Blessures en VTT : l'étude scientifique des Enduro World Series

Sport
13 juin 2019 — Léo Kervran

L’organisation des EWS vient de révéler les résultats d’une étude menée depuis près de 3 ans sur les blessures en VTT. Conduite par le Dr Debbie Palmer de l’Université Napier d’Edimbourg (par ailleurs membre du comité Médical et Scientifique du CIO), cette enquête est présentée comme étant la plus grande étude médicale jamais réalisée en VTT.  La version complète fait 14 pages (à retrouver ici), mais si vous n’avez pas envie de la lire en entier, voici les principales informations à retenir !

Cette étude comporte deux parties. La première a été menées sur 10 manches EWS, lors des saisons 2017 et 2018 et vise à caractériser précisément les blessures rencontrées par les pilotes sur ces courses. La deuxième partie, réalisée via un questionnaire, concerne les pratiquants d’enduro à tous niveaux, du compétiteur pur en EWS à celui qui prend simplement part à quelques courses autour de chez lui pour le plaisir.

Etude EWS : 1° partie

Cette première partie porte sur 2029 concurrents de 46 pays (catégories juniors, seniors et masters). 198 d’entre eux sont des femmes, soit 9,8 %.

De manière générale, le taux de blessure est plus faibles en EWS que ce à quoi on pourrait s’attendre : seulement 8,9 % des concurrents se sont blessés, contre 23,8 % en XC aux JO de Rio ou 20,7 % en ski alpin aux Jeux d’hiver de Sotchi. Le taux de blessures est plus élevé chez les femmes mais les blessures sont plus graves chez les hommes. A noter aussi que 1/3 des blessures surviennent chez les pilotes non-expérimentés, c’est-à-dire ceux et celles qui couraient leur première Enduro World Series.

Les blessures les plus courantes sont celles qui concernent l’épaule ou la clavicule, elles représentent 13,3 % des cas. Près de 40 % des blessures sont concentrées sur 4 zones : l’épaule et la clavicule, la main, la tête et enfin la jambe (sous le genou). Cependant, les fractures ne sont pas le cas de figure le plus courant : les lacérations (plaies) et les contusions surviennent bien plus souvent.

De manière assez surprenante, le risque de traumatisme crânien est relativement faible : seuls 0,6 % des pilotes en ont été victime. Plus embêtant quand on connaît les conséquences de ce type de blessure, 43 % des pilotes diagnostiqués avec un traumatisme crânien n’ont pas pris de repos après la course et 29 % d’entre eux l’ont même terminé.

Etude EWS : 2° partie

Cette deuxième partie porte sur 1940 concurrents (dont 9 % de femmes) répartis dans 60 pays. Près de 56 % d’entre eux n’ont jamais pris part à un évènement affilié aux EWS (coupe du monde ou coupe continentale).

2/3 des blessures surviennent à l’entraînement. Cela peut paraître logique au regard du temps passé dans ce type du sorties vis-à-vis du temps passé en course mais l’engagement est censé y être moins important. Par ailleurs, on remarquera que plus le niveau s’élève, plus le risque de blessure à l’entraînement diminue (et augmente en course), ce qui montre bien la différence d’approche entre les pilotes amateurs et le haut niveau. Encore une fois, ce sont les blessures à l’épaule et à la clavicule qui sont les plus courantes puisqu’elles représentent 25,6 % des cas.

Côté traumatismes crâniens, la prévalence est bien plus importantes ici qu’en EWS : ils représentent 6,6 % des blessures. Les femmes sont 3 fois plus touchées que les hommes. On notera également que 1/4 des pilotes n’était pas au courant de l’existence de protocoles d’évaluation de la gravité d’un traumatisme crânien et d’une commotion. Cela a conduit l’organisation des EWS à publier un petit guide (à retrouver ici) sur ces blessures à destination des pilotes, pour mieux savoir comment les repérer et comment y faire face.

Les études épidémiologiques précisément ciblés sur le VTT ne sont pas les plus courantes, ce qui rend le travail réalisé ici d’autant plus intéressant. On salue également la communication réalisée autour de ces résultats car il faut trop souvent payer pour avoir accès aux études scientifiques… Sur un plan plus technique, cette étude montre bien que la prévention et la préparation physique sont essentiels pour éviter les blessures les plus graves. Les auteurs émettent d’ailleurs des recommandations (principalement à destinations des organisateurs) à l’issue de l’étude. Cependant, les blessures arrivant le plus souvent hors compétition, plus les pilotes seront formés aux premiers secours et aux conduites à tenir face aux différentes blessures, mieux ce sera. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas !