Interview | Isabeau Courdurier : revenir en DH et en Enduro comme outsider

Par Paul Humbert -

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Interview | Isabeau Courdurier : revenir en DH et en Enduro comme outsider

Après une saison 2025 mise entre parenthèses pour devenir maman, Isabeau Courdurier prépare son retour à la compétition. La championne du monde d’enduro 2024 ne reviendra toutefois pas sur un programme classique : en 2026, elle fera une sélection d’épreuves, avec une place importante donnée à la descente. Entre reprise physique, nouveau cadre d’entraînement avec Cécile Ravanel et organisation familiale, elle raconte comment elle aborde ce nouveau chapitre de sa carrière. 

Isabeau Courdurier a participé à sa première coupe du Monde d’enduro en 2013. Elle s’est depuis frayé un chemin jusqu’au sommet de la discipline. Elle a accroché à son palmarès le classement général de la coupe du Monde à plusieurs reprises et cl$oture un premier chapitre de sa carrière sportive en 2024 avec un titre de championne du Monde d’enduro et un maillot arc-en-ciel bien mérité.

2025 marque une pause dans sa vie, et le début d’une autre en donnant naissance à son fils. En 2026, la championne fait ce qu’elle avait annoncé : « Je reviens à la compétition, mais partiellement. Pas à plein temps et pas sur toute la saison, parce que ce n’est évidemment pas possible avec la nouvelle logistique. Je reviens donc avec une sélection d’événements un peu plus précise, et surtout avec de la nouveauté : je ne vais pas faire que de l’enduro. » 

La descente me titillait depuis longtemps.

Le premier événement de mon calendrier sera The Traka Gravel, sur le 100 km au mois de mai. Ce sera un premier challenge pour me remettre dans le bain, environ six ou sept mois postpartum.

Ensuite, j’ai posé ma candidature en équipe de France pour la Coupe du monde de DH de Loudenvielle. Puis je ferai Val di Fassa en enduro. Après il y a Leogang en DH et La Thuile en DH. L’idée est vraiment de prendre de l’expérience et de progresser en descente en 2026.

Je ferai la Coupe du monde d’enduro à Morillon et il y a ensuite les Championnats du monde de DH, mais je pense qu’il faut rester réaliste : la première année, la sélection sera peut-être difficile. En revanche, il y a le Championnat du monde d’enduro à Finale Ligure, et ça, clairement, c’est mon objectif de la saison.

Après j’ai encore d’autres compétitions possibles, mais rien n’est encore fixé. J’organise aussi mon week-end aux Deux-Alpes, les Girls Shredding Days, du 10 au 12 juillet.

Tu avais déjà fait un peu de DH. On a des souvenirs de toi à Lourdes. 

Oui, Lourdes et Mont-Sainte-Anne fin 2024. Mais je les avais faites un peu à l’arrache. Je n’avais jamais vraiment passé de temps sur un vélo de DH ni préparé physiquement pour ça. J’avais toujours l’enduro en parallèle, et j’ai toujours dû donner la priorité à l’enduro. Mais j’avais toujours ce petit truc en moi qui me titillait : essayer la descente pour moi. Et là je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais.

Un calendrier adapté à la vie de famille

Aujourd’hui, quand tu dois choisir entre l’enduro et la DH sur un week-end, tu privilégies la descente ?

Ce n’est pas vraiment une priorité DH. On a surtout essayé de construire un calendrier qui soit le plus adapté possible à ma situation de jeune maman, et parfois la DH se prête mieux à l’organisation avec le bébé. En enduro, tu pars souvent toute la journée sur les spéciales. En DH, tu passes plus de temps au paddock, donc c’est plus simple en termes de logistique.

Et puis il y a aussi la réalité physique : je vais revenir en forme, mais ça va prendre un peu de temps pour des journées entières comme en enduro. En octobre, après presque un an, je pourrai arriver à Finale Ligure en me disant que j’ai fait tout ce qu’il fallait pour être prête.

