Découverte | Grinduro : le gravel version enduro

Sport
21 novembre 2021 — Léo Kervran

Un enduro en gravel ? Mais qu’est-ce qu’ils sont encore allés inventer… C’est pourtant le principe du Grinduro, une épreuve née en 2015 en Californie. Depuis, l’évènement original a fait des petits et en 2021, l’Europe accueillait pour la première fois deux Grinduro, au Pays de Galles en juillet et en Suisse en octobre. Vojo était de la partie pour cette expérience inédite en terre helvète, on vous raconte :

Le Grinduro, kézako ? L’idée de départ vient de Joe Parkin, un ancien coureur professionnel sur route passé ensuite à l’enduro. Ayant constaté que les enduros rassemblaient des profils très divers, aussi bien des descendeurs que des crosseux, des athlètes professionnels que des amateurs plus ou moins entraînés, il s’est mis en tête de transposer cet esprit et ce format convivial sur un autre terrain pour “des cyclistes occasionnels et des professionnels, des cyclocrossers et des spécialistes du critérium – et tout ce qui se trouve entre les deux – […] sur un parcours conçu pour récompenser les cyclistes polyvalents.”

Le principe du Grinduro était né : un parcours de gravel techniquement accessible mais tout de même plaisant à rouler, pas trop long (autour de 80 km en général) et 4 à 5 courtes spéciales chronométrées, aux profils variés. Le reste du temps, c’est vélo plaisir et chacun est libre d’avancer à son rythme, de s’arrêter aux ravitaillements, de faire des pauses photo…

Restait à convaincre un partenaire solide et c’est Giro qui a sauté dans l’aventure, tout de suite convaincu du potentiel de ce type d’évènement. Avance rapide jusqu’en 2021 et nous voici en Suisse sur les rives du joli lac d’Ägeri, à une petite heure de Zürich. Très bucolique, le site accueille le salon du tout premier Grinduro Switzerland. Giro est toujours partenaire de l’évènement mais la marque américaine n’est plus seule : Sram, Zipp, Maxxis et Komoot se sont joints au projet, ainsi que Canyon pour les dates européennes.

De mon côté, c’est avec le Grinduro Scotland de 2019 que j’avais pour la première fois entendu parler de cet évènement, avant de l’oublier un peu. L’édition du Pays de Galles, plus tôt dans l’été, a réveillé ma curiosité et lorsque Sram nous a envoyé un vélo pour tester leur nouvelle gamme gravel XPLR (lire Sram XPLR : une certaine vision du gravel), l’idée de prendre le départ du premier Grinduro Switzerland n’a pas tardé à faire surface.

Pour être tout à fait juste, cette première aurait déjà dû avoir lieu en 2020 mais une certaine pandémie est passée par là et tous les Grinduro prévus ont été annulés, qu’ils soient sur notre continent ou ailleurs (l’Australie et le Japon devaient également faire leurs débuts, en plus de la date « historique » en Californie).

Bienvenue en Suisse

Retour à Unterägeri où il est temps pour nous de partir sur le prologue. En effet, les Grinduro s’étendent maintenant sur tout un week-end : un prologue le vendredi après-midi pour s’échauffer, le “plat de résistance” le samedi et une sortie conviviale tous ensemble le dimanche matin pour terminer l’évènement sur une note chaleureuse. Au milieu de tout ça, des concerts, des animations sur les stands des partenaires… Le circuit Grinduro s’est donné pour devise “The perfect party-to-race ratio !” et si c’est bien une course, avec un classement, qui sert de base à l’évènement, on est aussi (qui a dit surtout ?) là pour s’amuser !

Pour le prologue, le départ est libre, il suffit simplement de faire activer sa puce de chronométrage avant de partir puis de suivre le balisage. Il est également facultatif mais on vient pour faire du vélo, non ? Suffisamment bref (26 km et 565 m de dénivelé) pour ne pas créer trop de fatigue, ce prologue constitue une mise en jambe idéale pour découvrir les alentours, ou pour le dire autrement, à quelle sauce on sera mangé le lendemain…

Et on comprend vite que quand ça monte, ça ne fait pas semblant ici ! On a beau être dans une partie de la Suisse plus vallonnée que réellement montagneuse, les pourcentages sont bien présents dès la première montée. Ils se calment toutefois à mesure que la petite route raide se transforme en piste au revêtement parfait et on est presque sur un plateau lorsqu’on arrive au départ de la seule spéciale du jour.

Elle ne compte pas pour le classement du lendemain donc on pourrait même ne pas la disputer mais en ce qui me concerne, c’est ma première fois sur une course de gravel et j’ai un peu de mal à imaginer ce que représente une dizaine de minutes à fond sur ce genre de spéciale. La faire à fond, c’est l’occasion d’avoir un aperçu de l’effort qu’il faudra répéter par 4 fois le lendemain, de façon à gérer cela correctement.

