Flashback | Cannondale Raven 4000 – 1998 : un corbeau nommé désir

Par Olivier Béart -

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Flashback | Cannondale Raven 4000 – 1998 : un corbeau nommé désir

Encore aujourd’hui, le Cannondale Raven ne laisse pas indifférent. Présenté en 1997 et arrivé dans la gamme 1998, il a été le premier cadre carbone de la marque américaine et il a marqué sa génération avec son design unique qui a fait de lui bien plus qu’une évolution du Super V. Vojo lui rend hommage et vous explique son histoire.

Nous sommes courant 1997 et un vélo noir interpelle quand on ouvre le catalogue Cannondale de cette année là. Encore à l’état de prototype, le Cannondale Raven s’annonce comme le tout premier cadre carbone de la marque américaine, connue jusque-là pour sa grande maîtrise de l’aluminium.

Ce bel oiseau noir reprend la suspension mono-pivot et le bras arrière du Cannondale Super V, l’excellent et très populaire tout-suspendu de la marque. Mais il ajoute un triangle avant novateur, qui fait de lui un tout autre vélo.

Ce fameux triangle avant est en carbone, mais il n’est pas monocoque : il s’agit de deux demi-coques unies par collage autour d’une sorte de fine colonne vertébrale en aluminium. Ce qui permettait à Cannondale de faire varier les épaisseurs du carbone plus facilement et aussi de ne pas être limité à des tubes ronds.

Il faut se souvenir qu’à l’époque, le carbone était encore rare et, si on en trouvait déjà chez d’autres marques, il s’agissait principalement de tubes ronds. Cette architecture donnait plus de liberté à Cannondale dans le travail des formes, tout en apportant davantage de rigidité et de solidité au cadre.

Mais, ce qui devait constituer sa force fut aussi sa faiblesse. De nombreux exemplaires ont cassé au niveau du support de selle et le collage du carbone sur l’aluminium ne s’est pas avéré aussi solide que prévu. L’image de Cannondale, jusque-là connue pour la très grande solidité de ses cadres alu, a été quelque peu écornée, et cela ne s’est pas amélioré avec la seconde génération du modèle. Mais le Raven n’a jamais cessé de faire tourner les têtes malgré tout !

Le modèle que vous avez sous les yeux est le tout haut de gamme de l’époque, le Cannondale Raven 4000SL, qui était équipé de tout ce qui se faisait de mieux en 1998.

C’était aussi un des vélos les plus chers de son époque, avec un tarif de plus de 6000 €, soit environ 9500 € actuels en tenant compte de l’inflation. Malgré sa légèreté et son côté spectaculaire, il n’a par contre quasiment jamais été utilisé par les athlètes du team en compétition, où les semi-rigides régnaient encore en maître à l’époque. Il a fallu attendre le premier Scalpel, sorti quelques années plus tard, pour voir un Cannondale tout suspendu briller en coupe du monde.

Les roues sont les inévitables Mavic CrossMax de première génération, avec leurs jantes recouvertes de céramique sur les flancs pour un meilleur freinage. Elles sont montées avec des pneus IRC Mythos, au dessin différent pour l’avant et l’arrière.

Le freinage, justement, pouvait compter aussi sur la puissance des Avid Arch Ultimate. De véritables pièces d’orfèvrerie usinées dans un bloc d’aluminium, avec un pivot monté sur roulement et un arceau rigidificateur intégré et articulé. Les leviers sont dans la même veine.

D’origine, le vélo était monté avec un dérailleur Sachs Plasma et des poignées tournantes, mais son côté plastique et son manque de fiabilité ont entraîné un remplacement par une valeur plus sûre, du Shimano XTR, sur notre exemplaire de test.

Le pédalier est aussi une magnifique pièce. Il s’agit du Coda Magic, développé par Cannondale. Son concept est novateur et a ouvert la voie aux pédaliers actuels car il dispose d’un axe en aluminium surdimensionné sur lequel les manivelles viennent prendre place, et de roulements externes alors qu’à l’époque quasi tous les boîtiers étaient encore en axe carré. Le Coda Magic était connu pour son rapport poids/rigidité/solidité hors normes pour l’époque, et il n’a toujours pas à rougir aujourd’hui.

Autre marque de fabrique de Cannondale : la fourche. La Headshok Fatty SL cache son système de suspension dans la douille de direction oversize (1.56″ contre 1.1/8″ sur les vélos classiques) pour offrir 70 mm de débattement et un réglage de la compression à 5 positions réglable très facilement en roulant car situé juste au-dessus de la potence.

Ce concept permettait d’offrir, là aussi, un excellent rapport poids/rigidité et une précision de pilotage peu commune pour l’époque et pour une fourche de seulement 1,2 kg. Par contre, elle nécessitait un entretien très régulier, complexe et assez onéreux pour fonctionner parfaitement.

La suspension arrière est plus conventionnelle, avec un système mono-pivot, néanmoins efficace et offrant 100mm de débattement avec un amortisseur Fox Alps 5R, hélas spécifique pour ce Raven 1 et devenu très difficile à trouver en bon état aujourd’hui.

Au final, le vélo tel que vous le voyez là pèse à peine plus de 11 kg.

Je ne peux pas non plus évoquer ce modèle sans parler de mon histoire personnelle. Car si Vojo existe et si ma passion pour le VTT est devenue si grande, c’est en partie grâce au Raven, puisqu’il a été mon premier tout bon VTT en 1998, grâce à mes parents que je remercie encore aujourd’hui. Il s’agissait du 2000, le montage le plus « accessible » du Raven en Shimano XT, mais qui était déjà très bien équipé (Shimano XT). Je l’ai gardé 5 ans en lui faisant de nombreux upgrades (Mavic Crossmax tubeless, dérailleur XTR, cintre et tige de selle Easton carbone, etc). Et malgré la réputation compliquée du modèle au niveau de la fiabilité, il ne m’a jamais fait défaut ! Je l’ai d’ailleurs toujours aujourd’hui dans ma collection et, même s’il est actuellement en phase de restauration et de remontage dans sa configuration d’origine, il y aura toujours une place très particulière car nous avons fait les 400 coups ensemble et il m’a procuré énormément de plaisir !

Vous pouvez retrouver d’autres articles sur l’histoire du VTT et ses modèles mythiques ici : https://www.vojomag.com/?s=flashback

Par Olivier Béart