La Grande Traversée de l’Ardèche :
à la recherche de nos origines

Nature
21 août 2020 — Pierre Pauquay
L’itinéraire de la Grande Traversée de l’Ardèche à VTT explore dans sa partie sud un des berceaux de notre humanité. Entre les Vans et Bourg-Saint-Andéol, il longe une région où l’homme préhistorique a laissé de nombreux indices et a jeté un des fondements de l’art. Une magnifique trace culturelle que Vojo s’est empressée de suivre.

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Aux Vans, l’air du Midi souffle toujours en ce début octobre : l’Ardèche du sud est un tout autre pays, comparée à celle du nord, du côté du Mezenc. La Grande Traversée provient de la montagne granitique et entre ici dans son secteur calcaire. Et c’est la chaleur qui se remarque le plus, nous qui venons du nord, de Belgique… De la place ombragée de platanes, nous rejoignons l’itinéraire à la sortie du village.

Premiers tours de roues et premiers chahuts. Les suspensions talonnent, tabassent sur le roc. La perméabilité de la roche calcaire vide les sentiers et chemins de la boue. Sur le single escarpé, les forêts de chênes et de châtaigniers forment un tunnel végétal dans lequel nous nous engouffrons. Un vrai maquis qui nous empêche d’accéder et d’admirer les gorges du Chassezac, toutes proches.

A Berrias-et-Casteljau, la traversée du village de pierres, avec ses chaudes tonalités, émerveille nos regards. Les couleurs d’automne illuminent les vignes qui y ont trouvé le soleil et la terre idéale pour voir s’épanouir les grappes de raisins. A la sortie du village, les murs de pierres sèches encadrent la trace où les cailloux sont patinés par les nombreux passages des voyageurs et des randonneurs.

Terre bénie de France

Aux vignes se succèdent les oliveraies. Nous évoluons dans un parfum de champignons odorants, de truffe et de buis : en Ardèche du sud, tout n’est que lumière et éveil de nos sens. Si en été l’afflux des touristes ternit l’image idyllique du territoire, hors saison, l’Ardèche se dévoile dans ses plus beaux jours. Il s’en dégage la belle désinvolture du Sud, cette insouciance apparente quand le soleil brille. On ne s’y trompe pas en s’arrêtant dans un des cafés de ces villages si accueillants.

La terre calcaire capte la chaleur et est accueillante comme une matrice. Dans les gorges comme aux alentours, nos ancêtres chasseurs cueilleurs ont privilégié ces zones de calcaire, en basse altitude et présentant des abris naturels. Les grottes et abris-sous-roche ont été le refuge de ces hommes préhistoriques. Nous nous rapprochons des traces du berceau de notre civilisation.

La plaine n’est qu’illusion. Très vite, l’horizon est barré par la montagne de la Serre qui va nous permettre d’accéder au plateau ardéchois. Le col de la Cize nous donne du fil à retordre : en octobre, la sueur perle de plus belle sur nos fronts. Le pierrier jeté sur le chemin nous empêche de trouver le bon rythme dans l’ascension. Sans le bon travail des suspensions, les roues butteraient sur les rocs. On les enroule, mais le travail incessant de la fourche et de l’amortisseur déforce le rendement.

Ereintés, nous basculons du sommet vers l’autre versant. Tout n’est que chaos : nous sommes heureux d’avoir tiré nos gros VTT dans la côte. Ici, ils se montrent plus à leur aise. La folle descente est une idylle pour tout vététiste. Technique mais peu dangereuse si l’on est maître de sa monture. Les belles courbes s’enchaînent à des virages en épingles. Entre pinèdes et oliveraies, nous nous rapprochons de l’Ardèche.

A Salavas, nous quittons la trace pour rejoindre le tout nouvel espace muséal dédié à la Grotte Chauvet. Un détour qui est une forme d’aboutissement à cette recherche de nos origines. Traversant la rivière à Vallont-Pont-d’Arc, nous devons emprunter une route en lacets. Elle nous mène vers ce nouveau site dédié à la préhistoire.

