Coupe du Monde XC #2 – Nove Mesto | XCO : semaine à rebondissements

Sport
5 octobre 2020 — Léo Kervran

Après une semaine très intense, qualifiée de coupe du Monde de course par étapes par certains athlètes, il est déjà temps de baisser le rideau sur cette coupe du Monde 2020 de XC. Sur cette deuxième et dernière manche de coupe du Monde à Nove Mesto, la conjonction de différents facteurs aura offert des courses très différentes de celles de la première manche, mais à tout juste une semaine des championnats du Monde, ces courses auront aussi soulevé plus de questions qu’elles n’auront apporté de réponses…

Deux coupes du Monde sur le même site la même saison, cela ne s’était jamais vu en XC avant aujourd’hui et pour offrir un peu de variété par rapport à la première course, le parcours était légèrement différent ce dimanche, avec une montée écourtée et le retour de la fameuse section “AC/DC”, cette pumptrack naturelle en légère descente.

Avec une météo bien plus clémente depuis quelques jours qu’avant la première manche, le parcours était donc de manière générale moins exigeant, tant techniquement que physiquement. De quoi donner lieu en théorie à des courses plus rapides et tactiques, mais la récupération et la fatigue pourraient bien venir modifier ces prévisions.

Dames : Pauline Ferrand-Prévot intouchable

Pour cette deuxième et déjà dernière manche de coupe du Monde, de nombreux athlètes ont à cœur de s’illustrer et de faire le plein de confiance à une semaine des championnats du Monde. D’un côté, les pilotes “connues” telles que Pauline Ferrand-Prévot, par 3 fois sur le podium cette semaine mais jamais sur la plus haute marche, Kate Courtney, qui avait échoué au pied du podium jeudi, ou Anne Tersptra, 2e jeudi après une fin de course impressionnante, aimeraient bien reprendre l’avantage.

De l’autre, la nouvelle génération, représentée par des athlètes tout juste sorties des rangs Espoirs (voire encore dans cette catégorie), a déjà beaucoup bousculé ses aînées cette semaine et on ne voit aucune raison pour que cela s’arrête. Loana Lecomte, victorieuse sur la première manche ou Laura Stigger, 5e du XCO de jeudi et 3e le lendemain en short-track, seront notamment à surveiller, sans oublier Evie Richards qui veut prouver qu’elle n’est pas seulement une athlète de XCC et peut aussi se montrer dangereuse sur le format olympique.

En tout début de course, on assiste à un scénario identique à celui de la première manche, avec le même petit groupe, ou presque, qui prend quelques secondes d’avance sur le peloton à l’issue de la start-loop. C’est encore une fois Pauline Ferrand-Prévot qui l’entraîne et on retrouve dans sa roue Evie Richards, Loana Lecomte, Anne Terpstra, Sina Frei, Laura Stigger et Rebecca McConnell, qui remplace Kate Courtney.

Cette dernière figure dans le deuxième groupe, une quinzaine de secondes derrière la tête de course et au sein duquel on trouve également Jolanda Neff et Lena Gerault.

Cependant, cette belle organisation vole en éclat dès le premier tour. Comme il y a trois jours, Pauline Ferrand-Prévot maintient un rythme très élevé dans l’objectif clair de s’isoler en tête et cette fois, personne n’est en mesure de la suivre.

Derrière elle, c’est chacun pour soi et la course se transforme rapidement en long contre-la-montre individuel pour les athlètes. Anne Terpstra est la mieux placée, jamais à plus de 20s de la championne du Monde. Pour les autres, c’est plus compliqué et la fatigue est bien à l’œuvre après cette semaine très intense. Un temps accompagnée de Laura Stigger et Evie Richards, Loana Lecomte parvient à se défaire de ses deux concurrentes, qu’elle connaît bien pour avoir couru avec elles chez les Espoirs les saisons précédentes, dans la lutte pour la troisième place.

