Inside | La finale de la Coupe du Monde XC au cœur du BMC Racing Team

Sport
5 septembre 2017 — Olivier Béart

Vendredi matin – 10h : Carod, premier sur le pont

Alors que les mécaniciens sont arrivés un peu plus tôt dans le paddock et terminent de disposer les vélos à l’avant du stand, nous retrouvons Titouan Carod assis sur une chaise en train d’ajuster les cales de ses chaussures. Il est le plus matinal de tous ! “C’est vrai que je suis souvent le premier”, nous dit-il en souriant. “Je n’aime pas me presser, et surtout pas lors des week-ends de course. J’aime pouvoir préparer tout et refaire un petit check du vélo à l’aise avant de partir rouler.”

Au programme de la journée : entraînement et reconnaissance de la piste. Les sessions officielles ouvrent à 11h pour les hommes et Titouan Carod a prévu de partir rouler sur le circuit avec Julien Absalon vers 11h30 pendant une bonne heure. “Le but est vraiment plus de faire tourner les jambes et de reconnaître les lignes sur le parcours plus que de se faire mal. Le vendredi, pour moi, ce n’est pas du tout le but de faire des intensités. D’ailleurs, parfois, quand le parcours est joueur, ce n’est pas facile de se retenir et de ne pas en faire trop. Mais la course c’est dimanche et c’est à ce moment-là qu’il faut pouvoir se faire mal sur le vélo.”

10h30, Julien Absalon arrive. Mais où sont les Suisses ?

Peu après, vers 10h30, Julien Absalon arrive dans la tente. Après avoir posé ses affaires, il se dirige vers les vélos en compagnie de Benoît di Natale, le chef mécano de l’équipe. Le choix du vélo est facile pour Julien qui roule toujours sur le BMC Fourstroke full-suspendu et celui des pneus est figé lui aussi : ce sera du Vitoria Mezcal en 2.1 à l’avant comme à l’arrière.

Mais Julien hésite encore un peu sur la taille du plateau à adopter et souhaiterait refaire un test entre 32 et 34 dents. Cela tombe bien, c’est aussi à cela que servent les entraînements . “Il y a aussi un petit quelque chose au niveau du toucher du frein avant sur celui-ci”, ajoute-t-il en montrant son deuxième vélo qu’il vient d’utiliser pour le trajet depuis l’hôtel. En touchant le frein, on se dit qu’il fonctionne très bien… mais c’est le genre de détail hyper pointu que ne laisse pas passer un pilote de son calibre. Ni son mécano qui sort immédiatement le kit de purge.

Tiens, mais où sont les Suisses ? Mis à part Reto Indergand qui est passé prendre un café en remplir son bidon, pas de trace des autres. “Le vendredi est classiquement la “journée des Français”, nous explique Benoît, qui ajoute : “Ils ont chacun leur façon de s’entraîner et le vendredi, nos trois Suisses vont plutôt sur la route et on ne les voit au stand que pour les repas, alors que Julien et Titou roulent sur le circuit.” 

Une course particulière pour Julien Absalon

Pour Julien Absalon, les deux dernières Coupes du Monde de cette saison 2017 ont une saveur assez particulière. Après sa longue pause forcée pour cause de fracture de la clavicule, il a loupé les championnats de France et plusieurs Coupes du Monde. Malgré un très beau retour lors des championnats d’Europe (où il a terminé 2e), c’est la première fois depuis 15 ans qu’il s’élance sans le moindre maillot distinctif. “C’est clair que cela me fait quelque chose de remiser les maillots de champion de France, d’Europe et du Monde au placard. Le premier entraînement a été un peu bizarre… mais finalement, même si c’est symbolique, on s’y fait très rapidement. Puis, j’aime bien le rouge et le maillot BMC est joli donc maintenant je n’y pense déjà plus”, nous confie-t-il en souriant.

