Interview - François Bailly-Maître : EWS et Mega pour 2016

Sport
8 décembre 2015 — Olivier Béart

Ancien crosseur de haut niveau, multiple vainqueur de la Transvésubienne, François Bailly-Maître a aujourd’hui réussi à se faire une place parmi les meilleurs enduristes de la planète. Catalogué, à tort, comme un « coureur physique » en raison de son passé, il aime performer là où on ne l’attend pas au guidon de son BMC TrailFox 29’’. Profitant de la présentation de l’équipe BMC en Espagne, nous avons passé quelques instants avec lui pour parler de la saison 2016 qui s’annonce et où, en plus des EWS, on devrait le voir aussi sur la Megavalanche de l’Alpe d’Huez !

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-6François, les deux premières épreuves 2016 vont se dérouler en Amérique du Sud. Comment vas-tu gérer ta préparation en vue de ces rendez-vous atypiques ?
Ce n’est jamais évident, en effet. J’habite à la montagne donc l’hiver je ne roule pas trop. J’ai besoin de faire une coupure, de faire d’autres choses. Je skie beaucoup, dans tous les styles : fond, alpin, télémark. Ca m’aide à travailler toutes les qualités nécessaires en enduro (physique, trajectoires, vitesse, haut du corps), tout en faisant autre chose que du vélo. C’est comme ça que je reviens à 200% au début de chaque saison. Pour m’acclimater un peu, je vais aller courir l’Andes-Pacifico, comme en 2013 avant l’EWS au Chili. C’est une course d’enduro par étapes super bien organisée et les tracés sont sublimes. Par contre, le terrain de l’EWS au Chili de cette année s’annonce très différent, plus proche de l’océan, avec plus de forêts. Mais au moins je me serai un peu acclimaté au pays et j’aurai repris mes marques sur le vélo en format course.

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-8Il y a deux ans au Chili, ton résultat avait-il été à la hauteur de tes attentes ?
Non, pas vraiment. J’avais fait 16e. c’est toujours plus dur pour moi en début de saison, peut-être parce que je roule moins que d’autres l’hiver. Les gars de l’hémisphère Sud arrivent forcément mieux préparés après l’hiver. Mais comme je le disais juste avant, j’ai vraiment besoin de cette coupure et d’être un peu à la maison, même si je vais peut-être en faire un peu plus cette année et partir quelques fois 3 ou 4 jours vers Finale Ligure.

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-4En regardant le calendrier EWS 2016, il y a des manches qui t’inspirent particulièrement ?
Oui, clairement ! Quand je vois que l’Enduro du Mercantour s’y trouve, c’est vraiment quelque chose qui m’inspire. Ça fait déjà deux ans que j’y vais et deux ans que je gagne. Je sais que je suis performant sur ce type de terrain et donc les feux sont au vert. Mais bon, on sait qu’en EWS ça ne suffit pas. C’est très différent et le niveau est vraiment incroyable. Après, Whistler me parle aussi beaucoup. C’est une des « classiques » du calendrier et en ayant fait 5e cette année malgré une première spéciale foirée, je sais que je peux faire quelque chose.

FBM-C.Bortels-03Quand tu entends que les Enduro World Series et l’UCI discutent d’un rapprochement, tu trouves que c’est une bonne chose ?
Je pense que oui. Au début, j’étais réticent, mais je me rends compte que si tu n’as pas une grosse structure pour gérer ce qu’on appelle tous la Coupe du Monde d’enduro, c’est parfois problématique. L’EWS pourrait gagner en constance et cela permettrait de corriger certains petits détails qui empêchent pour le moment d’être vraiment au top. Attention, c’est vraiment extraordinaire ce qui a été construit en quelques années et l’engouement que cela suscite est énorme.

Maintenant, pour aller plus haut, je pense qu’un rapprochement des EWS avec l’UCI peut-être bénéfique.

