Découverte | Sortie gravel à Anvers, la cité des Ailleurs

Par Pierre Pauquay -

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Découverte | Sortie gravel à Anvers, la cité des Ailleurs

Anvers et son port en février se couvrent de nostalgie, où l’on rêve de voyages lointains, dans la chaleur humaine de ses cafés. Plongeons au coeur de cette ambiance en gravel et partons à la découverte, au nord d’une région où la brume recouvre les landes de la Campine.

On ne croyait jamais ne pouvoir en sortir, ici en Belgique. La pluie s’était invitée depuis des jours et ne voulait pas quitter le petit royaume. Et puis, le mercredi matin, un vent du sud balaya les dernières ondées. Le ciel s’ouvrit et permit d’inonder de lumière le plat pays que le train traverse avec nonchalance. Sa direction ? Anvers, la cité portuaire. Il aboutit à la Gare Centrale, parmi les plus belles du monde, qui était au XIXe siècle une ode à la modernité et à la naissance du jeune Etat belge.

Dès que l’on débarque du train, on plonge dans l’univers des BD de François Schuiten ou des peintures de Paul Delvaux. Un surréalisme qui se vit dans cette cathédrale de verre et de fer où les trains circulent le long de quais, disposés sur quatre étages.

En sortant de Centraal Station, nous sommes happés par le flot des vélos, comme dans un tourbillon où se mêlent des vélos sobres et d’autres, chatoyants aux mille couleurs. Et nous découvrons l’élégance même du vélo. Sur un pont enjambant le Willemdock, des femmes perchées sur leurs hauts talons filent droit, sur ces belles machines. Dans une ruelle, pas plus large qu’un guidon, surgit un jeune homme habillé en complet veston de jeune officier de la marine marchande. A Anvers, porter le cuissard ou le lycra manquerait certainement de classe…  En rencontrant peu de véhicules, nous voilà au cœur du vieux port et le long des quais de l’Escaut où étaient amarrés les navires.

Capitale du monde au XVIe siècle

Le malheur du port de Bruges qui s’ensablait inexorablement fit le bonheur d’Anvers, situé sur l’estuaire de l’Escaut. Au XVIe siècle, son port reliait l’Amérique : Anvers devint un centre commercial et de transport pour tout le nord de l’Europe. A cette date, la cité fut la plus grande du monde. La paix relative au siècle suivant permit l’émergence de l’art et l’éclosion d’artistes comme Pierre Paul Rubens ou Van Dyck.

Le style baroque s’inspirant de la Renaissance italienne se retrouve dans l’architecture. Le plus bel exemple est sans doute le musée Plantin-Moretus, une maison totalement conservée de cette époque où étaient imprimés les plus beaux livres du XVIe siècle.

Un port dans la ville

Anvers et son port sont indissociables. On le voit en parcourant à vélo ce monde où les portes closes des entrepôts et les façades néo-gothiques sont imbriquées les unes dans les autres. Le long des anciens docks, nos gravel ne font pas le poids face aux grues géantes, maintenant devenues immobiles. De nos jours, le poumon du septième port au monde se situe plus au nord, à une dizaine de km que nous rejoindrons au retour de la randonnée.

 

On longe le fleuve qui sinue vers l’irrésistible appel du grand large : une attractivité qui a attiré, de 1873 à 1934, deux millions d’émigrés à Anvers, dans l’espoir de rejoindre la terre promise, les Amériques. Provenant des contrées désolées de l’est de l’Europe, les migrants arrivaient en train par convois entiers dans le port d’Anvers, leur ultime étape avant d’embarquer pour le Nouveau Monde. Ils étaient happés par la ville dès leur arrivée qui respirait le dynamisme. Les rues bruissaient d’activité et le commerce prospérait.

On longe le fleuve qui sinue vers l’irrésistible appel du grand large : une attractivité qui a attiré, de 1873 à 1934, deux millions d’émigrés à Anvers...

La Red Star Line

Leur histoire est contée au magnifique musée Red Star Line, situé sur l’itinéraire, quai du Rhin. Pour des millions de personnes, les hangars de cette compagnie furent le point de départ d’une espérance folle, d’une nouvelle vie dans le Nouveau Monde. Dans ces bâtiments se joua le sort des candidats à l’émigration. Soit, ils passaient les contrôles de douane et de la visite médicale et pouvaient embarquer dans un navire de la compagnie maritime de la Red Sar Line, soit ils étaient recalés, leur rêve effondré.

