Découverte | SVO Bikes : symphonie pour courroie et Rohloff

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12 novembre 2016 — Olivier Béart

Dans le paysage vttiste français, quelques marques étonnent et détonnent. C’est le cas de SVO, qui a pris le parti d’offrir une gamme focalisée exclusivement sur les vélos à courroie et moyeu à vitesses Rohloff. Objectif : fiabilité maximale ! Découverte.

Au départ de l’aventure SVO Bikes, il y a Patrice Benoît, un passionné de vélo qui a fait fortune en inventant une machine à fabriquer du pop-corn qui fait autorité dans le milieu. C’est aussi un vttiste passionné d’aventure et de découvertes mais vu son gabarit imposant, il avait la fâcheuse habitude de casser à peu près tous les vélos sur lesquels il roulait par le passé.

C’est alors que notre homme, qui est venu nous rendre visite pour nous permettre de voir et d’essayer les vélos de la gamme, s’est rapproché de son mécano préféré, Thierry Besson de SOS Velo (absent sur l’image), pour créer ce qui est devenu SVO Bikes à Périgueux. L’objectif : proposer des vélos d’une robustesse à toute épreuve.

Pour cela, leur choix s’est vite tourné vers deux éléments clés qui permettent de remplacer la transmission classique avec chaîne et dérailleur : la courroie Gates et le fameux moyeux Rohloff à vitesses intégrées.

Tout cela est bien joli, mais la réalité est bien plus complexe qu’il n’y paraît puisque ces deux éléments imposent plusieurs contraintes de construction. C’est principalement le cas de la courroie qui impose d’être fortement tendue pour fonctionner correctement. Et, comme elle ne peut-être désassemblée contrairement à une chaîne, il faut que ce soit le cadre qui s’ouvre pour la mettre en place. Sur un semi-rigide, les haubans sont donc scindés…

… et sur un full, il a carrément fallu développer une cinématique de suspension spécifique. Celle-ci a été mise au point par SVO en compagnie d’Antidote Solutions, véritable autorité en la matière. Le point de pivot principal est concentrique au boîtier de pédalier pour éviter toute variation de la longueur de chaîne, et il est très subtilement caché à l’intérieur du cadre. Une belle prouesse technique qui nécessite une boîte de pédalier usinée CNC en deux blocs qui sont ensuite soudés ! Les pattes permettent de régler la tension de la courroie et les roulements sont surdimensionnés pour résister aux contraintes.

La gamme SVO Bikes

La gamme SVO compte 4 modèles : 2 semi-rigides et 2 fulls. Tous sont conçus en France et produits en Asie. On commence avec le plus simple, le Banco en cadre acier CrMo. Il est disponible en cadre seul à partir de 550€ et en vélo monté dès 3000€.

Il est proposé en noir ou, comme ici, avec une superbe finition chromée. Roues de 29 pouces, angle de direction de 68,5°, bases réglables de 420 à 430mm, tube supérieur de 615mm de long en taille M montrent qu’il est fait pour jouer.

Le SVO Ultimo est son pendant en titane.

1kg plus léger (2kg contre 2,95kg) que l’acier, il reprend la même géométrie en y ajoutant un peu de sportivité. Tarif : à partir de 1800€ en cadre seul et 5700€ pour le vélo complet.

Le SVO Pronto est le premier full de la gamme. Equipé de suspensions en 120mm de débattement et de roues de 29 pouces, c’est le baroudeur au long cours et le vélo polyvalent de la marque.

Côté géométrie, l’angle de direction est de 68°, le tube supérieur en 615mm de long comme sur le hardtail et le tube de selle est très redressé (75°) pour favoriser le pédalage. On remarque aussi que, grâce à la compacité de la suspension et à la présence du moyeu Rohloff, le centre de gravité est très bas. Le cadre seul est vendu 1500€ et les montages vont de 4200€ (vélo montré ci-dessus) à 5800€.

