Dossier | CMT, Leon, Pilot : le titane en trois saveurs

Dossier Tech
28 septembre 2017 — Olivier Béart

CMT SX2 : le XC déjanté

L’histoire de CMT commence en 1998 quand un industriel allemand actif dans le milieu médical souhaite promouvoir sa marque de prothèses avec une équipe cycliste féminine. A l’époque, la marque s’appelle OMT et elle est fondée en partenariat avec un Français qui est aujourd’hui le boss de CMT. Après deux ans, les retombées n’étant pas aussi importantes qu’espéré, OMT s’arrête, l’Allemand se retire et notre Français lance CMT dans la foulée pour proposer une alternative aux géants Litespeed et Merlin. Entre 2000 et 2013, CMT va faire produire ses cadres en Allemagne puis en Italie chez Rewel avant de rapatrier tout en France. Des équipements sont achetés, une nouvelle équipe est constituée et, en 2014, un soudeur est embauché. Il s’agit d’un compagnon du Tour de France ayant travaillé dans la fabrication d’échappements en titane.

Il travaille en tandem avec François-Xavier Plaçais qui s’occupe du côté conception. “Notre soudeur ne vient pas du tout du milieu du vélo. De prime abord, cela peut sembler être un désavantage, mais en fait c’est surtout un réel avantage car il n’est pas conditionné par une pensée cycliste et il apporte d’énormes connaissances venues du milieu industriel. Je suis là pour contrebalancer vu que je viens complètement du monde du vélo. Donc je lui casse les pieds avec mes idées et il est là pour me ramener à la raison quand il perçoit que ça va trop loin et que la fiabilité risque d’en pâtir”, nous explique F-X.

En plus d’être réalisés en France, les vélos CMT peuvent aussi compter sur des tubes uniques dans le milieu du vélo. Ne cherchez pas à savoir exactement d’où ils viennent, c’est le petit secret de la marque “comme la recette du Coca-Cola”, sourit F-X. Seule info disponible : il s’agit de tubes d’origine française, prévus pour l’aéronautique. Certaines pièces proviennent encore de grands fournisseurs, comme la douille de direction, les pattes ou le boîtier de pédaler, mais CMT a prévu de s’équiper pour être entièrement autonome et produire un cadre qui sera vraiment 100% français, made in Aix les Bains plus précisément.

D’apparence, le CMT SX2 est assez classique avec des tubes ronds de 35mm pour le tube de selle et le top tube, 42mm pour le tube diagonal, du 22mm pour les bases et 17mm pour les haubans. Seuls ces derniers sont cintrés, alors qu’à l’avant, ils sont parfaitement droits pour éviter de détériorer les propriétés mécaniques de ces tubes en les étirant. Néanmoins, malgré ses formes sobres, le look de ce vélo interpelle et on sent qu’il y a quelque chose d’inhabituel au niveau de la géométrie. Un sujet qui mérite qu’on s’y attarde…

Géométrie

Pour dessiner ses cadres VTT, et plus précisément le SX2 qui est disponible tant en roues de 27,5″ que de 29″ comme nous l’avons testé ici, CMT a eu recours aux bons conseils d’Amaël Donnet, un de nos confères pigiste pour Velo Vert et par ailleurs pilote éclectique. Ancien pro sur route, il est aussi un enduriste et descendeur de talent qui a une conception assez radicale de ce que doit être la géométrie d’un vélo. En collaboration avec F-X Plaçais, ils ont donc établi les plans du SX2 avec pour objectif de lui donner une réelle personnalité.

Je connais Amaël depuis longtemps, à l’époque où j’avais ma propre marque de cadres en acier Rengg. Nous sommes presque voisins, nous roulons souvent ensemble et nous échangeons beaucoup au sujet du matériel, des tendances. Il m’a toujours taquiné sur ma tendance à rouler avec des potences “canne à pêche”. Donc, sur papier, quand j’ai vu cette géométrie et la potence de 60mm pour du XC, j’étais sceptique. Mais quand j’ai roulé dessus ça a été une vraie révélation”, se souvient F-X.

Le concept est aujourd’hui adopté par de plus en plus de marques, mais l’idée est de proposer des bases courtes (435mm), un tube de selle très redressé (75°), un tube supérieur long (608mm en M et 635mm en L comme sur notre exemplaire de test) couplé à une potence de 60mm. Enfin, l’angle de direction est de 68,5° pour vraiment pouvoir engager dans la pente et presque oublier qu’il s’agit d’un vélo de XC à ce moment.

Equipements et tarifs

Parler d’équipement sur un tel vélo n’a pas énormément de sens vu que c’est à la carte. Néanmoins, ce montage est intéressant dans la mesure où il est bien dans la philosophie du cadre avec des roues Duke Lucky Jack très légères mais dotées de jantes larges, une fourche Fox F32 StepCast tout aussi light et très efficace puis une transmission XTR/Race Face simple et fiable, tout comme le reste des composants venant de chez des grands noms comme Hope ou encore Thomson.

