Les 5 choses à retenir de la Coupe du monde de Leogang en XC, DH et Enduro
Par Adrien Protano -
Entre la première victoire Elite d’Adrien Boichis, le retour au sommet de Finn Iles, les débats autour du règlement et plusieurs coups du sort marquants, la manche de Leogang n’a pas manqué d’histoires à raconter. Du cross-country à la descente, voici les enseignements que nous retenons de ce week-end de Coupe du monde :
Leogang accueillait ce week-end l’une des étapes les plus importantes de la saison avec un programme réunissant les trois disciplines : le cross-country, l’enduro et la descente. Mais au-delà des performances sportives, les pilotes ont dû composer avec des conditions particulièrement changeantes.
La pluie s’est invitée à plusieurs reprises, transformant certains secteurs en véritables pièges, avant de laisser place à des portions plus sèches qui ont parfois modifié complètement l’adhérence et les vitesses de passage. D’une journée à l’autre, les repères ont constamment évolué. Une situation qui a compliqué la tâche des athlètes comme des équipes et qui a largement contribué à façonner les scénarios parfois inattendus de ce week-end autrichien.
Pour retrouver les résultats complets du week-end, c’est par ici :
- Résultats | World Cup XCC 2026 – Leogang : Sina Frei et Simon Andreassen dans la boue
- Résultats | World Cup DH 2026 – Leogang | Qualifications sous la pluie
- Résultats | World Cup DH 2026 – Leogang | Finales : Finn Iles et Vali Höll, victorieux
- Résultats | World Cup 2026 – Leogang XCO : Boichis et Rissveds pour le spectacle
- Résultats | EDR 2026 – Leogang : Goldsbury et Lukasik en patron
Adrien Boichis, de prometteur à la confirmation
Pendant plusieurs saisons, Adrien Boichis a été présenté comme l’un des plus grands espoirs du VTT français. Champion du monde Espoir, dominateur chez les jeunes et régulièrement capable de se mêler aux meilleurs sur certaines manches, il lui manquait encore ce résultat référence chez les Elites. C’est désormais fait !
Dans des conditions particulièrement délicates, le Français s’est imposé au terme d’une course magnifique où il a longtemps partagé les commandes avec Luca Martin et Mathis Azzaro. Pendant plusieurs tours, le trio français a donné l’impression d’évoluer dans sa propre course avant que Boichis ne parvienne à faire la différence.
Au-delà de la victoire, c’est surtout la manière qui impressionne. Gagner dans la boue, sur un circuit aussi exigeant techniquement que physiquement, face à des adversaires bien installés, constitue un signal fort. Le pilote Specialized Factory Racing n’est plus seulement un jeune talent prometteur : il est désormais un vainqueur en Coupe du monde Elite.
Me dire qu’aujourd’hui j’étais le meilleur au monde, c’est quelque chose de très spécial que je n’oublierai jamais.
« C’est ce qu’il y a de plus grand. Il n’existe pas de course plus prestigieuse que la Coupe du monde UCI et il n’y a pas de concurrence plus relevée que chez les vainqueurs de Coupe du monde Elite. Me dire qu’aujourd’hui j’étais le meilleur au monde, c’est quelque chose de très spécial que je n’oublierai jamais. J’ai de très beaux souvenirs ici. En 2023, j’y avais remporté ma première Coupe du monde UCI chez les Espoirs. Mon plan était de partir prudemment puis de monter progressivement en puissance au fil de la course. J’ai vraiment cru en moi du début à la fin. Quand je souffrais, je me disais que les autres souffraient encore davantage. Dans la dernière montée raide, j’ai tout donné jusqu’au sommet », confiait le Français à la descente du podium.
Les règlements ont davantage fait parler que les courses
Entre Jenny Rissveds, Mathis Azzaro et les discussions autour des limites du parcours, les commissaires ont occupé une place inhabituelle ce week-end à Leogang !
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Chez les Femmes, Jenny Rissveds s’est imposée au terme d’une prestation solide, mais c’est surtout un fait du premier tour qui a alimenté les discussions après la course. En rejoignant Savilia Blunk à l’entrée d’un long virage à gauche, la Suédoise est venue au contact de l’Américaine, ce qui a provoqué sa chute. Jenny Rissveds est quant à elle sortie des limites du parcours avant de revenir en piste quelques mètres plus loin. Une séquence qui a immédiatement enflammé les réseaux sociaux et relancé les débats autour des limites du règlement. Malgré les nombreuses réactions, les commissaires n’ont prononcé aucune sanction, estimant visiblement qu’il s’agissait d’un fait de course et non d’une infraction nécessitant une intervention.
On saluera la combativité de la pilote américaine Savilia Blunk. Reléguée en fin de peloton, elle a signé une impressionnante course pour remonter jusqu’à la 5e place au passage de la ligne.