Enfin, le Strato a un profil nettement plus enduro avec ses roues en 27,5″ et son débattement de 150mm.

L’angle de direction passe à 66,5° et les bases restent en 420/430 comme sur les semi-rigides ou sur le Pronto. On remarque aussi la très belle finition entièrement anodisée, toujours pour la durabilité. Les tarifs vont de 4200 à 6500€ tout monté et le cadre est à 1500€ comme la version 29″. On note aussi la présence de roues en carbone maison, montées par Thierry Besson de SOS Velo dont il s’agit d’une des spécialités.

Prise en main : SVO Pronto

Lors de notre entrevue avec Patrice Benoît, nous avons eu l’occasion de rouler quelques heures au guidon du SVO Pronto en compagnie des gars de Camino Bikes qui utilisent ces machines pour leurs voyages. Une fois n’est pas coutume, c’est nous qui les avons guidés sur un terrain que nous connaissons bien, le fameux Bois des Rêves, un petit paradis du VTT situé un peu au Sud de Bruxelles.

Au premier contact, le Pronto n’incite pas vraiment à s’exciter. Les accélérations n’ont rien de vigoureux et, entre la suspension qui est assez sensible au pédalage (normal, le kickback est inexistant pour maintenir constante la tension de la courroie) et la boîte Rohloff qui occasionne quelques frottements car elle n’est pas encore parfaitement rodée, il ne sert pas à grand chose de se mettre debout sur les pédales pour essayer de s’envoler comme un boulet de canon : ce n’est pas pour cela que les vélos SVO sont conçus.

En côte, le grip est absolument exceptionnel !

Une fois que cela est assimilé et qu’on se place plus dans une optique de pédalage paisible, la plateforme apparaît comme bien équilibrée et pour peu qu’on ne s’excite pas, il n’y a pas de pompage exagéré, ni de tassement au moindre impact, preuve que la cinématique est bien née. En côte, le grip est absolument exceptionnel et on pense parfois avoir de gros pneus Plus tellement les montées impossibles deviennent faciles. On apprécie aussi beaucoup le silence de fonctionnement de la transmission par courroie.

Quand on s’amuse à attaquer en descente, c’est une fois de plus les performances de la suspension qui épatent. Quel tapis volant ! Vous êtes sûrs qu’on a que 120mm de débattement ? La géométrie est aussi très équilibrée et convient parfaitement pour un programme mixte. La rigidité latérale dans les appuis est aussi exemplaire et c’est un des effets latéraux bénéfiques de la présence de la courroie qui a obligé à body-builder le châssis.

L’image qui prédomine est celle d’un vélo facile en toutes circonstances, une sorte de bon gros nounours prêt à vous accompagner partout sans prise de tête. Un bémol tout de même : au-delà du poids et de son caractère placide, le moyeu Rohloff mériterait vraiment d’évoluer. SVO n’est pas responsable de ce point, mais entre sa commande par poignée tournante hors d’âge et sa lenteur au passage de certaines vitesses ainsi que l’obligation de marquer une petite pause au pédalage, les causes de frustration à ce niveau sont nombreuses. Les aficionados s’en accommodent, mais nous qui sommes habitués à la rapidité des transmissions classiques, nous avons eu un peu plus de mal.

Verdict

Atypiques, les vélos SVO viennent répondre à une demande d’une partie des bikers, lassés par les contraintes des machines modernes. Conçus pour durer et ne (pratiquement) jamais devoir être entretenus, ils sont parfaits dans leur créneau et les fulls se démarquent par leur suspension particulièrement bien née ainsi que leur géométrie au poil. Les tarifs peuvent semble salés mais quand on voit le prix du cadre nu, on se rend compte que ce sont surtout les composants et le moyeu Rohloff qui font monter la note. C’est une des concessions à faire quand on veut rouler différent, et puis il y aura sans doute tout à fait moyen de rattraper une partie de l’investissement de départ sur les coûts d’entretien !

Plus d’infos : svobike.com