La Grande Traversée du Massif Central à VTT :
le silence de l’Auvergne

Nature
12 novembre 2019 — Pierre Pauquay
La Grande Traversée du Massif Central à VTT part à la découverte du plus vaste massif montagneux de France, du Morvan à la Méditerranée. Un long voyage magnifique que Vojo s’est empressé de reconnaître aux alentours de l’Auvergne. L’occasion d’effectuer également un petit voyage en itinérance solitaire. L’aventure a commencé ce début juillet…

L’évasion peut commencer et se vivre en France, si proche de nos foyers. Et le voyage débute à la lecture des cartes IGN. Longtemps, j’ai cherché des territoires où le paysage devient un espace infini. L’un d’eux a retenu mon attention. L’Auvergne captive les voyageurs car leurs regards portent loin. Là-bas, le paysage s’étend sans contrainte : les barrières rocheuses, les vallées encaissées et les cultures ne coupent pas l’horizon de ses plateaux.

Je m’arme d’un crayon pour marquer une partie de la belle trace de la Grande Traversée du Massif Central à VTT. Elle passe par Besse et s’engage sur les grands plateaux de basalte d’Auvergne et du Cézallier, un territoire grand de 500 km2 : ça y est, j’ai trouvé cet espace sans frontière pour y rejoindre ma solitude, cette douce compagne !

Quelques jours plus tard, je me retrouve à Besse. Je vais pédaler au bout du monde en France, en son cœur. J’emporte avec moi le strict nécessaire pour aller à la rencontre de ses paysages basaltiques.

Des espaces libres

Partir en itinérance, c’est rouler autrement : on n’est pas en mode enduro ou trail. Le VTT devient vélo au sens strict du terme, cette machine qui vous permet d’aller découvrir des lieux magnifiques et non celle à gagner du temps, à monter et à descendre vite sur des terrains rocailleux. Un nouvel état d’esprit naît : le biker devient voyageur. Je roule dans la patrie des vallons, des pentes adoucies, des forêts, du galop gai des rivières et des lacs glaciaires comme celui de Montcineyre.

Sur ces espaces, tout est admirable, mystère et poésie de ces horizons. Les chemins épousent la montagne dodue, patinée par la dernière glaciation. Le chemin est doux, je ne peux l’agresser. Je roule « flow» et ne suis pas sur un terrain engagé où l’on doit lutter contre le roc ou les racines. La piste vers Chaumiane est à ce titre admirable. Par endroit, le chemin franchit des sources sur des caillebotis. Sans le savoir, je pédale à près de 1300 m d’altitude : l’Auvergne est avant tout une montagne.

Bardé de ma selle bien confortable, le vélo me seconde bien aussi. Malgré ses gènes de crosseur, c’est un pullman, un luxueux croiseur de chemins. La flexibilité des fibres de carbone s’associe au travail efficace des suspensions : rarement je ne me suis aussi bien senti sur un vélo, je l’adore.

Il me le rend bien et n’oublie pas ses talents de crosseur quand je lui impose des watts dans la côte vers Brion.

En voyageant à VTT, j’emmène ailleurs mes richesses. Portant sacoches et tente, mon bike se transforme en mulet pour me porter sur plusieurs kilomètres. Et c’est tant mieux ! Sur la trace de la Grande Traversée du Massif Central, la vitesse n’importe plus. Car finalement, en itinérance, on roule moins vite… pour aller plus loin.

Sur cette longue trace, je n’ai pas de compagnie pour me divertir. A défaut, j’aime entendre le bruit des pneus du BMC qui siffle et le doux cliquetis de son dérailleur. Le vélo vit, il est mon compagnon de route, comme le fidèle destrier d’un cavalier. J’avance sans me ménager mais sans exploit non plus.

Tout me sépare du coureur comme du randonneur. Je deviens une espèce d’homo cycliste qui n’a ni contrainte de chrono, ni de contingence de kilomètres. Je suis le type parfait de l’homme suprêmement heureux, m’arrêtant où je le souhaite. Le sentiment de rouler libre devient une réalité : je représente la liberté.

La pureté de l’Auvergne

Cette partie de France est calme : les couloirs aériens ne zèbrent pas l’azur, les lumières des villes ne polluent pas le ciel. Quand on y roule, il s’en dégage un vrai sentiment de plénitude. Les hameaux de pierre de lave sont des îlots humains au milieu des landes désertes que je ne contourne pas. Plus loin, à Cureyre, une fontaine permet de m’abreuver. A Brion Haut, l’itinéraire fuit entre les clôtures délimitant l’infini : je voudrais les rompre et ouvrir ces horizons.