À nous, pilotes, de veiller à ce que la discipline ne soit pas dénaturée et à nous de faire entendre notre voix pour s’assurer l’esprit et les bases soient respectés. L’UCI peut également apporter une reconnaissance « officielle » qui ne peut qu’être bénéfique au-delà de notre petit milieu. Entre nous, on connaît la légitimité de l’EWS et on l’appelle Coupe du Monde, mais pour l’extérieur, ce n’est pas encore le cas. Il pourrait aussi y avoir un maillot arc-en-ciel, dont on connaît l’importance symbolique. Cela pourrait également renforcer la lutte anti-dopage. Je ne dis pas qu’il y a des soucis parmi les enduristes, je n’en sais rien ! Mais quand je vois qu’en trois ans, je n’ai entrevu qu’un seul contrôle, je trouve que ce n’est pas normal.

FBM-C.Bortels-01Tu es déjà passé pas loin de la gagne… 2016 ce sera ton année pour aller en chercher une ? Laquelle ?
C’est évident que c’est le but. Je sais que j’en suis capable. Si je pouvais choisir, ce serait le Mercantour. Enfin, quoique… Maintenant que je le dis, j’y réfléchis et je me dis que j’aimerais bien en gagner une sur un terrain où on ne m’attend pas forcément. Genre à Whistler ! Ce serait encore plus beau et ça m’aiderait à enlever cette étiquette de « coureur physique » qu’on me colle parfois. Oui, je viens du XC, mais ce n’est pas forcément dans les spéciales avec du pédalage que je fais tous mes meilleurs chronos. Au final, peu importe où je gagne, mais c’est clair que j’aimerais en accrocher une. Le souci c’est qu’après, on ne veut plus s’arrêter (rires) !

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-2Le pilote référence actuel selon toi, et celui qui t’a le plus surpris en 2015, c’est…
Le pilote référence, c’est Richie Rude évidemment. Quand il s’est mis à gagner, j’ai cru à un coup d’éclat, mais après, je me demandais quand il allait s’arrêter. Il m’a bluffé, surtout à son âge ! Où va-t-il s’arrêter ? On verra quand même en 2016 ce que ça donnera, on a déjà eu des surprises. À propos de surprise, pour la 2e partie de la question, c’est Amaury Pierron qui m’a épaté à Ainsa l’an dernier. On sait qu’il est bon descendeur, mais tout de même… débarquer sur son premier enduro, écraser la catégorie Junior et faire dans le top 15 au général, c’est très fort ! Ca montre aussi que de petits jeunes peuvent débarquer très vite et bien secouer la hiérarchie établie. En tout cas, s’il se décide à faire plus d’enduro, ça peut faire très mal.

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-3Où se situe ta marge de progression aujourd’hui ?
Je sais que je dois être plus régulier. Je parlais de Whistler un peu avant : je fais 5 avec une S1 franchement pas terrible. Forcément, ça fait réfléchir. Aujourd’hui, les écarts sont hyper serrés, tu n’as plus le droit à l’erreur. Il ne suffit plus d’être régulier, il faut être régulier ET hyper rapide. Mais il est toujours difficile de savoir exactement où on se situe par rapport aux autres.

Je viens d’une discipline, le XC, où il y a de la confrontation directe. En Enduro, ça me manque un peu.

En XC, on voit ses adversaires, on peut les regarder, analyser, se comparer. Sur les courses,  j’ai toujours besoin de connaître mes temps après les spéciales pour savoir où je me situe, mais c’est encore faible comme indication. Quoi qu’il en soit, je veux rendre mon pilotage plus agressif et incisif. Je dois aussi bosser mon explosivité.