Un début très rapide sur piste en faux plat descendant puis un virage en épingle et on se retrouve dans une descente presque VTT sur quelques dizaines de mètres, avec de petites marches en rondins, de la boue et des cailloux. En soi, rien de difficile à basse vitesse mais si on est à l’aise techniquement, il est possible de passer beaucoup plus vite et là, la marge d’erreur se réduit considérablement…

Juste derrière, un nouveau virage serré (qui verra beaucoup de pilotes faire un tout droit dans le champ d’en face) et retour sur la piste roulante qui nous emmène jusqu’à l’arrivée via une alternance de faux-plats et de jolies courbes. Relances explosives, terrains variés et trajectoires précises, on n’est pas loin du meilleur cocktail possible pour passer un bon moment sur le vélo. De bon augure pour le lendemain !

Des vélos en tout genre

En attendant, c’est retour sur le site du Grinduro. Le lieu s’anime au fur et à mesure des arrivées et prend doucement des airs de festival en fin d’après-midi. Un coiffeur/barbier s’est installé sur le stand Canyon, une exposition de belles montures en acier s’étend sur tout le salon, Komoot a ouvert son bar…

Festival aussi de diversité des pratiquants, qui n’a rien à voir avec une course classique de VTT ou même une cyclosportive sur route. Tous les âges, tous les genres, tous les styles vestimentaires et de nombreuses nationalités sont représentés, attirés par le format et la promesse de passer un bon week-end aussi bien sur le vélo qu’en dehors.

Voir des pratiquants de tous les horizons, on en a l’habitude sur certains rassemblements comme le Roc d’Azur, mais ici, il n’y a pas de salon test, pas vraiment de randonnées et une seule discipline du vélo. Est-ce parce que cette discipline est toute jeune et pas encore (trop) segmentées en catégories ? En tout cas, le gravel attire du monde et cela fait plaisir à voir.

Diversité des pratiquants, et diversité des machines bien sûr ! L’organisation du Grinduro n’est pas sectaire, le règlement précise qu’on peut utiliser “n’importe quel vélo propulsé par des pédales” (seuls les VAE ne sont pas autorisés). On a ainsi vu de l’acier, de l’aluminium, du titane et du carbone, du cintre plat, des tiges de selles télescopiques, des freins cantilevers comme des freins à disques, deux singlespeed (sacré motivation vu le terrain), du pneu de 33 mm comme du 52 mm, quelques VTT tout-suspendus, des montages improbables mais attirants comme ce Santa Cruz Highball équipé d’une RockShox Sid et d’un cintre gravel (au format route mais plus évasé et beaucoup plus large)…

En ce qui me concerne, je roule sur le Lauf True Grit prêté par Sram et évoqué plus haut, équipé XPLR de la tête au pied : fourche RockShox Rudy, transmission Force AXS XPLR, tige de selle RockShox Reverb XPLR et roues Zipp 101 XPLR avec des pneus Zipp G40. Mettre des composants à l’épreuve en course ou d’une façon un peu différente est toujours une bonne chose lors d’un test longue durée.

Et samedi, tout ce petit monde empruntera le même parcours. D’une certaine manière, ce joyeux bazar mécanique rappelle un peu les débuts du VTT !

Pour passer la nuit, c’est tente et camping (douches et emplacement inclus dans l’inscription)… ou hôtel, pour nous et quelques autres journalistes gracieusement invités par Sram. Vous imaginez bien que nous étions déchirés à l’idée de ne pas profiter de l’expérience complète du Grinduro avec le réveil au son des cors des Alpes le matin avant 7h, mais par pure politesse, il était évidemment impossible de refuser.

Pedal to the metal

Samedi, c’est jour de course ! Les départs se font par vague entre 9h et 9h30 et nous avons une bonne trentaine de kilomètres d’échauffement avant d’attaquer la première spéciale.

De petits pelotons se forment assez rapidement, en fonction des jambes de chacun dans les bosses du début de parcours. Rouler en groupe, c’est toujours plus sympa et ça permet aussi de s’économiser sur les parties roulantes car ce sont tout de même un peu plus de 93 km et 2600 m de dénivelé qui nous attendent aujourd’hui.

Si ces chiffres vous effraient, sachez qu’il existe également un tracé plus accessible, le Grindurito. Environ deux fois plus court, il permet de profiter de l’ambiance de l’évènement sans la pression des spéciales et en évitant les sections les plus difficiles du grand parcours.

