Enduro World Cup 2023 | Loudenvielle : large domination et suspense total

Par Christophe Bortels -

  • Sport

Enduro World Cup 2023 | Loudenvielle : large domination et suspense total

Après le XC et la DH, c’était au tour de la coupe du monde d’enduro de faire sa rentrée, et ça se passait ce vendredi à Loudenvielle. Une manche de World Cup un vendredi ? Eh oui, car une fois de plus, la météo est venue bouleverser le programme du week-end… Voici les résultats complets et tout ce qu’il faut retenir de cette 6e et avant-dernière manche du calendrier mondial, où les scénarios de course ont été bien différents chez les femmes et chez les hommes… 

Programmer une course un samedi n’est décidément pas une bonne idée ces temps-ci. Pas plus tard que le week-end dernier, les finales de la coupe du monde de descente avaient bien failli ne pas avoir lieu à Vallnord, déjà en raison de conditions climatiques très difficiles. Ce week-end à Loudenvielle, toujours dans les Pyrénées, la 6e manche de la coupe du monde d’enduro devait se disputer le samedi puis les finales de la descente dimanche. Mais les prévisions météo étant très mauvaises pour la première journée du week-end, les organisateurs ont pris la sage décision d’avancer l’enduro d’un jour, bien aidés par le fait que les entraînements avaient déjà eu lieu jeudi et que ce vendredi était disponible puisqu’il s’agissait initialement d’une journée de repos pour les enduristes. En conséquence, les qualifications de la descente ont également été avancées, alors que les finales devraient toujours bien se tenir dimanche.

Ce week-end est donc exclusivement gravity à Loudenvielle avec l’enduro et la DH au programme, mais pas le XC. Et si pour la DH il s’agit d’une première visite dans la station pyrénéenne, l’enduro était déjà passé par là en 2021 et en 2022, c’était d’ailleurs la manche finale de la saison dernière et donc la toute dernière épreuve sous la bannière « Enduro World Series » avant le passage de la série au statut de Coupe du monde UCI.

Cinq spéciales étaient au programme, de 1,5 km (SP4) à pas loin de 6 km (SP3), sur un terrain plutôt varié, généralement typé bikepark sur le haut et nettement plus étroit, technique et pentu sur le bas. Total de la journée : 37 km pour un gros 3000 mètres de descente, mais seulement un peu plus de 1000 m de dénivelé positif à faire à la pédale grâce à un shuttle et deux remontées mécaniques.

Femmes

Souvenez-vous, fin juin le gros bloc de courses de première partie de saison s’était clôturé à Val di Fassa par la victoire d’Isabeau Courdurierau terme d’une épreuve pleine de suspense. La Française est-elle parvenue à conserver sa force de frappe au terme de cette pause estivale de 2 mois ? On a la réponse dès la première spéciale du jour à Loudenvielle : la pilote Lapierre inflige déjà un écart de 6 secondes à ses plus proches concurrentes, en l’occurrence Ella Conolly et Mélanie Pugin.

Intraitable, Isabeau Courdurier poursuit sur sa lancée en remportant la SP2 avec 8 secondes d’avance – toujours sur Ella Conolly avec cette fois Morgane Charre à la 3e place – puis les SP3 et SP4 avec 7 et 4 secondes d’écart. Il ne lui reste alors plus qu’à gérer dans la 5e et dernière spéciale de la journée qu’elle aborde avec un avantage de pratiquement 27 secondes sur sa plus proche poursuivante.

Pour la première fois de la journée, la Française laisse une spéciale à quelqu’un d’autre – en l’occurrence Morgane Charre – et signe le 2e temps à 4 secondes de sa compatriote. Pas de quoi mettre en péril sa 1ère place, loin de là, Isabeau Courdurier s’impose avec panache (et avec 22 secondes d’écart) au terme d’une course où elle aura régné quasi sans partage !

Son scratch sur la SP5 permet à Morgane Charre de rafler la 2e place sur le fil, au détriment d’Ella Conolly (très régulière aujourd’hui avec trois 2e places et deux 3e places) qui complète le podium.

Au pied de ce podium, on retrouve la Britannique Harriet Harnden (4e) et l’Israëlienne Noga Korem (5e), une belle performance pour la pilote qui oeuvre désormais en tant que « privateer » après une séparation compliquée avec le team GT.

Solides performances également de la part de Barbora Vojta, 6e, mais aussi de la Néo-Zélandaise George Swift, 7e et qui signe à 25 ans le meilleur résultat de sa carrière pour sa première saison au niveau mondial. Rae Morrison, Andréane Lanthier-Nadeau (ici en photo) et Katy Winton complètent le top 10.

On signalera enfin la 11e place de Gloria Scarsi, la 13e d’Estelle Charles, la 14e de Julie Duvert, la 16e de Bex Baraona ou encore la 27e de Mélanie Pugin, qui avait pourtant bien débuté la course avant de perdre beaucoup de temps dans la SP3 (34e temps à plus de 3 minutes).

Hommes

On n’est jamais à l’abri d’une petite surprise en enduro, et en début de course elle nous vient de Louis Jeandel ! Le Français signe le scratch sur la SP1, et avec la manière puisqu’il est tout simplement 4 secondes et demie plus rapide qu’un certain… Richie Rude. Troisième, Youn Deniaud pointe à 7 secondes.

