MB Race 70 - 100 - 140km :
le choix de l'extrême

Sport
15 juillet 2016 — Martin Dupuis

Avec ses parcours hyper exigeants et majestueux au pied du Mont-Blanc et au coeur des Aravis, la MB Race s’est construite une solide réputation en quelques années seulement. 70, 100 ou 140km, le choix peut se faire pendant l’épreuve mais quelle que soit la distance choisie, il faut s’attendre à en baver. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’on vient. Cette année, un de nos reporters marathoniens, Martin Dupuis, a été tenté par l’aventure. Après la canicule de 2015, c’est cette fois sous la pluie et les orages que les concurrents ont dû braver. Voici son récit :

AMA_4625Cette année, à force d’en entendre parler par les copains, ça me trottait dans un coin de la tête et j’ai fini par mettre la MB Race à mon programme après plusieurs années d’hésitation et de report. Du coup, me voilà, un samedi matin à 5h45 dans le centre de Megève, en train de me frayer un passage au milieu du millier de bikers présent pour prendre le départ de cette légende auto-proclamée « la course la plus dure au monde » ! Rien que ça ! On arrive à peine à approcher des box, j’essaie de faire le tour et je me retrouve en queue de peloton.  Devant moi, plus de mille bikers et derrière, à peine une vingtaine…  Pas grave, je ne me suis pas mis la pression sur cette course et le plus important sera la découverte de cette évènement qui vient d’être intégré au calendrier des coupes du Monde marathon !

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Il règne une super ambiance sur le site de Megève et le speaker s’active à motiver les participants avant de donner le signal du départ.  Je décide de démarrer calmement tout en essayant de remonter le paquet de coureurs. Dès les premiers sentiers en graviers, des bouchons se créent mais personne ne s’énerve car tous savent bien que la journée risque d’être longue, d’autant plus que la météo s’annonce peu favorable avec des risques d’orages et de pluie…

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Après à peine 30 minutes, la pluie annoncée se met à tomber et comme beaucoup de participants, je fais une petite pause express pour sortir ma veste de pluie.  On aborde ensuite les pistes situées au-dessus de Combloux. On m’avait prévenu que ça serait raide et je ne regrette pas d’avoir monté un monoplateau de 28 dents à les place des 30 ou 32 habituels !

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Dans la première dégringolade, je reste très attentif car on est en sous-bois et les racines sont devenues bien glissantes. C’est fun mais je dois rester bien vigilant car les écarts ne se sont pas encore créés et une chute massive est vite arrivée.

Le tonnerre gronde au dessus de nos têtes et, comme prévu, un orage éclate.

En bas, le village de Cordon accueille le premier poste de ravitaillement et le public est présent malgré l’heure matinale et la grisaille.  Je remplis mon bidon et repars de suite à l’assaut du Col de Jaillet (1723m).  Le tonnerre gronde au dessus de nos têtes et, comme prévu, un orage éclate.  Heureusement, il sera court et assez vite nous quittons la route pour rentrer dans la forêt où se passe la majorité de la montée.  Quelques participants mettent déjà pied à terre et je continue à remonter lentement mais surement le peloton.

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A la forêt succèdent les alpages et c’est dans le brouillard que nous les traversons.  Tantôt à pied, tantôt à vélo, ce n’est pas de tout repos ! Le pilotage devient hasardeux car le chemin s’est transformé en une vraie patinoire. A peine le col franchi, je pense me reposer dans la descente mais celle-ci est tellement glissante, avec des murs entiers de racines, que je me retrouve de nouveau à côté de mon vélo en luttant pour passer sans me retrouver sur les fesses. Une fois cette partie délicate finie, on retrouve des pistes plus calmes et c’est sous des trombes d’eau que j’arrive au deuxième ravito. Une bénévole me remplit gentiment mon bidon et j’en profite pour manger une barre de céréale. Je repars assez vite en espérant que l’orage soit aussi court que le premier mais l’eau est déjà tombée en masse et je roule dans des sous-bois devenus presque marécageux.

J’ai déjà plus de 4h de roulage et même si mon moral est excellent, je sens que les jambes ne sont pas aussi bonnes qu’espéré…

C’est parti pour un petit morceau d’asphalte avant d’entamer un montée courte qui sera suivie d’un nouveau long passage rock’n roll dans les bois sur un single très piégeux et où les glissades et gamelles seront nombreuses !  A peine sorti de ce single, je retrouve des pistes plus roulantes et, après quelques kilomètres plus ou moins tranquilles, j’arrive au ravitaillement du 45e kilomètre situé à Praz-sur-Arly.  Là, quelques amis m’encouragent et me donnent des nouvelles des coéquipiers.  J’ai déjà plus de 4h de roulage et même si mon moral est excellent, je sens que les jambes ne sont pas aussi bonnes qu’espéré…  Une fois le plein en boisson effectué et un gel avalé, je m’élance vers une des plus longues ascensions du parcours.