A l’époque, le long du quai du Rhin, le chargement d’un navire regorgeait d’activités. On amenait le charbon dans les cales via les grues géantes, on portait les bagages et les marchandises dans les coursives. Dès que le navire était prêt à appareiller, les Anversois s’y pressaient, empreints de mélancolie…

« La sirène retentit trois fois. Telle une troupe, pressés contre les cordes de vos enclos, vous hisserez vos pauvres effets personnels sur le navire. Puis, lentement, celui-ci se retirera. Les cordes couineront. Des jurons se feront entendre. Le carillon de Notre-Dame sera à la fête. Des larmes couleront sur vos joues. Car en nous quittant, vous quitterez l’Ancien Monde. Naviguant à l’assaut des dollars, vous regardez nos visages une dernière fois. Vous souviendrez-vous seulement de notre bière, de notre pain, de notre lait, de notre argent et de nos cœurs aimants. »

Willy Konninck dans Emigrants, 1926.

Cap plein nord

A Anvers, on apprend à rouler avec les règles que l’on applique, ici à vélo. Sur les pistes cyclables, une preuve de prudence est requise. Et il faut rouler vite pour s’intégrer dans le trafic. De pistes cyclables en passerelles réservées aux deux-roues, la découverte de la ville se poursuit : chaque quartier a son style, son image. Anvers a préservé son atmosphère de ville d’art.

A la sortie de la ville, l’itinéraire rejoint le parc Spoor Noord : les Anversois profitent déjà du renouveau du soleil. Son entrée passe par des jardins publics d’agrément et des aménagements grandioses pour les vélos.

Des passerelles élancées enjambent ici une autoroute, là un dock. Depuis les quartiers de Merksem, l’itinéraire rejoint le château de Brasschaat et son parc, parmi les plus beaux de Flandre. L’aérodrome éponyme, une ancienne base militaire belge, est devenu un centre d’aéroclub que l’on peut traverser à vélo.

La balade du silence

Au nord d’Anvers, entre la Belgique et les Pays-Bas, à Kalmthout, cette balade s’aventure dans le Grenspark, une réserve naturelle. L’itinéraire traverse la lande et passe sur des petits ponts en bois : la campagne de la Campine est bucolique et nous convie à une balade des plus aisées.

En Flandre, la petite reine prend ici tout son sens. Aux magnifiques pistes cyclables longeant les routes succèdent des voies réservées aux cyclistes. Quel bonheur que de rouler sur cette terre de la Campine !

Et cette fois, le dénivelé ne sera pas un obstacle. Alors, on prend le temps de parcourir la réserve naturelle. De part et d’autre du chemin, les chênaies à bouleaux et les aulnaies marécageuses côtoient les pâturages et les prés de fauche où paissent de paisibles moutons.

Véritable refuge, ce maillage de zones humides et de prés est l’un des habitats les plus riches pour le bruant jaune et la pie-grièche écorcheur. Si aux alentours du Kalmthout, on ressent une certaine pression urbanistique, ici, quand on roule sur les chemins bien stables, les seules présences humaines demeurent les grandes fermes.

Afin de préserver le subtil échange hydrologique des différents étangs, les terres agricoles ont été rachetées et transformées en zones humides. Elles retiennent l’eau et permettent une meilleure régulation des inondations dans cette région dépourvue de relief et la rejettent quand cela s’avère nécessaire, surtout lors des précédents étés particulièrement secs.

Le Grenspark a obtenu un label de qualité, celui d’un paysage du silence, synonyme aussi d’authenticité et de beauté. Il est vrai que, lorsque l’on roule sur les chemins de la réserve, c’est le calme qui se remarque le plus. Sans le savoir, on passe la frontière et on évolue en terre néerlandaise. La seule indication est sans doute la marque des points-nœuds qui passe du bleu au vert. Le calme accompagne cette randonnée sur ces routes de Hollande, passant tour à tour par ces villages dotés de ces petites maisons basses et de son moulin.

Un port tentaculaire

Du village paisible de Zandvliet, le contraste saute aux yeux : au-delà de la digue s’étend un monstre métallique, crachant fumée et bruits. Le port est là, s’étendant tout au long de l’estuaire de l’Escaut, sur des kilomètres.

Face au vent du sud, le retour vers Anvers est exigeant. Sur les véloroutes, les gravel sont à la peine face aux Speed pedelec des dockers et des ingénieurs filant à près de 50 km/h et laissant sur place nos vélos chargés.

