Championnats du monde Enduro 2026 | Les 6 choses à retenir de Finale Ligure

Par Adrien Protano -

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Championnats du monde Enduro 2026 | Les 6 choses à retenir de Finale Ligure

Ce week-end, Finale Ligure accueillait les Championnats du monde d’Enduro et d’E-Enduro 2026. Sur les sentiers emblématiques de Ligurie, les meilleurs pilotes de la planète se sont disputé les maillots arc-en-ciel. Entre un podium entièrement francophone en VTTAE, des écarts infimes, le retour remarqué d’Isabeau Courdurier et quelques surprises techniques dans les paddocks, voici les six choses à retenir de ce rendez-vous mondial !

Un podium francophone et une belle moisson de médailles françaises

On commence par l’E-Enduro, où Adrien Dailly s’est imposé devant son compatriote Damien Oton et le Belge Martin Maes. Un podium entièrement francophone pour une épreuve qui a souri aux pilotes français ! Déjà champion du monde en 2025, Dailly conserve son maillot arc-en-ciel et conclut une saison exceptionnelle, quelques semaines après avoir remporté le classement général de la Coupe du monde d’Enduro en musculaire.

Le Français a rapidement pris les commandes de la course, notamment grâce à une impressionnante deuxième spéciale, Megaroller, sur laquelle il a repoussé son plus proche adversaire à 23 secondes. Damien Oton a bien tenté de répliquer en remportant la troisième spéciale, mais Dailly a conservé une avance confortable jusqu’à l’arrivée.

« C’était intense, avec des spéciales vraiment longues et physiques. J’ai beaucoup attaqué dans la deuxième pour creuser l’écart, puis j’ai continué à pousser jusqu’à l’arrivée », expliquait le nouveau champion du monde, qui évoquait également son attachement à Finale Ligure, où il roule depuis une quinzaine d’années.

Chez les femmes, Helen Weber a survolé l’épreuve d’E-Enduro en remportant cinq des six spéciales. Derrière l’Allemande, les Françaises Laura Charles et Estelle Charles ont complété le podium, respectivement deuxième et troisième. Une belle performance collective, même si Weber était tout simplement intouchable ce week-end.

En musculaire, les Français ont également répondu présent ! Isabeau Courdurier a décroché une magnifique médaille d’argent chez les Élites, à seulement 1,575 seconde de Raphaela Richter. Chez les Juniors, Hugo Marti Montessinos a confirmé son excellente saison en décrochant le titre mondial devant un autre Français, Jules Janniaud. Déjà vainqueur du classement général de la Coupe du monde, Marti Montessinos a remporté trois des six spéciales pour s’imposer avec 13 secondes d’avance.

« C’était tellement dur et physique. La première spéciale était brutale. J’ai réussi à conserver davantage d’énergie pour la cinquième, qui était elle aussi très exigeante. Jules était derrière moi et me poussait à aller plus vite. C’est incroyable ! », raconte le jeune champion du monde à l’arrivée.

Enfin, chez les Juniors femmes, Chloe Cres Clement a arraché la médaille de bronze dans la dernière spéciale, en reprenant les 15 secondes qui la séparaient de sa compatriote Bélinda Baudet. Une fin de course particulièrement serrée !

Après le 32 pouces, voilà le 30,5 pouces… Vraiment ?

On pensait avoir fait le tour des nouveaux diamètres de roues avec l’arrivée du 32 pouces en cross-country et ses premières expérimentations en descente. Mais voilà qu’un autre format s’invite dans la discussion : le 30,5 pouces !

A-t-on vraiment besoin d'une taille de roue supplémentaire en plus de l'arrivée du 32" ? Pas sûr...

C’est le Norvégien Zakarias Johansen, pilote du Cube Action Team, qui s’est présenté à Finale Ligure avec une configuration pour le moins originale. Son Cube Fritzz a été adapté pour accueillir une roue avant de 30,5 pouces, associée à une fourche Fox Podium et à un pneu Schwalbe développé dans cette dimension. L’objectif est assez simple : trouver un compromis entre les qualités de franchissement et la capacité à conserver de la vitesse d’une grande roue, tout en évitant une partie des contraintes de maniabilité d’un diamètre de 32 pouces.