On constate que le boîtier de pédalier est fileté pour plus de durabilité et que la patte de disque est au standard international pour éviter tout filetage dans le cadre. Il est clair qu’il est plus facile de changer un adaptateur qu’un cadre en cas de souci à ce niveau ! Quant au tube de selle, il est en 31,6mm, ce qui permet d’accepter facilement une tige de selle télescopique.

Le tarif du cadre est de 3008€, ce qui le place parmi les semi-rigides les plus chers du marché. Un tarif qui s’explique par l’exclusivité des tubes et la réalisation 100% made in France. Plusieurs options sont disponibles, comme le passage des gaines interne ou externe ainsi que pour Di2, ou encore au niveau de la couleur des marquages qui sont réalisés par anodisation. Quant à la surface, elle est micro-billée ; une option durable et qui aide, selon CMT, à ne pas détériorer les soudures comme lors d’un ponçage. Néanmoins, même si la finition est très belle, vu le tarif très haut de gamme, on a le droit d’être (très) exigeant et les passages de gaines mériteraient d’être plus soignés, alors que les soudures sont très belles mais n’atteignent pas le niveau d’une référence comme Moots par exemple. Enfin, le cadre est garanti à vie.

CMT SX2 : le test terrain

Même si de plus en plus de fulls de XC vont vers des géométries plus radicales (on pense notamment au Scott Spark), du côté des semi-rigides, de telles cotes sont encore rares. En se glissant aux commandes, on sent directement qu’on n’est pas sur un vélo conventionnel… et c’est tant mieux car ce n’est pas du tout ce qu’on attend en tant que client quand on fait la démarche de se tourner vers un petit cadreur comme CMT.

Sans surprise, la position est racée et allongée. Pour nos testeurs qui font entre 179 et 185cm, ce n’est pas trop grand, mais c’est clair qu’il faut bien se faire conseiller et discuter des ses habitudes avec les responsables de la marque pour ne pas se tromper. A basse vitesse sur le plat, la maniabilité est correcte, sans plus, et le vélo semble parfois dur à placer même si au final on finit toujours par le faire passer là où on l’a décidé. Les choses sont claires : ce n’est pas à allure de sénateur que le CMT SX2 est fait pour rouler !

Quand l’allure augmente et qu’il commence à y avoir de la pente, par contre, le vélo se révèle. Le vélo est plaqué au sol mais il répond aussi au doigt et à l’oeil quand il s’agit de tourner. Hyper à l’aise dans le raide, il manquait juste une tige télescopique à notre machine de test pour venir à bout plus sereinement des pires descentes typées enduro de nos parcours habituels.

On sent que le cadre est très rigide et la combinaison avec des roues tolérantes comme les Lucky Jack, ainsi qu’une fourche légère comme la Fox F32 fonctionne bien. Par contre, pour un titane, le CMT SX2 ne semble pas spécialement confortable. Son arrière court donne un vélo vif et maniable quand on envoie en descente, mais il n’aide pas les tubes à pleinement jouer le rôle d’éliminateur de vibrations qu’on leur prête souvent. A noter que CMT dispose de tubes de diamètre un peu plus faible qui peuvent prendre place sur ce cadre si le client souhaite plus de confort.

Dans les relances, on s’attendait aussi à un peu plus d’explosivité. Les roues font bien leur job et donnent une vraie sensation de légèreté et le vélo accélère très bien mais, ici aussi, c’est la rigidité importante du cadre qui semble l’empêcher de faire preuve de toute l’élasticité nécessaire pour restituer l’énergie au pilote quand il met les Watts. Mais là aussi, CMT dispose de solutions pour donner plus d’élasticité au vélo, en sélectionnant d’autres tubes. Notre vélo de test était plus fait pour les gros gabarits, ce qu’a confirmé notre testeur le plus puissant, qui a trouvé notre SX2 bien équilibré.

Verdict

Le CMT SX2 est un vélo atypique et très attachant. Sa géométrie y est pour beaucoup et elle renforce l’exclusivité de la machine, qui procure des sensations en descente comme peu de vélos de XC peuvent prétendre le faire. Elle confère aussi au vélo une réelle polyvalence, puisqu’on n’hésitera pas à l’emmener sur des virées en montagne ou d’autres délires qui nécessitent des vélos capables d’engager et de résister aux pires traitements. Pour du pur XC, il manque un peu d’explosivité et pour les marathons, plus de confort serait bienvenu. Mais c’est aussi lié aux caractéristiques de notre cadre, et CMT dispose de solutions pour s’adapter aux souhaits du client. C’est cela aussi l’exclusivité, même si elle a un prix, plutôt salé. Qui permet néanmoins de récompenser le travail d’artisans qui maintiennent ce genre d’activité en France.

Plus d’infos : http://cmt-bikes.fr