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Chez les Hommes, le scénario a été encore plus cruel pour Mathis Azzaro. Deuxième sur la ligne d’arrivée derrière Adrien Boichis après l’une des plus belles courses de sa carrière, le Français a finalement été disqualifié pour être passé par la zone technique sans recevoir de bidons, de gels et/ou d’assistance mécanique. Une infraction relativement méconnue mais bien présente dans le règlement UCI.
Et le règlement, il dit quoi ? C’est là qu’on peut débattre davantage… Les deux scénarios sont bien prévus dans le règlement de l’UCI qui régit les pratiques « Mountain-bike » : l’article 4.1.035 prévoit la sortie de parcours tandis que l’article 4.2.038 a pour sujet le passage en zone technique. Dans les deux articles, il est bien précisé que « les commissaires PEUVENT disqualifier le coureur« . C’est ainsi laissé à l’appréciation des commissaires de course.
Dans le cas présent, ils ont estimé qu’il s’agissait simplement d’un fait de course pour Jenny Rissveds, tandis que Mathis Azzaro avait enfreint le règlement. Est-ce qu’une autre sanction que la disqualification n’aurait pas été plus appropriée pour Mathis Azzaro, comme une pénalité de temps ? Peut-être, mais elle n’est malheureusement pas envisageable au vu du règlement actuel…
Leogang a rappelé que la malchance fait partie du jeu
Derrière les vainqueurs et les podiums, le week-end autrichien a aussi laissé plusieurs pilotes avec un goût amer. Car à Leogang, la frontière entre une performance de référence et une immense déception s’est parfois jouée sur un simple incident mécanique ou une erreur de trajectoire.
Le cas le plus marquant reste probablement celui de Dario Lillo. Leader du classement général du Short Track avant Leogang, le Suisse n’a même pas eu l’occasion de défendre pleinement ses chances. Quelques secondes après le départ du XCC, sa chaîne a cédé, ruinant instantanément ses espoirs de résultat et lui faisant perdre de précieux points dans la lutte pour le général.
La descente n’a pas été épargnée non plus. En U23, Kasper Hickman a notamment crevé dès le début de son run. Un incident qui aurait condamné la plupart des pilotes à une descente anonyme, mais le Britannique est malgré tout parvenu à arracher une impressionnante troisième place.
Chez les Elites, plusieurs favoris ont également vu leur week-end basculer en quelques secondes. Asa Vermette a lourdement chuté dans la section du « Motorway », rendue particulièrement piégeuse par des conditions bien plus sèches que durant le reste du week-end. Avec davantage de grip et un léger vent favorable, les vitesses étaient nettement plus élevées qu’anticipé dans cette portion du tracé. Heureusement, le jeune Américain s’en est sorti sans blessure sérieuse, mais cette mésaventure rappelle que l’apprentissage du très haut niveau passe parfois par ce genre d’expérience. Henri Kerr, Antoine Pierron ou encore Martin Maes ont eux aussi été victimes du terrain autrichien, tandis que Jackson Goldstone est passé tout près de la correctionnelle.
Parfois, la roue tourne également dans l’autre sens. Amaury Pierron en est sans doute le meilleur exemple. Victime d’une lourde chute lors de la journée de qualifications, le Français semblait avoir hypothéqué une partie de ses chances avant même la finale. Pourtant, il est parvenu à se remobiliser pour signer l’un des runs les plus impressionnants du week-end, construisant progressivement sa vitesse secteur après secteur jusqu’à échouer à seulement 0,176 seconde de Finn Iles.
Finn Iles, le retour après 4 ans d’attente
Certaines victoires ont une saveur particulière. Celle de Finn Iles à Leogang en fait clairement partie. Le Canadien n’avait plus levé les bras sur une manche de Coupe du monde depuis Mont-Sainte-Anne en 2022. Depuis, les blessures, les périodes de doute et plusieurs occasions manquées avaient quelque peu freiné la progression de celui qui était considéré comme l’un des plus grands talents de sa génération.
À Leogang, il a rappelé pourquoi. Dès les premiers intermédiaires, Iles a donné l’impression d’évoluer dans une autre dimension. Sur une piste pourtant particulièrement exigeante, le pilote Specialized semblait littéralement survoler les obstacles, enchaînant les sections techniques avec une fluidité et une légèreté impressionnantes. Là où d’autres subissaient le terrain, lui paraissait jouer avec, comme s’il défiait les lois de la gravité.
Sa victoire n’était pourtant loin d’être acquise. Ethan Craik a longtemps fait planer la menace sur le hot seat. Le Britannique a allumé les premiers secteurs en vert et semblait en mesure de créer la surprise, mais quelques petites erreurs dans les portions boisées de la seconde moitié du parcours ont finalement mis fin à ses espoirs.
Au final, c’est Amaury Pierron qui s’est montré le plus dangereux, échouant à seulement 0,176 seconde de la victoire. Un écart infime qui souligne à quel point le niveau actuel de la descente est relevé. Mais cette fois, la journée appartenait à Finn Iles. Plus qu’une simple victoire, ce succès ressemble à un véritable retour au premier plan pour l’un des pilotes les plus spectaculaires du circuit mondial.
