Championnats du Monde 2020 | DH :
Balanche et Wilson se parent d'or !

Sport
11 octobre 2020 — Christophe Bortels

Après le cross-country et la razzia française hier, place ce dimanche à la descente pour conclure en beauté ces championnats du monde 2020 à Leogang ! Et là aussi, au vu des résultats des qualifications, les chances de médailles françaises étaient grandes. Encore fallait-il arriver à éviter les pièges sur une piste très technique à nouveau rendue piégeuse par la pluie…

Le scénario était sur toutes les lèvres depuis jeudi : avec de nouvelles précipitations combinées à des températures basses annoncées pour ces finales de la descente, et donc un risque de neige, on pouvait hélas se diriger vers une annulation pure et simple de la dernière journée de course. Dans ce cas, comme l’avait annoncé l’UCI, ce sont les résultats des qualifications qui seraient retenus pour sacrer les champions du monde 2020 de descente ! Simple formalité généralement anecdotique, la manche de placement de vendredi prenait une tout autre dimension…

 

 

Heureusement, il n’a pas fallu en arriver et ces finales ont pu se dérouler normalement… ou presque. Car, comme on le craignait, la pluie qui tombait en continu depuis des heures sur Leogang a rendu les choses très compliquées, et ces championnats du monde 2020 avaient des airs de Champéry 2011 : pente, boue, glissades et chutes à gogo…

Alors, qui a pu s’extraire de ce bourbier autrichien pour aller chercher le titre ultime et le maillot arc-en-ciel ? Réponses :

Juniors

 

 

Comme d’habitude, ce sont les plus jeunes qui ouvraient le bal des finales. Avec, chez les filles, une hiérarchie chamboulée par rapport au classement de vendredi : meilleur temps des qualifs, la Française Leona Pierrini prend finalement la 3e place tandis que c’est sa compatriote Lauryne Chappaz, 5e vendredi, qui décroche l’or ! Clairement au-dessus du lot, en tête à tous les intermédiaires, elle s’impose en 5’41″502, avec plus de 46 secondes d’avance… Lauryne ramène donc une 2e médaille d’or dans la famille, trois ans après le sacre de sa soeur Mélanie à Cairns, là aussi en Juniors.

L’Autrichienne Sophie Gutohrle se place entre les deux Françaises et repart avec la médaille d’argent. Déception en revanche pour la jeune Belge Siel van der Velden qui pouvait espérer un podium suite à sa très bonne qualification (2e) mais termine seulement à la 7e place.

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Du côté des garçons également, les plus rapides des qualifs n’ont pas su transformer l’essai en finale, en témoigne notamment la 43e place de Matt Sterling, pourtant 1er vendredi, ou la 21e de Chris Cumming, 2e en qualification. Et même si c’est un gros cliché, force est de constater que les conditions humides ont visiblement souri aux Britanniques qui trustent tout simplement les 5 premières places ! Oisin O’Callaghan s’impose finalement avec seulement 2 secondes d’avance et offre pour la première fois l’or à l’Irlande en descente, tandis que les Anglais Daniel Slack et James Elliott repartent respectivement avec l’argent et le bronze. Deux Français rentrent dans le top 10 : Matheo Grandjean termine 6e et Johan Garcin prend la 8e place tandis que Louis Gaillet, 4e des qualifs, doit cette fois se contenter de la 16e position.

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Dames

 

Après les Juniors, place aux dames en début d’après-midi. Mais c’est dès le matin que la grosse info de la journée est tombée : trop courte sur le gros gap en sortie du dernier bois technique lors de son dernier run, Vali Höll s’est blessée. D’après une publication sur les réseaux sociaux, elle semblerait victime d’une fracture de la cheville. Grand espoir de la descente féminine, la jeune Autrichienne avait signé le meilleur temps des qualifications alors qu’il ne s’agit pourtant que de ses premiers championnats en Elites.

Avec ce forfait de dernière minute, ce sont Tracey Hannah et Myriam Nicole qui héritaient logiquement de l’étiquette de favorites pour le titre. L’Australienne était en embuscade derrière Höll  lors des qualifs à seulement deux secondes et demie tandis que la Française, victime d’une petite chute, terminait à 14 secondes.

 

 

Démarrant relativement tôt par rapport à ses concurrentes directes, Myriam Nicole va être la première à sortir un run relativement propre dans ces conditions très difficiles, avec une seule chute et quelques secondes perdues seulement. Tahnée Seagrave ne fera pas aussi bien dans la foulée, partant plusieurs fois à la faute, perdant près d’une minute et voyant du coup toute chance de victoire lui échapper. Elle terminera 11e. Il reste alors une dizaine de pilotes au départ et Nicole est bien installée dans le hot seat, avec 20 secondes d’avance. Monika Hrastnik réduit ensuite cet écart à 13 secondes et s’installe provisoirement à la 2e place, devant Mikayla Parton.

Alors qu’on n’y croyait plus, coup de tonnerre : Camille Balanche sort elle aussi un très beau run – mais sans chute ! – et s’offre le nouveau chrono de référence en améliorant le temps de Myriam Nicole de plus de 3 secondes ! C’est d’ores et déjà une médaille assurée pour la Suissesse et seules Marine Cabirou et Tracey Hannah peuvent encore la priver de l’or…

Ça commence bien pour Marine Cabirou qui active le vert au premier intermédiaire, avant de partir à la faute dans les souches un peu plus loin. Elle se relève, ne coince pas trop dans les bois raides et boueux, revient au contact du chrono de Balanche… mais chute à nouveau et perd toute chance de victoire. Elle terminera 9e.