Source de l’art

L’Ardèche a sculpté le paysage durant des millions d’années. Dans les falaises, l’eau de la rivière a creusé des cavités dont celle de la grotte Chauvet, découverte lors d’une exploration récente, en 1994. Pour éviter les erreurs de Lascaux où les visiteurs ont irrémédiablement abimé les œuvres, celle de Chauvet, référencée sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, fut vite interdite au public. Ce chef-d’œuvre ne pouvait rester dans l’oubli. A œuvre exceptionnelle, moyens exceptionnels. En 2015, la grotte Chauvet 2 est née. Les 200 m de dénivelé sont vite avalés pour rejoindre ce clone de la cavité originelle. Lors de notre visite, l’illusion est parfaite : on s’imagine dans la peau de ces spéléologues découvrant ce joyau.

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A la lumière ténue apparaissent à nos yeux les premières œuvres : des motifs élaborés avec la paume de la main. Soudain, plus loin dans la galerie, on passe de l’abstrait à un tableau figuratif, celui d’un bestiaire. Ces dessins sont étonnamment modernes, 36.000 ans après leur réalisation. Perspective, mouvement, volume, tout est là. Ces scènes de chasse offrent un imaginaire très complexe : l’animal servait à penser le monde. Les ours des cavernes, les rhinocéros laineux, les mammouths, les bisons et les lions des cavernes ont fasciné les hommes. Suite à cette visite émouvante, la question est posée. Qui étaient-ils ? Ils nous ressemblent tant. Chasseurs cueilleurs, nomades, ils connaissaient la taille et la maitrise du feu depuis longtemps : l’avènement d’Homo sapiens remonte à plus de 300.000 ans !

Ce laps de temps inouï a vu des milliers de générations d’hommes vivre dans un monde où la nature prédominait. Ils ont voyagé, exploré des territoires, inventé des techniques et représenté leurs quotidiens de chasse. Cette vie de nomadisme s’éteindra progressivement quand un nouveau mode vie apparut en Extrême Orient vers l’an 12.000 : l’agriculture. L’humanité va entrer dans une nouvelle ère qu’elle ne quittera plus.

A la recherche d’un temps révolu

Du site, nous suivons une trace qui file tout droit et qui coupe les épingles de la route. Retour vers Salavas : l’itinéraire poursuit sa route vers l’est et grimpe vers Labastide-de-Virac. En cette fin de journée, l’esprit vagabonde. Nous rêvons de cette époque disparue où les hommes vivaient en totale harmonie avec la nature, sans les contraintes de notre monde moderne. Selon le guide de la grotte Chauvet 2, leur vie n’avait rien à envier à la nôtre. Nos gènes de nomades se ravivent quand on enfourche nos VTT : il est agréable d’aller où bon nous semble. Serions-nous les vrais héritiers de nos aïeux chasseurs cueilleurs ?

Paradoxe de la vie quand nous rejoignons notre havre luxueux, la Bastide D’Iris à Vagnas, loin de ces bivouacs qui s’apprécient tant en itinérance. Ne boudons pas notre plaisir, l’hôtel comme les autres partenaires de la Grande Traversée de l’Ardèche, est magnifique et nous offre le repos nécessaire.

Le lendemain, le soleil éclaire le plateau calcaire et nous éblouit. Le chemin entre dans un vrai gruyère. Il y a plus de 100 millions d’années, l’Ardèche s’est frayé un passage dans la roche et y a taillé des galeries souterraines sans fin. L’une d’elles, l’aven d’Orgnac, est exceptionnelle à plus d’un titre. Ce Grand Site de France est une plongée dans un joyau souterrain. Nous déposons nos vélos pour rejoindre à -30 m des concrétions et des salles souterraines ornées de stalactites et de stalagmites.

Aux alentours, la garrigue est chargée du parfum de la lavande, du romarin ou du thym. Vers l’an 36.000, les Aurignaciens ont développé un mode de vie dans un environnement différent du nôtre avec des périodes glaciaires prononcées.