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« Ça fait vraiment du bien. L’an dernier a été une période très difficile avec les blessures, et je n’avais tout simplement plus l’impression d’être moi-même », confie-t-il. « Cet hiver, j’ai énormément travaillé pour retrouver mes sensations et mon niveau. Décrocher une victoire dès la troisième course de la saison, c’est tout simplement incroyable. Je ne remercierai jamais assez mon équipe, toutes les personnes chez Specialized pour le travail accompli autour du vélo, ainsi que tous ceux qui m’ont soutenu l’an dernier. Ça a été une période vraiment compliquée pour moi. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir retrouvé la pilote que j’étais, et cela représente énormément. »
Coup d’arrêt pour Thomas Griot et le jeune prodige Finn Treudler
Toutes les nouvelles du week-end n’étaient malheureusement pas positives.
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Thomas Griot a profité de l’étape de Leogang pour annoncer qu’il mettrait un terme à sa carrière professionnelle à l’issue de la saison. À 26 ans, le Français tourne la page après plusieurs années passées au plus haut niveau du cross-country mondial. Champion de France Espoir, membre de l’équipe de France et auteur de plusieurs résultats marquants en Coupe du monde, il faisait partie de cette génération qui a contribué à maintenir le XC français parmi les nations fortes de la discipline. Son annonce marque aussi le départ d’un visage familier des paddocks internationaux.
À l’autre extrémité du spectre, c’est un jeune talent dont l’ascension se retrouve brutalement interrompue. Finn Treudler a annoncé devoir mettre sa saison entre parenthèses après avoir été diagnostiqué d’une mononucléose. Une nouvelle difficile pour le Suisse de 19 ans, considéré comme l’un des plus grands espoirs du VTT mondial. Depuis plusieurs saisons, il impressionne par sa vitesse, son aisance technique et sa capacité à rivaliser avec des pilotes plus expérimentés. Beaucoup le voient déjà comme l’un des futurs acteurs majeurs de la catégorie Elite.
La jeune génération s’installe confortablement, et les Espoirs frappent déjà à la porte
Si la victoire d’Adrien Boichis a marqué les esprits, elle n’est finalement qu’une illustration d’une tendance beaucoup plus large observée tout au long du week-end autrichien : la relève est déjà là.
En cross-country, les Français ont une nouvelle fois affiché une profondeur impressionnante. Derrière Boichis, Luca Martin a longtemps joué la victoire avant de monter sur le podium Elite, tandis que Mathis Azzaro a lui aussi démontré qu’il avait largement le niveau pour se battre devant malgré sa disqualification après l’arrivée. À eux trois, ils ont donné l’impression que la prochaine génération française n’attendait plus son tour.
Et derrière eux, d’autres continuent déjà de pousser. En Espoirs, Alix André Gallis a signé une solide prestation en XCO en terminant deuxième, juste devant son compatriote Naël Rouffiac. Sans faire les gros titres du week-end, d’autres Français U23 ont signé de bons résultats, à l’image de Luca Teste (6e), Romain Debord (7e) ou encore Nathan Cornillon (10e).
Le constat est similaire en descente. Chez les Élites Hommes, la nouvelle génération ne se contente plus d’apprendre aux côtés des anciens. Des pilotes comme Till Alran ou Max Alran, encore très jeunes, continuent d’accumuler de l’expérience face aux meilleurs mondiaux, tout en signant de gros résultats : 5e pour Max Alran et 13e pour son frère Till.
Mais c’est peut-être Henri Kiefer qui a livré l’une des performances les plus remarquables du week-end. À seulement 21 ans, l’Allemand a vécu un début de run cauchemardesque lors de la finale Elite. Dès le premier grand dévers, il perd le contrôle de son vélo et passe tout près de la catastrophe. Sans tomber, il parvient pourtant à se remettre immédiatement dans sa course. Là où beaucoup auraient perdu confiance, Kiefer repart à l’attaque, signe un impressionnant secteur « Motorway » et conserve ensuite vitesse et précision jusqu’à la ligne d’arrivée. Résultat : une magnifique troisième place Elite qui confirme tout le potentiel du pilote allemand.
Chez les femmes, la tendance est identique. À seulement 24 ans, Anna Newkirk continue de s’affirmer parmi les meilleures descendeuses de la planète, sans oublier la montée en puissance de la Française Lisa Bouladou.
Derrière elle, la relève pousse déjà très fort en U23 avec notamment Aletha Ostgaard, deuxième de la manche, Rosa Mary Jensen, troisième, ou encore Lina Frener qui s’est imposée à domicile devant le public autrichien.
Rendez-vous le week-end prochain à Lenzerheide, sur les terres d’un certain Nino Schurter !