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Les pentes sont raides et je m’efforce de garder un rythme calme et un pédalage souple. Ma remontée se passe toujours très bien, aux alentours de la 80e place, et certains coureurs font déjà la grimace. Aux deux-tiers de l’ascension se trouve le ravito, situé près du refuge Petit Tetraz et j’en profite pour encore une fois bien me nourrir, ce qui est vital sur ce genre d’effort même si l’envie n’est pas toujours là.  La suite de la montée vers le Mont de Vorès (2050m) se passe encore dans les nuages et c’est vraiment râlant de ne pas pouvoir admirer les paysages alpins qui font la renommée de cette course.

Pendant les multiples descentes et remontées qui vont se succéder, je subis un coup de moins bien.  Mais en voyant les autres concurrents autour de moi et surtout tout ceux que je dépasse encore, je me rends bien compte que tout le monde est dans le dur et que la fatigue commence à se faire ressentir dans les organismes. J’imagine qu’il en va de même pour Vincent Arnaud, même s’il est en route vers une deuxième victoire consécutive sur cette épreuve qui gagne de plus en plus en renommée et qui est même cette année labellisée Marathon World Series avec des places qualificatives pour les championnats du Monde à la clé. La fin du parcours en altitude se termine par la traversée de quelques alpages où les vaches nous observent avec curiosité !

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Ensuite, vient la dégringolade vers Megève.  Le brouillard toujours très dense m’oblige parfois à me montrer encore plus prudent.  Il ne faut pas relâcher son attention et bien négocier les nombreuses rigoles sur ces pistes rapides en gravier. Puis, retour dans les bois avec son lot de racines glissantes. A nouveau, je dois descendre quelques fois du vélo, ne voulant pas prendre trop de risque et terminer entier.

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Au loin, on entend déjà la voix du speaker et c’est en parcourant les petites rues de Megève que l’on arrive au centre ville où se situe le site d’arrivée du 70 km. Pour ma part, je me suis mis comme objectif de faire les 100 km et je me rapproche du top 20, ce qui est plutôt bon signe. De plus, le soleil vient de faire son apparition et c’est donc le moral gonflé à bloc que je m’élance pour les 30 kilomètres suivants. Je quitte Megève et après avoir profité d’une route asphaltée pour rouler calmement, je rentre à nouveau dans les bois avec quelques portions de portage. Les chemins redeviennent plus roulants et surtout plus calmes vu que la moitié des concurrents inscrits se sont arrêtés à Megève au bout des 70 km. Heureusement, je rejoins un coureur avec qui je vais rouler jusqu’au ravito situé sur le Plateau de la Croix.

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Les bénévoles, une fois de plus, s’occupent de mon bidon, me collent le sticker attestant de mon passage sur la boucle du 100 km. Une fois bien rassasié de fromage et de saucisson, je m’élance à l’attaque du Mont Joux (1958m). La montée est régulière et très raide et je dois en permanence rouler « tout à gauche »… même si je suis en mono-plateau.  Mon compagnon de galère me rejoint et je me bats pour rester dans sa roue pendant cette grimpette qui me semble vraiment interminable. En levant la tête, j’aperçois le sommet avec ses remontées mécaniques à quelques coup de pédale et je jette mes dernières forces dans la fin de cette montée. Au sommet, il reste 10 kilomètres et après avoir vidé mon bidon, je fonce dans la descente qui me mène au dernier ravitaillement par des pistes rapides. Les bénévoles, toujours souriants et serviables m’indiquent qu’il ne me reste plus qu’une côte d’un bon kilomètre.

Je repars donc pour en finir avec cette dernière bosse, bien raide, comme presque toutes les autres montées du parcours, mais je sens que mes jambes sont lourdes et l’envie de mettre pied à terre est de plus en plus forte. Une fois en haut, je m’attaque à cette dernière descente qu’on m’a décrite comme bien chaude. Effectivement, je suis à la peine, glissant et dérapant sur toutes les racines. Un vrai chantier cette partie en sous-bois, tellement défoncée que je finis par descendre du vélo. En bas, je rejoins une route en asphalte déjà empruntée un peu plus tôt et, petit à petit, je me rapproche de Combloux où se situe la ligne d’arrivée du 100km.

Après quelques tours et détours aux alentours de la station, je vois enfin la ligne d’arrivée située à côté de la piscine naturelle.  Je suis accueilli par le speaker, qui est en pleine forme malgré le déluge qui s’abat à nouveau.  Je ne le sais pas encore mais je finis ce fameux défi à la 14éme place en 9h46 soit presque 11km/h de moyenne… Crevé mais pas cramé, je profite du ravito d’arrivée avec les joyeuses bénévoles et j’ai dans la tête toutes les images de la journée qui me reviennent. Déjà, l’envie de revenir me titille, surtout pour profiter des paysages de montagne et peut-être essayer de devenir finisher du 140 km ! Le rendez-vous est pris…

Photos : AMA – A.Pernet & Kina Photo / MB-Race