Autre gros changement, ce numéro 14 sur sa plaque de cadre qui l’oblige à partir plus loin sur la grille. “Partir en 3e ligne à Mont-Ste-Anne avec le dossard 42, ça a clairement été un gros souci pour moi. Je n’ai jamais été un grand starter même en partant en première ligne mais là c’est encore plus compliqué. Ici, ce sera déjà mieux avec le numéro 14 mais la clé à Val di Sole ce sera de bien démarrer.” 

Julien Absalon est un des coureurs qui enchaînent le plus de tours de reconnaissance. Il nous explique comment il aborde cette finale de la Coupe du Monde. “Il faudra que je sois meilleur dans la longue ligne droite et la première coté sinon je peux oublier le top 5. Je ne suis pas habitué à jouer des coudes mais là il faudra bien. Pour moi le vendredi est une journée de reconnaissance hyper importante. Cela va me permettre de tout valider : le choix de matériel, les lignes en descente et d’autres petites choses. Je ne roule jamais le jeudi, je vais juste marcher sur le tracé. C’est quelque chose que je ne faisais pas avant mais qui m’apporte beaucoup aujourd’hui. Je n’aime pas m’arrêter quand je suis sur le vélo, donc là ça me permet de voir les autres, de mieux observer la piste. Par contre, j’ai déjà testé la ligne droite du départ, elle fait 55 secondes. Je vais encore la travailler aujourd’hui, et dimanche et je peux vous dire que ce sera à fond !” 

L’importance de l’image et de la com’

A peine en a-t-il fini avec nous que nous voyons Julien Absalon jouer les acteurs devant la caméra de Sylvain Golay. Ce dernier s’occupait principalement de mécanique et d’autres petites choses pour le team avant cette saison, mais son rôle a évolué davantage vers la communication et la production de contenu pour les réseaux sociaux ces dernières années.

J’ai toujours bien aimé la photo et la vidéo. J’en faisais un peu pour le team mais maintenant c’est clairement une de mes tâches. Et je pense que c’est pas mal car je suis au coeur de l’équipe en permanence. Les coureurs me connaissent bien aussi donc ce n’est pas la même chose que si c’était un extérieur qui s’en occupait. Cela permet de nourrir les réseaux sociaux avec du contenu qui vient vraiment du quotidien de l’équipe et les coureurs sont à l’aise avec moi derrière l’objectif.”

Le briefing du team manager

Alors que Julien Absalon termine de se préparer pour aller rouler, Titouan Carod est en pleine discussion avec Alex Moos, le big boss de l’équipe qui est lui-même un ancien coureur de haut niveau. De bon matin, il a fait 3 tours sur le circuit et il échange quelques conseils avec Titouan, le tout avec un accent suisse bien chantant : “Quand tu es après le pierrier, essaie les bosses à droite, ça passe plus vite. Et là, dans le dévers, j’ai vu qu’il y a un appui qui s’est creusé avec les passages, essaie de voir si c’est intéressant de le prendre.”

Le but de ces briefings c’est de les rassurer, de les mettre en confiance, de les motiver.

Peu avant 11h30, Julien Absalon et Titouan Carod partent rouler sur la piste. Nous les laissons et nous en profitons pour en savoir un peu plus sur le genre de briefing qu’Alex Moos donne à ses pilotes. “En fait là quand tu es arrivé tu m’as juste entendu parle de pilotage et de lignes avec Titou. Mais en fait ce n’est pas le plus important. Ils pilotent tous bien mieux que moi dans le team et ils sont assez grands pour choisir leurs lignes. Mais si je parle de cela c’est un prétexte. Le but de ces briefings c’est de les rassurer, de les mettre en confiance, de les motiver. Pendant ces petits échanges individuels que j’ai à différents moments avec les coureurs, on aborde plein de sujets : on reparle de la course précédente, de ce qui a bien été ou un peu moins, de la stratégie,… Mais je mets surtout l’accent sur les points positifs avant la course. L’idée est vraiment qu’ils se sentent bien et forts en abordant le week-end de course.”

