Evénement | Le retour de Julie Bresset : « C’était maintenant ou jamais »

Sport
27 novembre 2017 — Elodie Lantelme

Ce n’était plus vraiment un secret, mais l’annonce officielle a été faite ce midi à Annecy, chez Scott France. Julie Bresset, double championne du monde, championne olympique et vainqueur de la coupe du monde de XC, a des envies de retour à la compétition mondiale. Lucide, mûrie par les épreuves, posée, la Bretonne n’a qu’un but : retrouver ce plaisir au guidon qui lui a permis d’atteindre le plus haut niveau. Nous l’avons rencontrée.

« J’ai tout gagné, et mes titres, on ne me les enlèvera pas. » En une phrase, Julie Bresset pose les choses : elle considère qu’elle n’a plus rien à prouver sportivement parlant. Et c’est clair qu’en regardant son palmarès, cela ne fait pas de doute. Voilà qui laisse donc de la place pour autre chose. Un « autre chose » qui va la conduire, en 2018, à renfiler un dossard pour la coupe du monde de cross-country. Parce que tout s’est achevé trop vite en 2014. Et que cette fin brutale, précipitée, ne pouvait pas en être une pour la désormais pilote Scott.

En fait, il n’y a pas que ce burn-out total qui est arrivé sans qu’elle s’en aperçoive. Même ses titres sont venus si vite ! En trois ans, de 2010 à 2013, elle a tout raflé. « Je ne m’y attendais pas», analyse-t-elle aujourd’hui. Pas plus qu’elle ne s’attendait à ce qu’il faut bien appeler une descente aux enfers en 2014. Aujourd’hui, avec franchise et lucidité, elle revient sur ce qu’elle qualifie de « la plus dure année de (sa) vie. J’ai craqué mentalement, je n’arrivais même plus à assumer mon maillot de championne du monde, j’étais dégoûtée de ma passion. »

Durant cette conférence de presse qui dévoile une Julie Bresset qui s’assume et sait où elle veut aller, la Bretonne retrace ses trois années de passage à vide. 2014 et la perte terrible du goût de rouler, puis 2015 – malgré un titre de championne de France marathon et sa victoire sur le Roc d’Azur – et 2016, où son corps la lâche, mononucléose au bout. « Après ça, j’ai annoncé que je mettais de côté ma carrière sportive. Je ne savais pas ce que j’allais faire, mais je savais qu’il fallait que je coupe. »

J’ai passé mon D.E. parce que je ne me vois pas vivre autrement que dans le monde du vélo. Je ne veux pas faire autre chose.

Alors, elle a coupé, pour passer son diplôme d’État cyclisme. « J’ai vécu à un autre rythme, apprécié d’autres sports, d’autres activités, mais j’ai passé mon D.E. parce que je ne me vois pas vivre autrement que dans le monde du vélo. Je ne veux pas faire autre chose. Durant ma formation au D.E., j’ai réalisé mon stage au Pôle France VTT, j’ai suivi les athlètes du bord de la piste, en regardant par-dessus les épaules d’Yvan Clolus et de Philippe Chanteau, et j’ai plein d’idées pour l’avenir. »

Ce retour à la compétition mondiale a mûri doucement. Il y a eu ce statut de consultante pour L’Équipe21, cet été, où elle commentait le cross-country mondial. « Je me disais que j’aimerais y être, je m’y voyais. Mais je ne m’attendais pas à ce retour d’envie, parce que, clairement, sur mon vélo, je me sentais collée, je n’éprouvais pas ces sensations d’être performante que je connais tellement bien et après lesquelles j’ai tant couru, jusqu’à me dégoûter de mon sport. »

Et puis il y a eu le 11 août 2017. « Cinq ans plus tôt, jour pour jour, j’étais championne olympique à Londres. Me rappeler cette date, me replonger dans ces émotions, ce vécu, ça a allumé une petite flamme en moi, et je me suis dit : “Vas-y.” » Alors elle va se décider à y aller, mais pas seule, avec Olivier, son compagnon. Julie Bresset le sait aujourd’hui, elle est une fille sensible, par certains côtés fragile, qui besoin d’être entourée, soutenue et de faire les choses pas seulement pour elle : « Ce projet, c’est moi, mais c’est aussi Olivier, c’est nous. S’il n’avait pas accepté de me suivre, je n’y serais pas allée. »