A nouveau partie en fond de grille du fait de l’absence de classement général cette saison et du placement selon le classement UCI (après les trois premières lignes, déterminées par le résultat du short-track), Lena Gerault pointe à la 8e position à mi-course, mais les écarts sont bien plus importants que sur la première manche et cette fois, on voit mal comment elle pourrait monter sur le podium.

La seule véritable bataille de cette course sera finalement celle pour le podium. Un temps en lice pour la quatrième place, Evie Richards voit revenir sur elle Laura Stigger puis Rebecca McConnell et doit même les laisser partir un peu plus loin. Dans le tour suivant, c’est l’Australienne qui prend l’ascendant sur la jeune Autrichienne pour cette 4e place.

Devant, Pauline Ferrand-Prévot gère son avance et s’impose en patronne après une heure et quatorze minutes de course au long desquelles elle aura déroulé son plan à la perfection. L’écart à l’arrivée, 21 secondes sur Anne Terpstra, ne reflète pas vraiment le déroulé de cette course où la championne du Monde aura offert un véritable récital, impressionnante de maîtrise et de gestion. De très bon augure avant les championnats du Monde de Leogang le week-end prochain où, sur un circuit bien moins technique qu’en République Tchèque, elle sera plus que jamais favorite à sa propre succession.

Anne Terpstra prend donc à nouveau la deuxième place derrière une Française, de quoi laisser échapper un peu de frustration à l’arrivée, tout en reconnaissant la supériorité de Pauline Ferrand-Prévot. Surmotivée pour les championnats du Monde selon ses propres mots, elle fera sans nul doute partie des prétendantes au titre.

Elle devance Loana Lecomte, qui conclut son exceptionnelle semaine (une victoire en XCO et une 3e place en XCC) par une nouvelle 3e place sur cette deuxième manche. La jeune Haut-Savoyarde sera de retour dans la catégorie Espoirs pour les championnats du Monde où elle figurera parmi les favorites bien que le circuit autrichien, moins technique que celui de Nove Mesto, soit un peu moins à son avantage.

En quatrième position, Rebecca McConnell confirme son retour au plus haut niveau après ses beaux résultats de la saison passée. Comme sur la première manche, Laura Stigger prend la dernière place sur le podium. A Leogang, l’Autrichienne sera l’une des principales concurrentes de Loana Lecomte chez les Espoirs et aura l’avantage (mais aussi la pression supplémentaire) de courir à la maison.

Derrière ce podium, Evie Richards prend donc la 6e place, soit deux rangs de mieux que jeudi. Ce sera probablement un peu juste pour les championnats du Monde cette année mais la jeune Anglaise sera l’une des pilotes à suivre la saison prochaine. Elle devance Lena Gerault, qui aura pris le meilleur sur Sina Frei en fin de course et réalisé elle aussi une très belle semaine. Alessandra Keller suit à la 9e place et Janika Loiv ferme le top 10, juste devant… Julie Bresset !

Avec cette 11e place, la Bretonne améliore encore son résultat de jeudi, où elle avait déjà signé son meilleur résultat de ces trois dernières années et poursuit à son rythme son retour parmi l’élite mondiale. Elle permet au passage à l’équipe de Massi de prendre la deuxième place au classement des teams, une belle performance pour cette équipe qui s’est bien développée ces dernières années.

Si la journée fut bonne pour Pauline Ferrand-Prévot, Anne Terpstra ou Rebecca McConnell, ce fut en revanche moins le cas pour d’autres pilotes qu’on a l’habitude de voir jouer les premiers rôles. Ainsi, Annika Langvad (ici en action sur la première manche) ne prend que la 28e place, devant Anne Tauber et Emily Batty, en difficulté depuis deux ans.