De par son passé en VTT mais aussi sur route, ainsi que son rôle d’observateur très attentif de la scène actuelle depuis les bords de la piste, Alex Moos a une excellente lecture de la course : “Durant toutes ces années comme coureur, j’en ai eu moi aussi des briefings. J’ai énormément appris et j’ai développé une sorte de sens de la course qui me permet de sentir souvent assez bien à l’avance comment va se dérouler une course. J’ai aussi une excellente mémoire pour ce genre de chose et je me souviens du déroulé de plein de courses, même concernant des pilotes qui ne sont pas dans le team. Par exemple, quand on a recruté Titouan, j’ai discuté avec lui et je lui ai rappelé une crevaison ou des faits de course le concernant… dont il ne se souvenait même plus. Au fur et à mesure, les pilotes voient aussi que les courses se déroulent souvent comme je l’avais dit. C’est comme cela que je gagne leur respect. Il savent aussi que je ne suis pas rancunier mais que je n’hésite pas à dire les choses clairement. Même Julien Absalon a parfois droit à un savon, malgré tous ses titres ! Mais heureusement, cela reste très rare et on a vraiment un bon groupe de gars bosseurs, honnêtes et loyaux. C’est agréable de travailler avec eux et mon rôle est bien plus celui d’un grand frère que d’un chef.”

L’heure des repas

Peu avant 13h, alors que Julien Absalon et Titouan Carod se rafraichissent en vitesse après leur entraînement sur le circuit, Lars Forster et Reto Indergand arrivent. Lukas Flückiger suivra un peu plus tard. Le repas, c’est le moment que toute l’équipe partage ensemble. Mécanos, staff, team manager, coureurs : tout le monde se retrouve autour d’une grande table placée à l’arrière du stand.

Aux fourneaux, on retrouve Philippe Thalmann, qui suit l’équipe depuis de longues années avec son épouse, Anne-Valérie, qui n’est autre que la masseuse de l’équipe. De coups de mains en aides diverses, Philippe a trouvé sa place dans l’équipe et c’est lui qui a aujourd’hui la lourde charge de s’occuper des repas de l’équipe. C’est d’ailleurs avec une certaine émotion qu’Anne-Valérie met la table et que Philippe tourne la spatule dans la casserole car ce sera pour tous les deux leur dernière Coupe du Monde puisqu’ils ont décidé de prendre leur retraite sportive à la fin de l’année.

Au menu, on s’en doute, il n’y a que des choses saines. Mais ne croyez pas que ce n’est pas bon ou que cela n’a pas de goût ! “Il faut absolument que ce soit bon ! Les coureurs doivent avoir du plaisir à manger”, martèle Philippe en s’occupant amoureusement de son risotto, qui fera office de plat entre une bonne assiette de salade et quelques fruits. D’ailleurs, on a goûté et c’est vrai que c’était très bon ! “On essaie de varier aussi, de faire des choses un peu locales quand c’est possible.” 

Le soir, c’est le même rituel : toute l’équipe revient de l’hôtel ou de l’appartement loué par le team et se dirige vers la tente pour prendre le repas tous ensemble. Cette fois, il y a du saumon au menu, ainsi qu’une soupe de courgettes et des légumes. Lukas Flückiger en raffole et vient pour une petite repasse. Par contre il y a de moins en moins de féculents le soir. A table, les discussions vont bon train. Ca plaisante et ça parle de plein de choses autres que de vélo… mais à un moment, la conversation glisse vers un sujet très important ce week-end : la victoire au classement des teams, que l’équipe peut glaner pour la 5e année consécutive ! Alex Moos et Mélanie Leveau, la responsable com’ (et bien plus encore), ont fait les comptes. Même si l’équipe n’est pas en tête actuellement (c’est l’équipe Scott de Nino Schurter qui occupe la 1ere place provisoire), tout reste possible si l’ensemble de l’équipe donne le meilleur.

C’est sur ces bonnes paroles que se termine cette première journée avec le team BMC et tout le monde reprend la direction de l’hôtel vers 21h. Nous aussi nous regagnons nos pénates avant de passer la journée du samedi en compagnie des mécanos.

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