Alpes, c’est sans hésiter que je lui propose d’aller dans le Beaufortain. Après quelques échanges avec Alex qui est motivé pour nous accueillir, on se retrouve tous dans le Beaufortain un week-end de juillet, pour une journée de ride et de shape.

C’est sur la place du village que l’on se retrouve tous : Fanie & Henschel, Alex & Simon (les trails builders) et Jérôme (alias Gégé, président du club local Les Grosses Pédales).

Dès les premiers instants, le courant passe bien malgré la barrière de la langue. Je m’amuse (tant bien que mal) à faire la traduction entre l’anglais et le français et ça me plaît plutôt bien. On embarque tous dans le 4×4 mis à disposition par la commune et c’est parti pour une belle journée de ride. Fanie est complètement subjugué par la beauté de ces si grandes montagnes, et répète sans cesse « I can’t believe it ! ». Pour le couple sud-africain, c’est une grande première de se retrouver sur des routes longues et sinueuses en bord de falaises. On ne se rend pas toujours compte de la chance qu’on a d’avoir les Alpes si proches, et les personnes comme eux sont là pour nous le rappeler.

Pour le déjeuner, Simon nous accueille chez lui dans son charmant jardin. Vous imaginez bien qu’on s’est fait un malin plaisir de faire découvrir les produits locaux aux invités. L’incontournable fromage beaufortain, du vin, des quiches et des pizzas (un peu moins local pour le coup !). Après un repas convivial et une fois la panse bien remplie, on repart retrouver notre superbe terrain de jeu.

Le terrain de jeu que nous offre le Beaufortain est énorme avec une centaine de kilomètres de pistes typées enduro. La communauté de communes du Beaufortain investit dans le développement du VTT depuis 2008. A ce jour le domaine compte 10 pistes allant de 800m à 2000m d’altitude. Alex est un trail builder passionné qui rouvre des sentiers depuis 2002. Il connaît le Beaufortain comme sa poche et passe ses journées entières à chouchouter les sentiers pour le plus grand bonheur des riders. Depuis cette année, un deuxième trail builder, Simon, l’a rejoint dans cette tâche.

Pour finir la journée, les locaux nous emmènent sur la « Toutafond », une descente de plus d’une heure des sommets du Beaufortain jusqu’à Albertville. Arrivés au sommet, Henschel nous dit que c’est seulement la deuxième fois dans sa vie qu’elle voit la neige. Emue par la beauté des paysages, elle reste plusieurs minutes sans dire un mot, quand Alex sourit et lui dit « this is my office ». Il fait chaud et on est heureux de voir qu’une rivière nous attend à l’arrivée pour nous rafraichir. La bière d’after ride, elle aussi, nous fait aussi le plus grand bien !

Le lendemain on se retrouve tous, pelles et pioches à la main. On se rend sur la fin de la « Toutafond » pour reconstruire quelques virages. Pour la plupart des riders, ça paraît évident et normal de rouler sur de beaux trails, sans forcément se rendre compte de tout le travail qu’il y a derrière même sur des pistes qui paraissent naturelles.

Alex nous explique les différentes étapes de construction d’un sentier. Tout d’abord il faut protéger le sentier pour qu’il ne se détériore pas (par exemple renforcer les épingles à l’aide de rondins et élargir la sortie). Il faut également débroussailler et élaguer, puis mettre en place des drainages. La dernière étape est certainement la plus sympa lorsqu’il s’agit de maximiser tous les mouvements de terrain pour rendre les pistes plus funs.

La gastronomie française reprend le dessus pour le pique-nique du midi, avec cette fois ci du saucisson en plus. Fanie nous demande si ça se cuisine ou si ça se grille, ce qui nous rappelle que cette petite douceur salée est bien spécifique à l’Europe. Il y a vraiment une bonne ambiance dans le groupe, tout le monde est ravi par les histoires et expériences que chacun partage.

De retour au village, on se rend dans les locaux de la commune pour rencontrer Florent Besses, le responsable du service « Activité de pleine nature ». Il permet de faire le lien entre les employés du service tourisme pour mettre en avant l’offre VTT et d’un autre côté avec l’équipe qui est sur le terrain pour entretenir, augmenter la qualité des parcours et les faire évoluer. Il est indispensable pour toutes ces personnes moteurs au développement du VTT d’échanger, de discuter et de débattre sur les choix techniques des aménagements et des nouveaux parcours en prenant en compte les contraintes environnementales, foncières et techniques.

img_7481Ces deux jours passés en compagnie de passionnées de voyage, de trails building et de VTT nous ont tous rappelé que les valeurs partagées et les échanges autour de notre pratique sont enrichissants tant humainement que sportivement.

Texte : Déborah Motsch  Photos : Henschel Kok