Ce fut encore plus dur pour Kate Courtney, Jenny Rissveds et Jolanda Neff. La première avait logiquement le podium, voire la victoire, comme objectif après sa 6e place sur la première manche mais ce dimanche était un jour “sans” et elle terminera la course à la 36e place. Ce fut également difficile pour Jenny Rissveds, qui ne parvient pas cette année à retrouver la forme qu’elle affichait la saison dernière et doit se contenter ici de la 39e position, à plus de 8 minutes de Pauline Ferrand-Prévot. Enfin, pour Jolanda Neff c’est toute la semaine qui est à oublier puisque la championne d’Europe, malade et affaiblie, n’aura pu se battre au niveau qui est habituellement le sien. Après une 17e place en XCO sur la première manche et un forfait sur le short-track de vendredi, elle abandonnera dès le deuxième tour ce dimanche.

Côté belge, nette progression pour Githa Michiels qui prend cette fois une 19e place bien plus en rapport avec ses résultats habituels que sa 30e position de la première manche, même si elle estime n’être pas encore à 100 %.

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Enfin, en ce qui concerne les autres Françaises engagées, Perrine Clauzel prend la 34e place pour sa première coupe du Monde de la saison tandis que Margot Moschetti se classe 48e et Laure Souty 65e. Lucie Urruty a abandonné.

Hommes : la consécration pour Avancini

Même cas de figure chez les hommes où, après les excellents résultats des jeunes sur le premier XCO de la semaine (victoire de Simon Andreassen et 3e place de Milan Vader), les têtes d’affiche habituelles devraient essayer de reprendre la main.

L’autre enjeu de cette course, c’est le record de victoires en coupe du Monde de Julien Absalon. Le Français s’est arrêté à 33 et le compteur de Nino Schurter est bloqué à 32 depuis la manche des Gets en juillet 2019. Cela fait donc 4 manches de coupe du Monde (Val di Sole, Lenzerheide et Snowshoe 2019 puis Nove Mesto “1” 2020) de suite sans victoire pour le Suisse, une période de disette inhabituellement longue à laquelle il aimerait bien mettre un terme ce dimanche. Pas de chute ou d’erreur sur le short-track cette fois-ci, une 6e place lui a permis de sécuriser un départ en première ligne et tous les voyants sont aux verts. Parviendra-t-il à atteindre son objectif ?

Après un départ et une start-loop extrêmement rapides, un petit groupe de coureurs se détache dans le premier tour. Emmené par Nino Schurter, qui semble appliquer la même stratégie que Pauline Ferrand-Prévot quelques heures plus tôt, il est composé de Thomas Litscher, Henrique Avancini, Milan Vader, Simon Andreassen Victor Koretzky et Alan Hatherly.

Derrière, un groupe de chasse s’est formé avec Stéphane Tempier, Jordan Sarrou, Maximilian Brandl, Sebastian Fini et Matthias Stirnemann tandis que Maxime Marotte, parti en en milieu de grille après sa chute sur le short-track vendredi, remonte dans un troisième groupe en compagnie de Thomas Griot, Anton Cooper et Luca Braidot.

Le deuxième tour donne un bon aperçu de ce que sera toute la course : d’incessants changements de position, que ce soit en tête de course ou entre les différents groupes. A la fin de la boucle, Jordan Sarrou, Stéphane Tempier, Thomas Griot et Maximilian Brandl sont rentrés sur la tête tandis que Thomas Litscher est descendu dans le groupe de chasse, maintenant composé (entre autres) de Maxime Marotte, Filippo Colombo et Luca Braidot.

Dans le troisième tour, Victor Koretzky passe en tête du groupe de tête et accélère pour durcir la course. Nino Schurter, qui aimerait bien éliminer quelques concurrents, relaye l’ex-champion de France et à la fin du tour, les deux hommes accompagnés par Milan Vader prennent 5 secondes d’avance sur le reste du groupe.