C’est en kilomètres parcourus que je vais gagner mon casse-croûte. C’est le moment idéal, divin, la grande récompense matinale. De la sacoche, je sors un morceau de cantal et du pain de seigle. C’est l’instant, au bord du ruisseau, où l’on se sent le plus heureux des bikers, cet affamé vigoureux qui va manger avec délectation le pain porté à la sueur de son front. Je goûte à une pure allégresse que tout vététiste itinérant ou cyclotouriste connaît bien…

Terre d’estive

En itinérance, il faut faire preuve d’humilité, bien connaître ses capacités, en garder « sous la pédale », pour poursuivre le voyage. On ne parle plus de légèreté du VTT, de grammes gagnés ici et là par des accessoires ultra-légers mais bien de surpoids nécessaire… Je suis parti avec un équipement en suffisance, une tente bivouac, un sac de couchage et un matelas pour m’arrêter où bon me semble.

A La Godivelle, une adresse située nulle part me tente. Les sacoches et sacs attirent la sympathie : je suis accueilli par les propriétaires de l’auberge Ô 4 Coins d’Auvergne. Je m’offre le couvert avant de poursuivre vers les Monts du Cézallier. Empruntant un large chemin, je laisse une empreinte minime sur la plaine.

Cette terre d’estive reçoit des milliers de bêtes : les salers vont y pâturer tout l’été. A l’ouest, les deux lacs et les tourbières de la réserve naturelle de La Godivelle sont les derniers témoins de l’ancien pays de glace.

Il y a 10.000 ans, les glaciers recouvraient la région. L’hiver, l’écir, ce vent d’Auvergne, crée des congères. Dans le hameau de Jassy, les maisons se rapprochent et font bloc chaque hiver. Ici on se serre les coudes.

Au fond du cirque chantent les ruisseaux. La forêt résonne du gazouillis des pinsons et des sitelles : l’endroit est apaisant mais c’est sur la crête que l’on a la plus belle vue, pas dans la vallée. En fin de jour, je grimpe pour rejoindre mon lieu de rendez-vous nocturne avec ma muse, celle qui hante mes rêves. L’esprit solitaire vagabonde et s’évade vers des pensées inavouables.

Vers les 20 heures, mon regard porte vers un paysage où je pourrai trouver mon endroit de bivouac peu après la ferme de la Pailllassire. De la sacoche du cintre, je retire la tente bivouac de 2,5 kg, pas bien lourde et si facile à monter. La tente permet cette autonomie totale : quel sentiment de liberté elle procure. Personne ne vous attend, aucune réservation n’est nécessaire. Le but n’est plus le logis, le village où se trouve un gîte, une chambre d’hôtes, mais plutôt cet endroit magique, l’emplacement rêvé. Qu’importe le lieu, pourvu qu’on ait l’ivresse de trouver son havre de paix…

Qui a déjà bivouaqué connaît ce moment unique où l’on s’approprie ce petit territoire, où l’on devient l’hôte d’un lieu naturel, forcément idyllique. La tente montée et le VTT posé sur le côté, me voilà prêt pour une belle nuit étoilée.

Le bonheur du parfum de l’aurore

Au matin, à la pointe du jour, les premiers rayons du soleil caressent mon visage. Le premier réflexe au lever est de chauffer l’eau pour un café extra. Le ciel est d’un bleu intense : il faut lever le camp et partir. Je roule durant trois heures avant le retour vers la routine et le point de départ. L’Auvergne m’a donné une bouffée d’évasion. Si les récits et les images provenant de Mongolie et des steppes ensorcèlent le voyageur, la France, de Clermont-Ferrand à Saint-Flour, constitue le plus inépuisable des réservoirs de liberté et a dispensé à mes yeux des enchantements sans fin.

Durant ces prochains mois, octroyez-vous deux jours d’itinérance. Vous verrez, la vraie aventure peut commencer et la randonnée à VTT prendra à jamais une tout autre saveur.

Carnet pratique

  • La Grande Traversée du Massif Central à VTT débute dans le Morvan, à Avallon pour rejoindre le Cap d’Agde, sur les bords de la Méditerranée. Le peu de kilomètres effectués en Auvergne nous a permis de constater la présence d’un excellent balisage et du bon choix des chemins et des sentiers, pas trop techniques mais qui peuvent vous porter loin. Car n’oublions pas que la GTMC compte tout de même 1380 km… Bon à savoir.
  • www.la-gtmc.com