Après environ 1h45 de vélo, et alors qu’on se baladait tranquillement dans les collines au-dessus du lac, un panneau “Stage 1 – Start in 500 m” vient nous rappeler qu’on est sur une course et qu’il va falloir appuyer un peu sur les pédales. Une descente un peu pentue sur une vieille route, un virage presque à angle droit pour nous renvoyer dans une montée et c’est parti !

L’avantage de ce format, c’est qu’on peut prendre son temps pour récupérer avant de se remettre en route.

La spéciale est courte, seulement 1,1 km mais cela ne la rend pas facile pour autant puisqu’elle ne fait que monter et que le dénivelé est bien présent : 120 m, ce qui donne un pourcentage moyen supérieur à 10 %. Le chemin large se transforme vite en singletrack caillouteux alors que la pente tourne plutôt autour de 15-16 % puis on entre dans la forêt, mais les choses ne s’améliorent pas. Un passage de racines qui serait déjà un peu technique en VTT oblige à descendre du vélo et courir sur quelques mètres, #cyclocross, puis il faut franchir deux petits ponts en bois avec une marche à la montée et à la descente.

Je suis déjà à 197 bpm et on est à peine au milieu de la spéciale. Heureusement la suite est plus facile, il reste une dizaine de mètres boueux et collants puis on retrouve un chemin de gravier plus roulant pour donner tout ce qu’il reste jusqu’à l’arrivée. Ouf, première spéciale de faite ! L’avantage de ce format, c’est qu’on peut prendre tout son temps pour récupérer avant de se remettre en route sur la suite du parcours.

Et ce temps, il vaut mieux le prendre car la deuxième spéciale arrive ensuite très vite. Très différente de la première, elle se déroule uniquement sur piste et court sur 3 km, pour 100 m de dénivelé positif et 60 m de négatif. Puissance pure dans les montées et trajectoires ciselées dans les virages en descente sont de rigueur pour réussir un bon temps. L’esprit du Grinduro, c’est la polyvalence et on nous le fait bien comprendre avec cet enchaînement.

Derrière, on part pour une longue section de “transition” puisque la prochaine spéciale se situe environ 40 km plus loin. Vous parlez d’une liaison ! Cette partie est en fait une véritable balade entre les cantons de Zug et de Schwiz, tantôt en hauteur dans les alpages tantôt plus bas dans la vallée entre les fermes, les prés et les petits vallons.

Après les efforts de la matinée, la faim commence à se faire sentir et ça tombe bien puisque l’organisation nous a préparé un “repas de midi” en deux parties sur cette longue transition. Première étape pour nous mettre en appétit, en haut de la montée la plus raide de la journée avec une section sur des plaques de béton avoisinant les 20 %, le “Fondue Stop”. Prenez une demi-baguette, faites un trou au milieu, glissez-y tout le fromage fondu que vous pouvez et voilà, vous avez un Hot Dog version Grinduro Switzerland.

Il fallait avoir le cœur bien accroché pour l’avaler juste après une montée aussi violente mais pas de panique pour celles et ceux (dont moi) qui ont fait l’impasse, le vrai ravitaillement n’était que quelques kilomètres à peine vallonnés plus loin. Plat de pâtes, petit dessert, café, de quoi repartir en pleine forme pour la deuxième moitié du parcours ! Une assistance mécanique était également présente, pour les pilotes qui auraient rencontré quelques soucis en début de journée.

Le tracé est bien conçu et l’après-midi est plus facile que la matinée, il y a moins de dénivelé et les kilomètres défilent vite malgré la fatigue qui commence à apparaître. Toutefois, attention à ne pas trop se relâcher, on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise rencontre avec la faune locale…

La balade continue le temps de digérer tranquillement et on arrive finalement au départ de la troisième spéciale. Aller, on s’y remet ! Baptisée After Lunch Punch, c’est la deuxième spéciale typée VTT du jour. Une courte mais raide montée derrière des fermes, une brève traversée à plat au rendement catastrophique en lisière d’un bois et on plonge dans la descente en même temps qu’on rentre dans la forêt.

Ah, si toutes les spéciales pouvaient ressembler à celle-ci !

En bon vététiste, je m’engage dans la pente sans réfléchir, trop content de pouvoir m’amuser un peu et de distancer un concurrent rattrapé dans la montée mais une fraction de seconde plus tard, surprise ! Le chemin commence par un pierrier que mes yeux peinent encore à distinguer, plus habitués au soleil éclatant des prés qu’à l’obscurité du sous-bois. Un petit ajustement de trajectoire, un bunny-up d’urgence, un peu (beaucoup) de chance et tout passe sans toucher aux freins, ouf. En bas de la descente, une grande courbe à plat boueuse nous fait ressortir de la forêt pour la ligne droite finale entre deux prés, plein gaz. Ah, si toutes les spéciales pouvaient ressembler à ça !