Le suspense est à son comble. Camille Balanche vs Tracey Hannah, la dernière à s’élancer… Quoi qu’il en soit, Leogang va sacrer une championne du monde inédite ! C’est vert au premier intermédiaire, au 2e, puis au 3e… mais l’écart est infime et une chute peut tout ruiner. Il y en aura finalement deux, Hannah perd trop de temps et ne pourra pas refaire son retard. Elle échoue au pied du podium.

 

 

Voilà, Camille Balanche est championne du monde de descente ! Une première pour la Suisse dans la discipline. Et une victoire tellement inattendue que nous n’avions même pas prévu de photo d’elle pour illustrer cette rapide news d’après course. Leogang nous avait pourtant habitués aux surprises. Souvenez-vous de la superbe mais imprévisible victoire de Morgane Charre en 2012…

Championne en titre, Myriam Nicole prend l’argent tandis que Monika Hrastnik décroche le bronze.

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Hommes

La course Hommes allait-elle être aussi indécise et surprenante que celle des Femmes ? Et surtout, allait-on assister à la fin du règne de Loïc Bruni, sacré champion du monde ces trois dernières années ? Le Français semblait en tout cas dans le rythme lors des qualifications, signant le 2e temps à une bonne seconde de son pote Loris Vergier, le plus rapide vendredi.

Dans cette finale, alors que la neige fondante tombe à nouveau sur le haut de la piste, Jack Moir – qui sévit désormais sur les Enduro World Series – est le premier à arrêter le chrono sous les 4 minutes, délogeant Johannes Fischbach du hot seat.

Un temps rapidement battu par Reece Wilson, vraiment impressionnant dans la boue, qui améliore la marque de… 7 secondes et demie ! Bernard Kerr se place entre Wilson et Moir, les runs (plus ou moins) propres s’enchaînent mais, contrairement à ce qu’on a vu dans la course Dames, arriver en bas sans chute ne sera pas suffisant pour prétendre à la victoire !

 

 

On a bien cru que ça allait passer pour Thibaut Daprela, 5e des qualifs, au contact au premier intermédiaire puis en avance aux deux suivants, et surtout, très rapide dans le bois final. Mais le jeune Français est hélas stoppé dans son élan par deux chutes… Même topo quelques minutes plus tard pour Matt Walker puis Jure Zabjek. 3e des qualifs, Finn Iles s’empêtre comme bien d’autres dans la boue autrichienne et termine très loin de la gagne… Il reste alors une bonne dizaine de pilotes au départ et le chrono de Reece Wilson tient toujours ! Miracle ou maîtrise, on ne sait pas.

Mais très agressif dans les bois boueux, Rémi Thirion parvient malgré tout à rester sur le vélo et échoue à « seulement » 5 secondes de Wilson, signant le 2e temps provisoire.

Nous voilà dans le top 10. Mark Wallace (3e provisoire à 6 secondes) se casse les dents sur le temps de référence, puis Brook Macdonald part plusieurs fois à la faute dans les souches et racines en première moitié de piste. Ça coince aussi pour l’Autrichien David Trummer malgré un run efficace qui lui permet de s’approcher à un peu plus de 3 secondes de Wilson.

Voilà Loris Vergier en piste, meilleur temps des qualifs ! C’est très limite mais ça passe dans les souches et racines du haut, mais le Français reste un peu trop collé dans les bois et perd de précieuses secondes. 9e temps provisoire seulement… Blessé au pouce, Laurie Greenland limite les dégâts dans un premier temps avant de chuter dans les bois. Alors qu’ils ne sont plus que 4 au départ, ça commence à sentir la médaille pour Reece Wilson !

Après son titre mondial à Leogang en 2012, Greg Minnaar pouvait-il remettre ça ? Réponse après une bonne minute seulement : le Sud-africain tombe lourdement, se relève, repart, mais le mal est fait et le retard ne peut plus être comblé…

Un an avant Minnaar à Leogang, c’est Danny Hart qui avait enfilé le maillot arc-en-ciel à Champéry, dans des conditions que personne n’a oubliées. Autant dire que le Britannique était très attendu dans la boue de Leogang. Mais ça ne passe pas non plus : +12s et 12e place provisoire, et une médaille désormais assurée pour Reece Wilson. D’autant que derrière, Troy Brosnan chute juste après être passé en avance au 3e intermédiaire.

Nous voilà au duel final : Reece Wilson vs Loïc Bruni, en piste pour un 4e titre consécutif. Mais le champion du monde en titre l’avait annoncé, il ne sera pas favori dans ces conditions difficiles. Et ça va se confirmer, Bruni partant à la faute à de nombreuses reprises. Le 6e titre toute catégories confondues et le 5e en Elites, ce ne sera pas pour cette année…

 

 

Comme chez les Dames, c’est donc un champion du monde inattendu chez les Hommes ! Derrière Reece Wilson qui rafle l’or, David Trummer décroche l’argent et Rémi Thirion repart avec le bronze. Mark Wallace et Bernard Kerr complètent le top 5 tandis que Loris Vergier, 10e, est 2e Français au classement.

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Photos : Keno Derleyn / Vojo