Le paysage de l’Ardèche ressemblait à celui d’une steppe où les hommes pouvaient trouver un abri dans les grottes près des gorges ou dans les cavités formées par l’écroulement ici et là de la plaque calcaire. A quelques centaines de mètres de la grotte, un sentier secret mène vers un site occupé par les hommes depuis la nuit des temps, la baume Simonet. Les populations installaient leurs campements dans des abris-sous-roche ou sous le porche d’entrée de la grotte que nous découvrons : l’homme préhistorique n’était donc pas cet homme de caverne !

Sur le plateau d’Orgnac, les lapiaz fissurent le bloc calcaire : la roue avant pourrait se coincer dans l’anfractuosité ! Gare au choix de la mauvaise trajectoire…

Serpent bleu dans la garrigue

Nous quittons la forêt parfumée du plateau ardéchois pour rejoindre la rivière. Le sentier se fraye un passage entre les chênes verts au pied desquels s’épanouissent les bruissons épineux qui lacèrent les tibias. La caillasse est rugueuse, tranchante.

Les flancs des pneus souffrent. Les gros cailloux entravent la progression : les suspensions talonnent et l’attention ne se relâche pas tout au long des kilomètres. Nous en avons plein les roues !

A l’approche du village classé d’Aigueze, la trace se durcit, s’engage sur une crête aérienne. Les gorges vertigineuses, à quelques mètres de nos roues, offrent enfin un panorama sur la rivière.

Une descente et nous traversons l’Ardèche sur le pont de Saint-Martin d’Ardèche. Sur l’autre rive, c’en est fini du plateau calcaire. Pour rejoindre Bourg-Saint-Andéol, la dernière étape de la grande traversée longe des vignes et offre un paysage de plus en plus ouvert vers la vallée du Rhône.

Les derniers villages et chapelles s’égrènent sur la trace qui se termine en pente douce vers le grand fleuve. Avec un peu de nostalgie, nous terminons de parcourir les courbes harmonieuses des collines de ce pays envoûtant. L’Ardèche ne laisse pas le voyageur insensible face à son paysage et à son patrimoine uniques.

Nous avons roulé sur une terre d’humilité : il y a plus de 36.000 ans, des hommes chassaient, cueillaient et vivaient en clan, en parfaite harmonie avec la nature. En découvrant ce joyau en VTT, nous devrions en être leur digne héritier…

Carnet pratique

  • La Grande Traversée de l’Ardèche offre un parcours de 315 km avec un dénivelé positif de 5 569 m. L’itinéraire est composé de 3 parties :
  • L’Ardèche verte avec deux départs possibles : Boulieu-lès-Annonay ou Saint-Félicien en direction de la Montagne ardéchoise.
  • La traversée du Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche et de la Montagne ardéchoise : du lac de Devesset jusqu’aux Vans.
  • L’Ardèche méridionale : l’objet de ce reportage. L’itinéraire débute des Vans pour arriver, par la rive droite des gorges de l’Ardèche, à Bourg-Saint-Andéol, dans la Vallée du Rhône.
  • Séjours accompagnés
  • Les bikers d’Ardèche Vélo proposent la GTA accompagnée, avec ou sans portage de bagages.
    www.ardeche-velo.com
  • Hébergements
  • Tout au long du parcours, plus de 23 hébergements labellisés Accueil Vélo permettent d’élaborer votre itinéraire. L’accueil fut formidable dans les adresses que nous avons pu rejoindre. Il est ainsi tout à fait possible d’effectuer une itinérance sur la GTA, sans s’encombrer de tente et de sac de couchage et d’emporter ainsi un minimum avec soi.
  • Aux Vans : hôtel le Carmel
    http://le-carmel.com
  • A Vagnas : hôtel de la Bastide d’Iris
    www.labastidediris.com
  • A Bourg-Saint-Andéol : hôtel le Clos des Oliviers
    www.hotel-ardeche-sud.com
  • Info générale
    www.ardeche-guide.com
    www.ardeche-a-velo.com