Comme le matin, la spéciale suivante arrive vite et comme le matin, on ne peut pas faire plus différent. Dernier secteur chronométré du jour, elle est longue de 2,7 km pour 125 m de dénivelé positif. Une longue course de côte régulière autour de 3-4% de pente le long d’une rivière, tout simplement. Ici, c’est la puissance pure qui parle. Tout l’opposé de mon terrain de prédilection (vive les pentes raides) et ce n’est pas mon départ lancé qui va me faire gagner beaucoup de temps.

C’est dur, c’est long mais c’est la dernière alors pas d’arrière-pensées. Après la ligne, nous sommes nombreux à prendre notre temps pour souffler. Le plus dur est fait ! Il ne reste plus qu’une petite dizaine de kilomètres pour rejoindre le camp et si une montée se dresse encore sur le chemin, une fois en haut on aperçoit à nouveau le lac qui était masqué depuis le midi. Voilà qui tombe à point nommé pour effacer la fatigue et donner la motivation nécessaire pour les derniers coups de pédales !

Au final, 5h24 de vélo mais seulement 25 minutes de spéciales pour ce Grinduro côté course. Face à des épreuves plus classiques, où le chronomètre tourne du départ jusqu’à l’arrivée, ce format est clairement plus accessible.

L’ambiance est telle qu’on a plus l’impression d’avoir passé une bonne journée sur le vélo à la découverte d’une nouvelle région que d’avoir disputé une course, tout en profitant tout de même du petit rush d’adrénaline qu’on ne retrouve qu’en compétition. C’est aussi bien plus facile physiquement que de disputer une course de 93 km, ce qui rend l’évènement ouvert à beaucoup plus de monde.

Après la course, la fête

Toutefois, la fête est loin d’être finie ! L’avantage d’organiser une course le samedi, c’est qu’il n’y a pas à se lever tôt le lendemain et le Grinduro l’a bien compris. Des concerts sont prévus pour la soirée et en attendant, le salon se réveille au rythme des animations.

Chez Sram, on a sorti les glaces et les fléchettes, on peut aller se faire masser chez Komoot, des séances de yoga s’improvisent sur la pelouse… Seul l’ours rencontré plus tôt semble un peu fatigué et finalement bien inoffensif.

L’exposition de modèles en acier, sponsorisée par le célèbre fabricant italien de tube Colombus, est toujours là et on remarque notamment ce joli WishOne, une petite marque française, peint aux couleurs du Grinduro.

Une fois le repas terminé, tout le monde se regroupe devant la scène et la remise des prix cède bientôt la place aux concerts. Après deux groupes locaux plein d’énergie, c’est Dance Armstrong qui prendra le relais aux platines pour continuer jusque tard dans la nuit…

Pour les plus motivés, Komoot avait programmé un bien nommé Hangover Ride (“sortie gueule de bois”) le dimanche matin. Au programme, 31 km et 770 m de dénivelé pour clore le week-end en beauté, sur des sentiers encore différents de la veille ou du prologue.

L’itinéraire passait d’ailleurs par quelques pépites qu’on aurait bien aimé avoir la veille, si possible en spéciale : un petit “double track” sur du gravier dans la forêt, un single joueur entre forêts et alpages, des petites routes en balcon vides de toute circulation…

On aimait déjà le principe d’un enduro en gravel sur le papier, on en revient définitivement conquis. Côté sportif, le format fonctionne à merveille et on passe une très bonne journée sur le vélo. Le nombre réduit de spéciales par rapport à un enduro VTT s’inscrit bien dans l’esprit gravel, où la découverte et l’aventure sans notion de chronomètre sont très présents. Du point de vue d’un vététiste, on peut regretter que les pistes étaient un peu trop présentes au détriment des singletracks mais d’après les habitués des Grinduro, cette édition était particulièrement roulante et ceux d’outre-Manche sont par exemple plus techniques.

Cependant, le Grinduro va bien au-delà de cet aspect sportif. En s’étendant sur tout un week-end et en proposant de nombreuses animations annexes, l’évènement prend la forme d’un véritable festival du vélo, à la taille suffisamment petite pour rester très convivial. Notre article vous a mis l’eau à la bouche ? Bonne nouvelle, l’Europe accueillera trois Grinduro en 2022 ! A ceux du Pays de Galles et de la Suisse, il faudra ajouter le Grinduro Italy en octobre, dont le lieu précis et la date devraient être dévoilés prochainement.

Plus d’informations : grinduro.com

Notre prise en main du Lauf True Grit avec les composants Sram XPLR : Test nouveauté | Sram XPLR : une certaine vision du gravel