A-t-on vraiment besoin d’une taille de roue supplémentaire en plus de l’arrivée du 32″ ? Pas sûr…

Des prototypes qui attirent notre attention chez Moustache et Commencal

Les Championnats du monde sont souvent l’occasion de découvrir des vélos aux peintures spéciales, mais parfois aussi de véritables prototypes. Et à Finale Ligure, deux machines ont particulièrement attiré notre attention. La première, c’est le Moustache Game utilisé par Adrien Dailly pour décrocher son titre mondial. Si la silhouette générale reste familière, plusieurs modifications importantes distinguent ce prototype du modèle actuellement commercialisé.

La plus visible concerne la position du moteur Bosch, désormais installé de manière beaucoup plus horizontale, alors que le Game actuel se distingue par son moteur positionné presque verticalement. Le tube diagonal retrouve également une ouverture permettant d’extraire la batterie, là où le modèle de série adopte une solution différente, pensée pour favoriser le centrage des masses.

La suspension arrière évolue elle aussi, avec une nouvelle biellette et un nouveau yoke reliant l’amortisseur au bras arrière. De quoi imaginer une cinématique retravaillée, voire un débattement différent des 160 mm actuels, même si rien n’est encore confirmé.

Quant au moteur, il semble toujours s’agir du Bosch Performance CX Race connu, et non d’une nouvelle assistance encore inédite. Une chose est certaine : que ce prototype annonce ou non la prochaine génération du Game, il possède déjà un titre mondial à son palmarès ! À lire : Spyshot | Un proto Moustache Game déjà champion du monde

Chez Commencal, c’est Alex Rudeau qui roulait sur ce qui ressemble fortement à un futur Meta V6. Le Français, premier champion du monde d’Enduro de l’histoire en 2024 sur le Meta V5, pourrait bien être l’un des premiers à tester sa nouvelle génération en compétition.

Le cadre reste en aluminium et conserve les grandes lignes de son prédécesseur, mais les changements se concentrent principalement sur la suspension arrière. La biellette adopte un nouveau dessin, tout comme son point d’ancrage ajouré sur le bras arrière. Difficile de savoir si le débattement évolue par rapport aux 150 mm du Meta V5, mais la cinématique semble avoir été revue.

Autre détail intéressant : les câbles et Durit entrent désormais sur les côtés de la douille de direction plutôt que par le tube diagonal. À l’avant, Rudeau conserve sa préférence pour une Fox 36 plutôt qu’une 38. Interrogée sur place, l’équipe s’est contentée d’expliquer qu’Alex et le team participaient toujours activement au développement de nouveaux modèles. Une réponse prudente, mais ce prototype semble déjà bien avancé ! À lire : Spyshot | Un proto Commencal Meta V6 pour Alex Rudeau

Seulement 1,5 seconde après presque 42 minutes de course !

C’est probablement le chiffre le plus impressionnant du week-end. Après six spéciales et presque 42 minutes de course chronométrée, seulement 1,575 seconde séparait Raphaela Richter d’Isabeau Courdurier à l’arrivée des Championnats du monde d’Enduro.

Pour mesurer à quel point cet écart est infime, cela représente moins de 0,1 % du temps total de course ! Et pourtant, les deux pilotes avaient dû affronter un parcours particulièrement exigeant, avec six spéciales réparties sur une journée de 60 kilomètres et 1 850 mètres de dénivelé positif à parcourir à la pédale.

La course a été un véritable chassé-croisé entre les deux femmes. Richter a remporté la très longue première spéciale avec trois secondes d’avance sur Courdurier, mais la Française a pris les commandes du général dès la deuxième. L’Allemande est ensuite revenue dans le match avant de reprendre la tête sur la quatrième spéciale.

À l’entame de la dernière descente, la mythique DH Men, Richter possédait encore 9,394 secondes d’avance. Un matelas qui pouvait sembler confortable, mais Courdurier n’avait visiblement pas dit son dernier mot.