Il y a eu aussi ces exemples, Jenny Rissveds, Marianne Vos et celle qu’elle ne cite pas expressément mais que tous ont en tête, Pauline Ferrand-Prevot. Autant de femmes touchées par ces craquages alors qu’elles étaient au top. Autant d’athlètes fauchées brutalement dans leur carrière sportive: « Je crois que les femmes sont plus touchées que les hommes par ces situations. Peut-être parce qu’on a l’habitude de ne pas s’écouter, de s’oublier, d’aller très loin quand on se pousse. Trop loin. » Quelque part, ça l’a rassurée. Elle n’était plus la seule à laquelle ça pouvait arriver. Certaines, Vos en tête puis Pauline Ferrand-Prevot plus récemment, en sont revenues. Et bien.

Alors, courageusement, elle à qui tout avait très vite souri a fait son choix : elle allait monter sa structure. Scott France, pour qui elle a été ambassadrice en 2017, l’a suivie. Erwan Voisin, le responsable VTT de la marque, n’a pas hésité : « Quand Julie m’a appelé, j’ai su que ça ne pouvait se faire qu’ensemble. Les discussions sont saines, honnêtes, c’est une personne qui rassemble et on est fiers de l’accompagner. »

Elle roulera donc sur un Comtessa Scale et un Spark en 29 pouces. Nombre de ses partenaires fidèles l’ont suivie, et les clins d’œil sont jolis, comme DT Swiss, pour les roues, notamment, avec lesquelles elle a gagné les JO. Même les nouveaux jouent le jeu, à l’instar de Hope, qui lui a designé des ensembles de freins spéciaux, aux couleurs du drapeau breton. Elle a aussi vécu des déceptions, vu des portes se fermer, des ex-sponsors lui demander pourquoi elle reprenait.

Je ne vais pas espérer des résultats d’entrée de jeu, il faut que je refasse ma place, je vais partir en dernière ligne au début. Et il faut aussi que mon corps redevienne celui d’une athlète.

Comme pour le reste, elle se donne ce qui lui a tant fait défaut pour digérer ses heures de gloire comme celles, sombres, qui ont suivi : le temps. « Je me suis donné trois ans pour vivre ça. Encore une fois, je suis lucide sur mon état de forme. Je ne vais pas espérer des résultats d’entrée de jeu, il faut que je refasse ma place, je vais partir en dernière ligne au début. Et il faut aussi que mon corps redevienne celui d’une athlète. Mais j’ai repris l’entraînement voilà un mois, j’ai enclenché quelque chose, et je sais que je me sens différente. »

Ce qui fait que Julie Bresset est sûre de ça, ce sont ces sensations de performance et, surtout, le plaisir qu’elle éprouve de nouveau au guidon. « J’ai recommencé à m’amuser sur des sections techniques, à sauter des doubles, je ressens ces indicateurs de la performance. Ça me rappelle quand j’ai débuté : je ne faisais que m’amuser, et c’est comme ça que j’ai réussi. Et si ça va de nouveau bien, ça ne peut qu’aller de mieux en mieux. »

Comme les critiques sur les réseaux sociaux qui l’ont tellement blessée à l’époque de ses années difficiles et auxquelles elle se sait encore sensible (donc qu’elle préfère ignorer), elle est passée au-dessus des refus qu’elle a pu essuyer. Parce qu’elle sait que ce qui la guide, c’est qu’elle « aime tellement enfiler un dossard le dimanche ! » Elle s’est fixé un but – revenir à la compétition –, elle s’est donné du temps, bien entourée, avec un partenaire principal qui est notamment celui de Nino Schurter – « oui, c’est un élément qui rassure, j’ai un excellent vélo –, elle ne craint qu’une chose : que le plaisir de rouler la lâche de nouveau. Elle verra bien : elle va démarrer directement par les coupes du monde, en a fixé 5 à son calendrier, peut-être les championnats d’Europe aussi, et les courses nationales, « très importantes et intéressantes» pour elle.

Contre cette peur, en Bretonne opiniâtre – d’une opiniâtreté dont elle est sait aujourdh’ui que c’est ce qui l’a menée à son burn-out –, Julie Bresset tient le cap qu’elle s’est choisi : «J’ai eu cette envie de revenir. Parce que tout est allé trop vite, il n’y a pas vraiment eu de fin à mon histoire. Alors je vais continuer à l’écrire comme je le sens maintenant. Comme ça, je n’aurai pas de regrets. C’est maintenant ou jamais. »