Dossier | CMT, Leon, Pilot : le titane en trois saveurs

Dossier Tech
28 septembre 2017 — Olivier Béart

Pilot Locum : le Plus à tout faire

Pilot nous vient des Pays-Bas et a été créée il y a 9 ans par deux passionnés Joris Claessen et Pieter van der Marel. La base de leur projet est de proposer des vélos durables, polyvalents et personnalisables. Ils offrent également dans leur gamme plusieurs modèles adaptés pour moyeu Rohloff ou boîte de vitesse Pinion, ainsi que des vélos de route et gravel tournés vers l’endurance.

Au niveau des VTT, le Primum 29 est plus orienté performance, le Duro est conçu pour l’endurance avec une boîte Pinion, et le Locum est l’engin éclectique de la gamme. Compatible 27,5+ (pour pneus entre 2.8 et 3,25″ de section), il peut aussi recevoir des roues de 29″ sans souci. L’axe arrière est bien évidemment en Boost pour se permettre cette double compatibilité, et un “yoke” en titane 6/4 très haut mais très fin, fait la jonction entre les bases et le boîtier de pédalier pour être sûr d’avoir assez de place. Des points d’ancrage pour porte-bagage viennent confirmer la vocation hyper polyvalente du Locum, qu’on peut aussi choisir en version à boîte Pinion au moment de l’achat.

Du côté des tubes, Pilot utilise tout le savoir-faire de son sous-traitant asiatique pour proposer des formes très travaillées grâce à l’utilisation de l’hydroformage. Voilà qui contraste avec les tubes ronds utilisés par les autres vélos présents dans ce dossier, et on doit avouer que visuellement le résultat est très réussi.

Le tube supérieur est large et plat, alors que le tube diagonal s’évase dans un sens à l’approche de la douille de direction et dans l’autre près du boîtier de pédalier. Les passages internes des câbles sont aussi très bien travaillés, avec un guidage continu et un passage externe au niveau des zones de jonction pour éviter les prises de tête. Sur notre exemplaire, des passages externes sont aussi prévus mais ils ne sont pas obligatoires.

Géométrie

Pilot propose 4 tailles standard, alors que l’option sur-mesure est facturée avec un petit supplément de 250€. Du 100% custom, allant encore plus loin dans les possibilités (choix des tubes, options spécifiques,…) est facturé 500€. Dans les tailles “catalogue”, c’est le M que nous avons eu à l’essai. Il offre une géométrie assez classique pour un vélo prévu pour une fourche de 120mm. L’angle de direction est assez sage avec 69°, mais le tube supérieur est assez long (600mm) et les bases en 435mm plutôt courtes vu la double compatibilité Plus/29″.

Equipements et tarifs

Un peu comme chez Leon, Pilot propose ses vélos en cadre seul ou avec des kits de montage qui peuvent évoluer selon les souhaits du client. Le cadre seul est vendu 1999€, ou 2499€ en géométrie full custom. Les vélos complets sont disponibles dès 4599€ avec un montage en XT 1×11, roues DT et fourche Lauf Boost. Plusieurs upgrades sont ensuite proposés, comme la fourche Fox F34 Factory (+99€), un boîtier de pédalier C-Bear à roulements céramique (+100€) ou encore les accessoires Fourriers, équipementier taïwanais réputé que Pilot distribue dans nos contrées.

Notre modèle de test était en outre doté d’excellentes roues carbone 9th Wave 35mm qui apportent une belle plus-value au montage. Pilot laisse aussi le choix des pneus au client, tant au niveau du modèle (Rocket Ron ou Nobby Nic) que de la section (2.8 ou 3.0). C’est en Schwalbe Rocket Ron 2.8 que notre modèle de test était monté.

Pilot Locum : le test terrain

Contrairement aux deux autres titanes très typés testés ici, la prise en main du Pilot Locum est beaucoup plus facile et immédiate. La géométrie plus classique aide à trouver plus vite ses marques et on sent que le Pilot Locum a été conçu par la marque comme un vélo aisé à apprivoiser et pas du tout hyper pointu.

Directement, la sensation de confort et d’aisance prédomine. La position est assez droite et le vélo invite à regarder le paysage plus qu’à piloter nez dans le guidon, l’oeil rivé sur le chrono. Les pneus Plus filtrent très bien les vibrations et les petits impacts et le cadre titane travaille dans le prolongement des roues pour ménager le pilote. Bien sûr, on reste sur un semi-rigide, mais l’ensemble est assez bluffant.

Quand on décide de tester l’accélération, un autre visage du Pilot Locum se révèle : c’est qu’il avance ce gros bébé ! Les roues 9th Wave légères et performantes aident bien à dynamiser le vélo, mais le châssis lui-même n’a rien d’inerte. On le sent doté d’une belle petite élasticité et vivant, c’est très agréable. Une fois lancé, il conserve facilement l’allure et les pneus ne se montrent pas trop pénalisants. Les Schwalbe Rocket Ron Plus privilégient d’ailleurs le rendement, et si c’est agréable à l’arrière, où la traction reste excellente, nous aurions nettement préféré un Nobby Nic devant pour le grip latéral.

Dans les côtes techniques, le grip est phénoménal et la position équilibrée sur le vélo aide à venir à bout de montées réputées impossibles. Par contre, quand on commence à vouloir jouer avec le vélo, certaines limites apparaissent. Sur de petits singletracks sinueux et plats, la maniabilité est très bonne et le vélo est joueur. Par contre, une plus petite potence que la Fourriers 100mm de notre vélo de test aurait été bienvenue sur ce genre de machine. On n’est pas sur un XC ! Cela dit, chez Pilot, le client peut choisir gratuitement la longueur de sa potence donc cela peut s’adapter facilement.

En descente, tant qu’il n’y a pas trop de pente, le vélo est agréable. Mais quand ça commence à engager, l’absence de tige de selle télescopique devient impardonnable. Sur ce genre de vélo polyvalent et joueur, c’est indispensable, du moins si on envisage un usage hors de zones sans grand dénivelé. Elle est disponible en option (Fox Transfer), mais elle devrait selon nous faire partie de l’équipement standard sur une machine comme le Locum.

Le vélo est joueur et se prête bien à certaines excentricités, mais la géométrie manque d’engagement et le choix d’une potence longue ainsi que d’un poste de pilotage étroit n’aide pas non plus. Pour les Pays-Bas où il est né, ce n’est pas du tout gênant et le vélo est très agréable quand on le roule sur le type de terrain qu’on trouve chez nos voisins du Nord, mais ce sont des éléments qui vont limiter sa polyvalence alors que, pour le reste, il a toutes les cartes en main pour exceller aussi sur des terrains plus engagés.

Verdict

Très agréable à regarder et soigné au niveau de la réalisation, le Pilot Locum se distingue par son grand confort et sa facilité de pilotage. Pour un usage en plaine et sur les terrains plats des Flandres ou des Pays-Bas, on frôle la perfection car il peut remplacer un full-suspendu et offrir bien plus de plaisir qu’un hardtail classique. Par contre, la géométrie et les choix de certains accessoires sur notre exemplaire de test nous semblent en décalage avec les attentes des bikers qui roulent dans les Ardennes et tout ce qu’il y a plus en-dessous (Vosges, Alpes, etc). Heureusement, il y a l’option sur-mesure et elle est très accessible, ainsi que de nombreuses options qui permettent de personnaliser le montage. Si vous vous laissez séduire, n’hésitez pas, car la base nous semble permettre de belles choses.

Plus d’infos : www.pilotcycles.com