Tu es un des rares pilotes EWS en 29’’. As-tu essayé le 650b, que BMC propose également, et vas-tu rester sur le 29’’ ?
Oui, j’ai essayé le 650b l’an dernier, et je vais encore certainement re-tester cet hiver par curiosité. Jusqu’à présent je suis convaincu que, sur une saison et dans mon cas, le 29’’ est un avantage. Je suis super en confiance sur ce vélo. J’aime sa stabilité, son grip dans les dévers, et il n’a rien d’un veau dans les enchaînements serrés, bien au contraire. Je n’ai pas envie de me prendre la tête et de me demander avant chaque manche sur quel vélo je vais rouler. Là, cela va faire 3 ans que je suis sur le TrailFox 29 et cette connaissance de la machine est aussi un atout.

FBM-C.Bortels-02Justement, au-delà du seul vélo, la stabilité est importante pour toi au niveau du team et de l’encadrement ?
Oui, clairement. Il y a eu beaucoup de mouvements au niveau des teams et des pilotes EWS cet hiver, mais de mon côté, j’ai un contrat qui court sur deux ans et je me sens vraiment bien chez BMC. J’ai un vélo qui me convient et un encadrement au top. Il  correspond pleinement à mes attentes, tant au niveau du professionnalisme que de l’ambiance. Dans ces conditions, pourquoi bouger ? Ça ne m’intéresse pas de faire juste une saison avec une équipe… cela fait trop de paramètres à maîtriser et pour performer, il faut savoir se concentrer sur ses objectifs : les courses.

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-1Et côté courses, ce sera 100% EWS ou bien il y aura aussi un peu de place pour d’autres épreuves ?
C’est clair que l’EWS est la priorité numéro un, tant pour moi que pour BMC. Mais ça n’interdit pas de faire quelques autres courses. En début de saison, je vais faire l’Andes-Pacifico comme je l’ai expliqué plus tôt et je vais également aller faire un tour du côté des organisations de Rémy (Absalon) et Jérôme (Clementz) dans l’Est. Ce sont de très beaux événements, sur des terrains que j’apprécie. Je serai notamment à l’enduro des Hautes Vosges, c’est sûr. Après, je ne compte plus faire de formats plus longs, style Transvésubienne, car cela peut être pénalisant en vue des EWS. C’est trop spécifique. Par contre, avant la fin de ma carrière, j’aimerais faire la BC Bike Race au Canada. C’est un mélange de marathon et d’enduro (avec des descentes chronométrées pendant les étapes) et pour avoir déjà roulé en Colombie Britannique, ça me donne envie d’en faire plus là-bas. Enfin, petit scoop, je devrais faire la Méga de l’Alpe d’Huez ! J’ai déjà fait 5ème alors que je débutais en enduro. Je vais retrouver cette confrontation directe avec les autres pilotes qui me manque parfois. Ce sera mon petit défi 2016, hors EWS.

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-9Tu as aussi organisé l’Endur’O Jura cette année. Tu remets le couvert en 2016 ?
Oui ! Ce sera les 11 et 12 juin 2016. Le concept reste le même, une épreuve all-inclusive avec logement, repas, navettes et de beaux cadeaux pour tous les participants… et bien sûr des tracés particulièrement soignés ! Le tarif est plus élevé que ce qu’on a l’habitude de rencontrer (230€), mais tout est compris et on fait vraiment tout pour offrir des prestations de très haut niveau. En tout cas, je vous invite tous à venir voir !

Francois_Bailly_Maitre_Interview_BMC_TrailCrew_Copyright_OBeart_VojoMag-7Pour terminer cette interview, petit clin d’oeil à Kerstin Kögler qui, en plus d’être une talentueuse pilote d’enduro au sein du team BMC, s’est révélée également être une excellente assistante photo et une très bonne guide pour nous emmener sur les bons spots malgré une météo espagnole un peu capricieuse.

Bike_Check_BMC_Trailfox_Francois_Bailly_Maitre_Copyright_OBeart_VojoMag-1-2Retrouvez le bike check complet du BMC Trailfox de François Bailly-Maître dans ce deuxième article : www.vojomag.com/pro-bike-check-le-bmc-trailfox-de-francois-bailly-maitre