D’autre part, je fais de l’enduro depuis 2013 et j’ai roulé sur énormément de terrains. Fin 2024, j’avais atteint un niveau très élevé et je ne suis pas sûre de pouvoir encore progresser beaucoup. En DH, je repars tout en bas de l’échelle, et ça me fascine : apprendre les sauts, la vitesse pure, l’engagement, la gestion mentale…

« Le plus gros challenge a été mental »

Comment tu te réappropries ton corps après une grossesse quand tu veux revenir au haut niveau ?

Le plus gros challenge a été mental. Il a fallu que j’accepte que j’avais le droit de vouloir revenir en compétition. Ce n’est pas encore quelque chose de très courant. On voit de plus en plus de sportives qui le font, mais la voie n’est pas encore complètement ouverte.

Je me demandais si j’étais légitime, si les gens n’allaient pas se dire : « Qu’est-ce qu’elle fait ? Pourquoi elle ne passe pas à autre chose ? »  On a travaillé là-dessus mentalement, et aujourd’hui je trouve ça même super cool. Ça me remet dans la position de l’outsider, alors qu’en enduro j’étais très attendue ces dernières années.

Un nouveau cadre d’entraînement

Tu as changé d’entraîneur ? 

Oui, je m’entraîne désormais avec Cécile Ravanel. Elle est la mieux placée pour m’accompagner avec mon calendrier mixte enduro-DH, et puis elle est maman aussi. Avec Nicolas Philippi, on a travaillé cinq ans pour atteindre mon meilleur niveau en enduro. Mais je me connais : si j’étais restée dans la même dynamique, j’aurais passé mon temps à comparer mes données avec celles d’avant. J’avais besoin d’une cassure nette pour repartir sur quelque chose de nouveau.

Et physiquement, comment s’est passée la reprise ?

J’ai repris assez rapidement, mais en faisant les choses dans l’ordre. J’ai d’abord accordé beaucoup d’importance à la rééducation des abdos et du périnée. Ensuite j’ai repris la musculation au bout d’un mois. Le VTT, je l’ai repris une première fois vers deux mois, puis vraiment au bout de trois mois. Toujours avec l’idée de m’écouter et de progresser étape par étape.

Quel regard portes-tu sur l’enduro aujourd’hui ?

En 2025 j’ai suivi la saison depuis l’extérieur pour la première fois. Et je me suis rendu compte que l’enduro est vraiment incroyable à regarder depuis le bord des pistes. Mais je trouve qu’on a parfois du mal à transmettre l’essence de ce sport dans les médias. Pour moi il manque ce côté aventure : les amateurs, les privateers, les gens qui dorment dans leur van et qui vivent la course avec les moyens du bord. Au début de l’enduro, c’était ça qui faisait la magie. Aujourd’hui c’est devenu très professionnel, ce qui est aussi une bonne chose, mais on s’est un peu éloigné des racines.

Avec quel(s) vélo(s) vas-tu rouler pendant la saison ?

Je vais rouler sur un vélo Lapierre, aussi bien en enduro qu’en descente. L’idée est d’adapter la configuration pour les deux disciplines. Comme mon calendrier va m’obliger à passer souvent d’un vélo à l’autre, on voulait quelque chose qui reste familier.

Une saison organisée en famille

Cette année tu vas courir hors structure d’équipe ? 

Oui. Avec le bébé, je ne me voyais pas partir en team et le laisser à la maison. Ma mère va m’accompagner sur les courses pour garder mon fils pendant que je roule. Et Cédric (Carrez, son compagnon, ndlr) va reprendre son rôle de mécanicien, agent et manager. Au final, ce sera une vraie aventure familiale.

Est-ce que tu as eu des exemples de femmes qui t’ont inspirée ? 

Oui, bien sûr. Par exemple Rachel Atherton, qui est revenue très forte après un bébé. Et récemment j’étais avec la surfeuse Justine Dupont, qui expliquait que le fait d’être maman ne l’empêche pas de surfer de très grosses vagues. Tous ces témoignages sont rassurants et inspirants. Ils montrent que c’est possible et ça m’a aidée à me dire que moi aussi j’avais le droit d’essayer.

Envie d’en découvrir plus sur la vie d’Isabeau Courdurier, retrouvez-la chez elle dans notre vidéo tournée à l’aube de la saison qui l’a vue devenir championne du Monde :

Photos : Pierre Vieira (maillot Arc-en-ciel) – Vojo 

Par Paul Humbert