Haute-Provence :
 une terre pour rouler toute l’année

Nature
28 juillet 2019 — Elodie Lantelme

Il en va des personnes comme des régions : même si toutes ont du charme, certaines ont plus d’atouts que d’autres. Pour le VTT, à l’occasion de notre test lecteurs de l’Haibike SDuro Full Seven LT 9.0, nous en avons découvert une qui ne manque pas d’attraits : la Haute-Provence, avec trois boucles choisies, sur les traces d’un trio de Randos d’Or qui séduit plus de 2000 VTTistes chaque année. On vous emmène !C’est la Provence de l’écrivain Jean Giono et de son « soleil noir ». Celle des oliviers aux reflets argentés, des pierres sèches à s’effriter, des lavandes aux bleus étalés… Oui, bon, avec Giono, forcément, on tente la littérature… ou pas, finalement. Car cette Provence au cœur du parc naturel régional du Verdon, avec un pied dans le Luberon, c’est surtout celle où l’on peut rouler toute l’année, quand le gros mauvais temps ou la neige s’installent ailleurs. 

Celle de 2000 de VTTistes aussi. Qui prennent le départ d’une des trois randonnées majeures de la destination : Verdon des Collines, tous les 11 novembre ; la Randuro Capellane, qui se tient au printemps ; et Les Collines du Luberon, à vivre le 8 novembre. À l’occasion de notre concours test lecteurs Habike SDuro Full Seven LT 9.0, nous avons levé quelques coins de voile sur ces terres de ride ridées par le soleil et les sourires de ceux qui y posent leurs roues.

Jour 1 – Sur les traces de la Verdon des Collines

Chaque 11 novembre depuis près de vingt ans, ils sont 1500 à s’élancer sur ce rendez-vous élu Rando d’Or, organisé par le Team Gréoux Bike. Nous, nous n’étions que 5. Et c’était l’été. Mais Gréoux-les-Bains est belle toute l’année.

Station thermale, aux portes du Verdon, Gréoux était aussi l’endroit où Giono venait se reposer loin des chaleurs écrasantes de Manosque et y soigner sa goutte dans les eaux soufrées. Pas tellement question de repos pour nous, mais de plutôt de profiter de quelques-unes des portions des 1060 km balisés de ce site « Provence-Verdon VTT » labellisé FFC.

49 circuits s’y déploient, pour tous les niveaux (1 GT, 4 de difficulté noire, 11 rouges, 20 bleues, 13 vertes). Certains empruntent aussi, chaque deuxième dimanche de juin, le parcours de la Transpiad, également Rando d’Or. Depuis les pavés de Gréoux, nous rejoignons les berges du Verdon. Une piste de BMX y a été créée. Elle amuse et entraîne les enfants – note : l’état d’enfance est totalement indépendant de l’âge du capitaine, car ceux qui y sont restés le plus longtemps ne sont pas forcément les plus jeunes.

Là nous attend Guy Bachelas. L’homme est connu dans la région. Avec ses fils et sa femme, Andrée, il a porté le cycle haut, avec ses trois magasins, aujourd’hui installés à Gréoux, Forcalquier et Manosque. Depuis, Guy n’a pas levé le pied ; il a juste mené ses pas vers d’autres horizons,  tout aussi savoureux qu’un beau sentier. Nous lui devrons la cuisine de nos pique-niques, qui auront plutôt tout du buffet gastronomique.

Le long des berges du Verdon, le sentier déroule, se fait joueur sur quelques franchissements et au gré de sections intimistes truffées de pierres ludiques, au milieu de la végétation. On a l’impression d’emprunter des passages secrets… avant de prendre de la hauteur. 

Sur les reliefs caillouteux, la vue se dégage, et les eaux du lac d’Esparron se révèlent. « Rien de plus romantique que le mélange de ces rochers et de ces abîmes, de ces eaux vertes et de ces ombres pourpres, de ce ciel semblable à la mer homérique et de ce vent qui parle avec la voix des dieux morts », écrivait Giono à propos des 160 hectares du plus sauvage et inaccessible des lacs artificiels du Verdon, créé en 1967. 

Les immenses falaises calcaire des Basses Gorges du Verdon y trempent leurs pieds. Le romantisme sera pour plus tard, nous les dévalons rapidement, pressés par un impératif : les horaires du bateau électrique qui doit nous faire traverser.

Pas besoin d’avoir le pied marin, la durée de la croisière sera courte. En une quinzaine de minutes, nous débarquons de l’autre côté de l’embouchure.

Le temps de changer les batteries et d’une baignade au cœur de « la perle du Verdon », qui n’a pas volé son nom. Ludiques, les singles s’entortillent autour des genêts et des petits chênes de garrigue racornis par les assauts du soleil et du vent.

Le village d’Esparron se dresse en toile de fond. Puis s’éloigne. Comme nous, de retour sur Gréoux après quelque 35 km et 1400 m de dénivelé. L’hôtel des Alpes (https://hoteldesalpes04.fr ) rappelle que la Haute-Provence n’est pas « haute » pour rien, même si, jusqu’en 1970, le département se dénommait « Basses-Alpes ». Bah… ce qui est bas sur la chaîne alpine est aussi haut sur la terre provençale. Tout jugement n’est jamais qu’une question de point de vue.