Dans ce chaos de raffineries, de docks à conteneurs, tout est cependant orchestré : ici bat le cœur économique de la Belgique et de l’Europe. Et puis, étonnamment, nous rejoignons un havre de paix, ceinturé de toutes parts de grues.

Lillo est une incongruité dans ce paysage industriel. Ce confetti entouré d’eau avec son vieux port et son église honorent toujours les marins. Sans hésiter, nous posons nos vélos et nos sacoches au bistrot T’Pleintje. En fin de journée, alors que les touristes sont partis, il s’en dégage une ambiance d’un autre temps.

Le retour vers Anvers longe le port qui ne finit pas d’étendre ses tentacules. Alors que le jour décroit, la belle cité apparaît, marquée à l’horizon par ses clochers millénaires.

Le vieux château Het Steen annonce la fin de cette balade qui aura porté notre regard et notre esprit vers le grand large en observant les vieux bateaux en bois ballotter sur l’eau le long des docks d’Anvers, la ville des Ailleurs…

Carnet pratique

Points-Nœuds
Vous pouvez boucler cette randonnée, longue de 99 km en suivant les points-nœuds suivants, départ gare centrale. Si le balisage est excellent en campagne, il est parfois déficient dans la ville. 13, 5, 56, 26, 79, 78, 34, 33, 32, 35, 36, 37, 38, 21, 20, 72, 75, 25, 80, 89, 37, 36, 38, 56, 24, 60, 19, 97, 92, 95, 55, 54, 56, 19, 5 et 13.

L’itinéraire présente peu de difficultés et s’effectue en majeure partie sur Véloroutes et pistes cyclables, toutes aménagées et protégées ! Les quelques tronçons de gravier sont lisses. Voyez plutôt dans cette proposition d’itinéraire la découverte d’un riche patrimoine historique et naturel. Un beau circuit dépaysant, à effectuer en ce début de saison. Nous vous convions à loger à Anvers avant d’entamer ce long périple. Possibilité de dormir à Kalmthout, à l’hôtel Jerom.

Merci à VisitAntwerpen qui a nous a proposé ce circuit, mêlant patrimoine et histoire.

Les tops 10 à Anvers que vous ne pouvez pas manquer lors de votre venue.

Arriver dans l’une des plus belles gares du monde. Oubliez votre véhicule : il est plus aisé de venir en train à Anvers

Faire un pique-nique sur le toit d’un musée. Au MAS | Museum aan de Stroom, chacun des neuf étages offre une vue différente sur la ville. Dans les salles du musée, vous découvrirez la riche histoire d’Anvers.

Remonter le temps. Tapez ‘Oude Koornmarkt 16’ dans Google Maps et promenez-vous jusqu’à la porte d’entrée. Bienvenue au Vlaeykensgang, une ruelle cachée aménagée en 1591.

Admirer les beaux-arts au KMSKA. Dans le bâtiment du Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers, sublimement rénové, vous admirez une fantastique collection d’œuvres d’art.

Passer sous l’Escaut pour découvrir une skyline unique. Anvers possède un tunnel piétonnier presque centenaire et accessible à vélo.

Faites plaisir à vos papilles dans l’oasis de verdure de PAKT. Juste à l’extérieur du centre-ville se trouve PAKT, un ancien site industriel converti en un centre durable d’entreprises créatives et d’affaires culinaires.

Découvrir Plantin-Moretus, le musée de l’imprimerie. Soyez témoin de l’histoire séculaire de l’imprimerie.

Visiter le plus vieux bâtiment de la ville. Dès le IXe siècle, un château fortifié se trouvait à hauteur de l’actuel Het Steen ; il se composait de bâtiments en bois, de murs en terre et d’un fossé.

Le musée Red Star Line. Entre 1873 et 1935, plus de deux millions de personnes sont parties en bateau à vapeur vers une vie meilleure. Marchez sur les traces des passagers dans les bâtiments d’origine de la compagnie maritime Red Star

La Grand Place. Elle n’a rien à envier à son alter ego de Bruxelles. L’hôtel de ville allie le style traditionnel flamand avec des éléments novateurs de la Renaissance italienne.

https://visit.antwerpen.be/fr

Plus d’infos sur le Grenspark.
https://grensparkkalmthoutseheide.com/fr/

Les infos générales sur la Flandre
https://www.visitflanders.com/fr

Par Pierre Pauquay