La Française a signé une dernière spéciale exceptionnelle, reléguant Mélanie Pugin, deuxième, à 6,762 secondes et Richter à 7,819 secondes ! Une performance qui lui a permis de revenir à seulement 1,575 seconde de l’Allemande au classement final. C’est finalement Raphaela Richter qui s’est offert son premier titre mondial, au terme d’une bataille particulièrement indécise.

Chez les Hommes, le suspense était également au rendez-vous. L’Australien Ryan Gilchrist a décroché le titre avec 4,860 secondes d’avance sur Elliot Jamieson, tandis que Richie Rude complétait le podium. Avant la dernière spéciale, les quatre premiers se tenaient encore en huit secondes !

Isabeau Courdurier : un retour qui force le respect

Au-delà de l’écart infime qui la sépare du maillot arc-en-ciel, la performance d’Isabeau Courdurier mérite qu’on s’y attarde. Après avoir dominé l’Enduro mondial pendant plusieurs saisons, la Française avait mis sa carrière entre parenthèses en 2025 pour devenir maman. Un nouveau chapitre de sa vie, qui s’est accompagné d’une envie de découvrir autre chose sur le plan sportif : la DH.

Nous avions justement eu l’occasion d’échanger avec elle au printemps dernier, alors qu’elle préparait son retour à la compétition. Et déjà, un objectif ressortait clairement de notre discussion : « Il y a le Championnat du monde d’enduro à Finale Ligure, et ça, clairement, c’est mon objectif de la saison. »

Si Isabeau avait choisi de consacrer une partie de sa saison à la DH, ce n’était pas uniquement par envie de changement. La Française nous expliquait également que le format de la descente se prêtait davantage à sa nouvelle vie de famille :  « En enduro, tu pars souvent toute la journée sur les spéciales. En DH, tu passes plus de temps au paddock, donc c’est plus simple en termes de logistique. »

Quelques mois plus tard, la voilà donc vice-championne du monde d’Enduro, à seulement 1,5 seconde du titre, après avoir remporté la dernière spéciale de la journée. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle intervient à peine un an après la naissance de son enfant. Et une belle manière de rappeler que cette parenthèse n’a en rien effacé les qualités qui avaient fait d’elle l’une des meilleures enduristes de l’histoire.

À relire : Interview | Isabeau Courdurier : revenir en DH et en Enduro comme outsider

Les descendeurs savent toujours faire de l’enduro !

Si les parcours d’enduro demandent une endurance physique particulière et une gestion de course différente de la descente, plusieurs pilotes ont rappelé ce week-end que les passerelles entre les deux disciplines restent bien réelles.

Le premier exemple est celui de Richie Rude. Après avoir consacré sa saison 2026 à la Coupe du monde de DH, l’Américain retrouvait l’Enduro à Finale Ligure pour défendre son titre mondial. Et malgré plusieurs mois sans compétition dans la discipline, il n’a pas tardé à retrouver ses automatismes.

Dès la première spéciale, Rude s’est installé aux avant-postes, à seulement trois dixièmes de Ryan Gilchrist. Toujours dans la lutte pour les médailles à l’approche de la dernière descente, il a finalement signé le meilleur temps sur la mythique spéciale DH Men pour décrocher le bronze. Pas mal pour un pilote qui avait passé son année sur un vélo de descente !

Autre exemple intéressant : Luke Meier-Smith. L’Australien, lui aussi habitué des compétitions de DH, a remporté deux spéciales et s’est battu pour le podium jusqu’au bout. Avant l’ultime descente, moins d’une seconde le séparait de Richie Rude dans la lutte pour le bronze.

Enfin, impossible de ne pas mentionner Martin Maes. Le Belge, qui a lui aussi consacré une grande partie de sa carrière récente à la descente, s’est invité sur le podium des Championnats du monde d’E-Enduro. Engagé tardivement sur l’épreuve, Maes a progressivement trouvé son rythme avant de remporter la dernière spéciale, DH Men, devant Tiago Ladeira et Adrien Dailly. De quoi décrocher le bronze derrière les deux Français.

Voilà qui marque la fin de cette saison 2026 de compétition. Félicitations à tous les pilotes et rendez-vous la saison prochaine pour remettre le couvert !

Par Adrien Protano