Celui sur  Gréoux-les-Bains livre un village rieur, parsemé de rues piétonnes pavées emplies de charme et d’animations. C’est la fête de la musique, le jour de l’été, et on la célèbre dignement au café L’Ardoise. Antoine Riffaud, chargé du développement du VTT pour la Destination Haute-Provence, nous a rejoints. Avec lui et notre trio de lecteurs, nous donnons raison à Giono, qui écrivait dans Provence, « Je ne connais pas d’endroit plus guérisseur de l’ennui que Gréoux ». Oui, Gréoux sait guérir : les rhumatismes, la goutte, l’ennui, sans doute, mais pas seulement…

Jour 2 – Sur les traces de la Randuro La Capellane

« Volx ». Le nom de ce village, réputé notamment pour son site d’escalade exigeant, m’a toujours intriguée, un peu comme celui de la « Randuro », concept qui mêle randonnée et enduro. Celle de Volx ouvre en général, en mars ou avril (la date de l’édition 2020 est à venir), la saison de VTT officielle en Haute-Provence.

Au départ de l’écomusée de l’olivier – un ancien four à chaux–, le chemin monte sec dans les reliefs arides de Provence. On dit que, dans les années 1990-2000, cette montée servit de juge de paix pour statuer sur l’état de forme des jeunes VTTistes prometteurs des environs.

Mais en peu de coups de pédale électrisés – transpirants malgré tout –, nous rejoignons ce qui sera notre spot pique-nique. Un piton rocheux, avec une vue à vous ôter le souffle sur la plaine de la Durance. À la croisée des territoires, entre les eaux du Verdon et de la Durance, autrefois redoutée pour ses crues et son caractère aussi ombrageux que certains des habitants du pays, le panorama aurait sans doute inspiré Giono.

Pourtant, il n’est pas encore temps de manger, le petit déjeuner n’est pas si loin qu’il ne faille le faire disparaître sur les singles qui fourmillent dans les environs. Sous les chênes de garrigue, le sentier se faufile, tantôt abrité, tant à découvert, livrant alors une vue plongeante spectaculaire sur la plaine en contrebas. Sur une petite boucle test prévue pour juger des qualités dynamiques du Full Seven LT que nous pouvons emprunter plusieurs fois, nous apprécions l’alternance des paysages et finalement, le déjeuner arrive trop vite.

Après le roulage apéritif vient le ride digestif, et lui aussi s’avère délicieux. On pensait le Sud cassant avec son cœur de pierre, on le découvre tendre et joliment roulant, avec juste ce qu’il faut de technique et de caractère pour faire de l’ennui un souvenir. Elle est belle, la Provence de Colline. Un site VTT labellisé FFC y est en cours. « Luberon-Lure ». « Lure », comme la montagne des Préalpes posée entre Durance et Ventoux. La montagne de Giono.

Mais si un village colle au nom de Giono, c’est bien celui de Manosque, où nous ramènent nos 32 kilomètres du jour. Au pied de la tour du mont d’Or nous attend un petit bike-park, aménagé par les clubs et les jeunes locaux. Les genêts s’y déploient à cœur joie. Le Pré Saint-Michel sera notre halte pour la nuit.

Jour 3 – Sur les traces des Collines du Luberon

Impossible de séjourner à Manosque sans monter à la tour du mont d’Or. Au petit matin, la lumière réveille doucement la végétation et s’attarde sur l’argent des olivettes, ces petites oliveraies au pied de la tour. 

Ici, le moulin presse la substance d’un pays tout entier : les olives. Des fruits noirs que peu d’exploitations oléicoles vont jusqu’à dénoyauter, pour fabriquer une huile à la pureté fruitée recherchée (la rime en « é » n’est pas très riche, contrairement à l’huile d’olive, 100 % de matière grasse, mais surtout pleine de saveurs ici, où elle trouve ses lettres de noblesse, mais bon, passons!).

Murets de pierres sèches, jardins en terrasses, vue dégagée sur la plaine de la Durance… Le Sud, à pleins poumons. Encore assoupie au pied du mont d’Or, Manosque dévoile sa structure médiévale en forme de poire. L’ombre de Giono transpire entre les tuiles rouges et les ruelles étroites, rythmées de volets colorés.

Quelques grosses poignées de minutes plus tard, après une courte navette jusqu’à Sainte-Tulle, tragiquement célèbre pour l’épidémie de peste qui y décima le village au XVIIIe siècle et dans laquelle Giono fera naître son Hussard sur le toit, c’est nous qui transpirerons, le sourire aux lèvres, pour une dernière grosse matinée de roulage. La Rando des Collines, organisée par le Club Évasion  Biclou Manosquin, se tient début novembre. 

Quand, dans d’autres régions, on commence à se désespérer du temps automnal, en Provence, la saison du VTT bat son plein. La Rando des Collines a fait du plaisir son credo. Entre un 10 km familial et le 37 km de référence, les parcours mettent l’accent chantant sur des tracés shapés par des épicuriens du mountain-bike sur la rive droite de la Durance.

Ça serpente, ça virevolte… Une danse provençale au guidon, qui vous entraîne sur les contreforts du plateau de Valensole. Quelques lavandes sauvages, ici ou là, rappellent les champs odorants déployés aperçus la veille. Ici aussi, l’endroit devrait faire partie du futur site VTT FFC « Luberon-Lure », porté également par Michael Lozano, auquel on doit en grande partie l’itinéraire du jour.

Celui-ci nous mène à travers les collines à la retenue d’eau du trou du Loup. Nous remontons le torrent de Corbières, de plage rocheuse en plage rocheuse, jusqu’à atteindre le bout du sentier, planté dans le vert olive des vasques d’eau, parfaites pour une baignade. On ne va pas se la refuser pour clôturer ces trois jours. 

Nous étions en juin. La belle saison de roulage s’étire jusqu’à l’hiver. Ça laisse le temps de revenir pour s’immerger dans une Provence de littérature puissante et enivrante. Oui, peut-être que Giono aurait fait du vélo…

Suivez la Destination Haute-Provence et l’évolution des projets de labellisation sur le site : https://www.durance-luberon-verdon.com/