Déjà au nombre de quatre dans le top 10 sur la SP1, les Français semblent en forme à domicile et signent carrément un triplé sur la SP2 : cette fois, c’est Alex Rudeauvainqueur ici l’an dernier – qui est le plus rapide, devant Youn Deniaud et Louis Jeandel. Ce dernier conserve logiquement la tête du classement provisoire, mais son avance n’est que de 3 secondes et demie. Rien n’est donc fait, loin de là…

Et effectivement, c’est à l’occasion de la SP3 que ça bascule aux avant-postes. Profitant d’une 2e place derrière Jack Moir et d’une petite contre-performance de Louis Jeandel (8e à 8 secondes), Alex Rudeau prend la tête du classement provisoire avec 2 secondes d’avance sur Jeandel et Deniaud !

La mi-course est passée et on semble se diriger vers une victoire française à domicile, mais méfiance, car Jack Moir est en embuscade à une seconde seulement du trio bleu-blanc-rouge et il monte en puissance… D’ailleurs, il ne faut pas attendre bien longtemps pour que ce scénario prenne forme ! La SP4 rebat une nouvelle fois les cartes puisque, alors que Jack Moir signe le 3e temps de justesse derrière Jesse Melamed et Martin Maes, Louis Jeandel (14e) concède près de 6 secondes et Alex Rudeau (29e) pas moins de 9 secondes.

Résultat : Jack Moir prend la tête de l’épreuve pour… 0,220 seconde seulement ! Les trois Français sont à présent derrière l’Australien et leur ordre a changé, à savoir Deniaud en 2e position, suivi de Jeandel et Rudeau aux 3e et 4e places provisoires. Ces quatre-là se tiennent en 5 secondes et il ne reste plus qu’une spéciale pour figer le podium. Le suspense est total…

Et comme s’il n’y avait pas eu assez de rebondissements jusqu’ici, en voilà un de plus ! Car Jack Moir passe complètement à côté de sa dernière spéciale (13e à 13 secondes), ce qui ouvre à nouveau la voie pour une victoire française. Pour lequel des trois pilotes en embuscade ? C’est Alex Rudeau qui réalise le scratch sur cette SP5 devant Jesse Melamed, alors que Louis Jeandel et Youn Deniaud signent les 3e et 4e meilleurs chronos.

Mais les écarts sont plutôt réduits, ce qui permet à Youn Deniaud de conserver de justesse l’avantage sur ses deux compatriotes : le top 3 du jour se tient en 1,63s seulement… C’est une toute première victoire au plus haut niveau pour le pilote Giant, et un podium 100% français à Loudenvielle ! Au terme d’une course totalement folle, Alex Rudeau et Louis Jeandel accompagnent donc le vainqueur du jour sur la boîte.

Au pied du podium, on retrouve les trois hommes forts de ces dernières années : Richie Rude est 4e, Jesse Melamed 5e et Jack Moir finalement 6e après ses déboires dans la dernière spéciale. Ils terminent tous les trois dans la même demi-seconde (!) et à 9 secondes du vainqueur du jour.

Martin Maes se confiait récemment sur les réseaux sociaux à propos du manque de motivation qu’il a connu en première partie de saison. Ce vendredi, il a livré une bonne course, certes encore en deçà de son niveau mais qui s’est conclue par une 7e place, avec au passage une 2e position sur la SP4.

Charles Murray, Slawomir Lukasik (ici en photo) et Dan Booker intègrent également le top 10.

Plus loin dans le classement, pointons la 13e place de Romain Paulhan, la 14e de Kevin Miquel, la 15e de Rhys Verner (vainqueur cette année à Leogang), la 18e de Dimitri Tordo juste devant Irénée Menjou (19e) et Guillaume Larbeyou (20e), ou encore la 21e d’Adrien Dailly.

Auteur du premier top 20 de sa carrière à Val di Fassa, le Belge Gilles Franck a cette fois connu moins de réussite. Il termine 71e.

U21

On a souvent connu des courses largement dominées par une seule femme chez les U21, mais ce ne fut pas le cas cette fois-ci. Sur les cinq spéciales du jour, elles sont d’ailleurs trois à avoir signé un scratch, dont l’incontournable Emmy Lan.

La Canadienne a pris les commandes de la course dès la SP2, pour ne plus jamais les lâcher. Pourtant, son avance n’a jamais dépassé les 4 secondes, et elle a même bien failli se faire dépasser au terme de la dernière spéciale où réalise le 3e temps et perd près de 6 secondes. Au final, elle s’impose de justesse : 0,520s d’avance seulement sur la Britannique Emily Carrick-Anderson et 4 secondes et demie sur la Française Lily Planquart, tout récemment recrutée par le team Lapierre Zipp Collective.

On notera aussi la présence de deux autres Françaises dans le top 10, Claire Chabbert et Justine Henry, qui terminent respectivement 7e et 8e.

Cinq pilotes dans le top 10, dont deux sur le podium : journée réussie pour les Français en U21 à Loudenvielle ! Mais le déroulé de la course a été cruel pour l’un deux, à savoir Raphaël Giambi. Auteur du scratch sur la SP1, le jeune Français a occupé la 1ère place provisoire jusqu’à la SP5. C’est là que son compatriote Lisandru Bertini a frappé un grand coup, en réalisant le meilleur temps avec une avance de pratiquement 5 secondes sur Giambi, de quoi combler son retard et passer devant sur le fil.

Bertini remporte finalement la course pour une seconde et demie tout pile, devant Raphaël Giambi et Sascha Kim qui complètent le podium. Plus loin, on retrouve les Français Enzo Perez (5e), Alexis Icardo (7e) et Baptiste Bachelet (10e).

Résultats complets :

[gview file= »https://www.vojomag.com/app/uploads/2023/09/EDR-Loudenvielle-2023.pdf »]

ParChristophe Bortels