Dans la quatrième boucle, Henrique Avancini qui menait jusqu’ici le groupe de chasse derrière le trio de tête abandonne ses compagnons et rentre seul. Dans le tour suivant, le Brésilien accélère pour tester Nino Schurter. Victor Koretzky et Milan Vader, les deux pilotes KMC-Orbea, s’accrochent et derrière, on fait l’élastique depuis plusieurs tours : Tempier, Hatherly, Sarrou, Griot, Marotte, Colombo, Andreassen, Brandl, les positions évoluent plusieurs fois par tour, les groupes se font et se défont et rentrent parfois sur le quatuor de tête pour lâcher à nouveau dès la première montée.

Tout va donc se jouer dans le dernier tour. Nino Schurter et Henrique Avancini prennent d’abord quelques mètres d’avance sur les KMC-Orbea mais Milan Vader parvient à remonter et attaque même dans la bosse suivante, mettant en difficulté Henrique Avancini. Le Brésilien revient dans la descente et dans la montée suivante, divisée en deux traces séparées par de la rubalise, il fait le choix de partir dans celle du bas, en théorie un peu plus lente. Plus lente, oui mais il est seul et personne ne peut le gêner, tandis que sur celle du haut Nino Schurter butte sur Milan Vader.

Henrique Avancini accélère et au prix d’un léger passage en force au sommet de la bosse, là où les deux traces se rejoignent, il passe en tête avant la dernière descente ! Un très beau coup, d’autant plus que Nino Schurter se retrouve coincé en 3e position alors qu’il menait encore la course une minute plus tôt. Ce cafouillage profite à Stéphane Tempier et Victor Koretzky, qui avaient limité la casse en restant à quelques dizaines de mètres derrière le trio et en profitent pour faire la jonction.

Personne ne parvient à prendre l’avantage ou à doubler dans la descente et on se dirige tout droit vers un sprint final. On a même levé un peu le pied pour récupérer puisque Alan Hatherly et Jordan Sarrou reviennent également juste avant l’entrée sur le stade de biathlon et la ligne droite d’arrivée. Ça frotte un peu pour les positions dans la dernière chicane mais tout le monde reste sur le vélo avant de lancer le sprint.

Milan Vader, idéalement placé en deuxième position, essaye de lancer de loin comme sur le XCC deux jours plus tôt mais Henrique Avancini ne se laisse pas surprendre et démarre à son tour. Le Brésilien est fort, très fort, trop fort pour ses concurrents et s’impose avec plusieurs longueurs d’avance sur Milan Vader, qui a résisté au retour de Nino Schurter sur la ligne.

C’est la première victoire en coupe du Monde de XCO pour le Brésilien, très souvent placé sur les deux dernières saisons mais jamais vainqueur. Après son titre de champion du Monde de XC Marathon en 2019 et ses victoires en short-track, il prouve qu’il est capable de gagner sur tous les formats en réalisant son rêve, gagner une coupe du Monde de XCO.

Victor Koretzky prend la quatrième place et Alan Hatherly souffle la cinquième dans les derniers centimètres à Jordan Sarrou, qui termine donc au pied du podium, juste devant Stéphane Tempier.

8e, Thomas Griot signe son meilleur résultat en coupe du Monde et vient compléter le beau tir groupé des Français dans le top 10. Maximilian Brandl prend la 9e place et Filippo Colombo la 10e tandis que Maxime Marotte, un peu moins en forme que sur la première manche, termine sa remontée à la 11e position.

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En ce qui concerne les autres Français engagés, Antoine Philipp termine 41e, Hugo Drechou 57e, Maxime Loret 70e, Pierre-Geoffroy Plante 81e, Joshua Dubau 90e, Thibault Daniel 97e, Cyril Bourdon 102e et Arthur Tropardy 106e. Clément Berthet a abandonné.

Chez les Belges, le meilleur résultat est à nouveau pour Pierre de Froidmont (61e), tandis que Rob Van den Haesevelde termine 99e et que Kevin Panhuyzen n’a pas pris le départ, encore affecté par des séquelles de sa chute sur les championnats du Monde 2019 au Mont-Sainte-Anne.