Prise en main | Specialized Enduro 2017 : plus radical que jamais

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14 août 2016 — Olivier Béart

Si le Specialized Enduro 2017 ressemble fort à son prédécesseur au premier abord, il est intéressant de voir ce que les changements importants au niveau de la géométrie et des suspensions apportent sur le terrain, que ce soit par rapport à son ancêtre ou par rapport au Stumpjumper dont les capacités en descente commençaient à rogner sur le terrain de l’Enduro précédent. Direction les Portes du Soleil, quelque part entre Morzine et Les Gets, pour une première prise en main du Specialized Enduro 2017 en version S-Works 29” avant un test plus complet sur nos terrains de jeu habituels.

Specialized_Enduro_2017_S-Works_29_Pouces_Copyright_Vojomag-12Le nouveau Specialized Enduro 2017 est sans aucun doute une des nouveautés les plus attendues de la saison en matière de gros vélos. Nous n’allons pas ici vous refaire la présentation détaillée du modèle, qui a déjà fait l’objet d’un article séparé (à lire ici www.vojomag.com/specialized-enduro-2017-evolution-dans-la-discretion). Nous allons cette fois nous consacrer à la prise en main de la machine, que nous avons subtilisée pendant quelques heures, en version S-Works taille M pour votre serviteur (qui fait 178cm) et L pour Paul (183cm), pour un premier galop d’essai au coeur des Alpes et du domaine des Portes du Soleil.

Specialized_Enduro_2017_Test_Copyright_Vojomag-2Quand on s’installe aux commandes, même si tout tombe facilement sous la main comme sur tout bon Specialized qui se respecte, on perçoit qu’on n’est pas sur un vélo « facile » et polyvalent comme peut l’être un Stumpjumper. Il y a de l’angle et du débattement : ça se sent ! Voilà un vélo qu’il va falloir être capable de rentrer dedans et de le piloter pour pleinement en profiter. Avant de dévaler la montagne, même si on avoue qu’on a fait une partie en navette, il faut encore donner quelques coups de pédale et terminer de grimper pendant une bonne demi-heure.

Pour les raids et la polyvalence, il y a le Stumpjumper. Ici, sur l’Enduro, on sent qu’on a tout misé sur le mode descente.

Si le Specialized Enduro 2017 dégage une belle impression de légèreté dans cette version S-Works aux composants très luxueux, et si le Sram Eagle 12 vitesses permet de passer partout grâce à sa couronne de 50 dents (couplé à un plateau de 30 dents un rien trop petit comme nous le verrons plus loin), on sent d’emblée que ce n’est pas un vélo fait pour se présenter au départ d’un raid, même bien velu façon Trans-Provence, Trans-Cévennes ou encore un Biivouac. Pour cela, il y a le Stumpjumper, qui est nettement meilleur au pédalage. Ici, sur l’Enduro, on sent qu’on a tout misé sur le mode descente. Il ne pompe pas, mais il se tasse un peu de l’arrière dans les forts pourcentages, même avec la suspension en mode fermé et l’angle de direction prononcé ne facilite pas le choix des trajectoires quand ça grimpe. Ou, à tout le moins, ce n’est pas un jeu et on attend plus que ça passe qu’autre chose.

Specialized_Enduro_2017_Test_Copyright_Vojomag-3Allez, hop, nous voilà au sommet ! On entame les hostilités par du rapide sur une crête avec de bonnes ornières et quelques virages un peu secs. D’emblée, le travail des suspensions impressionne. Quelle onctuosité ! Et quel maintien aussi ! Jamais on n’a l’impression d’utiliser un millimètre de débattement en trop : ça s’enfonce juste ce qu’il faut, sans aucune plongée et en conservant magistralement l’assiette du vélo. Par contre, tant qu’il n’y a pas de vraie pente et si on ne roule pas vraiment vite, il faut savoir le brusquer pour tourner ou le faire sortir d’une ornière en bunny-up. Novice, passe ton chemin, y a rien à voir !

Specialized_Enduro_2017_test_Copyright_Vojomag-1-2Sur un Stumpjumper, une petite impulsion suffit et la facilité prévaut, mais ici, ce Specialized Enduro 2017 radicalisé nécessite de jouer avec tout le corps et d’avoir de vraies notions de pilotage pour être dompté. Par contre, dans la grosse pente, on va découvrir un tout autre visage. Là où le Stumpjumper, aussi capable soit-il, commence à devenir délicat à manier et va envoyer directement la facture après chaque petite erreur, le nouveau Specialized Enduro met en confiance et pousse à en remettre une couche.

Specialized_Enduro_2017_Test_Copyright_Vojomag-5Petit à petit, on lâche les freins et le panzer se transforme en ballerine. On a des roues de 29” ? Ah bon ? Nous n’avons pas testé la version 650b, mais jamais nous n’avons senti que nous avions une quelconque inertie due aux grandes roues ou de la paresse dans les changements de direction… du moins quand il y a de la pente et de l’engagement. Quand on passe en mode attaque, le comportement du vélo est particulièrement valorisant et sûr. Sa stabilité est démoniaque, les suspensions Ohlins travaillent parfaitement de concert et de façon magistrale, alors que les changements de direction sont vifs et précis. Jouissif !

Specialized_Enduro_2017_Test_Copyright_Vojomag-7Le comportement rappelle un peu l’excellent Yeti SB5.5c que nous avons testé récemment et qui fait office de référence parmi les vélos à grandes roues/grand débattement. Mais on a ici un zeste de polyvalence en moins et un soupçon de potentiel en descente en plus. Pour des enduros belges ou des Ardennes françaises, ce Specialized Enduro 2017 risque d’être un peu too much et les spéciales que vous aurez l’occasion de faire à son guidon apparaîtront probablement trop courtes ou pas assez pentues pour pleinement exploiter son potentiel. Par contre, si vous habitez dans les Alpes ou tout autre relief montagnard et que monter est d’office synonyme de liaison ou de télésiège, alors il n’y a pas à hésiter.

Specialized_Enduro_2017_Test_Copyright_Vojomag-8Dans les sous-bois typiques des Gets, où le sol est rempli de racines, la machine est impériale. On sent bien le relief, mais on place la roue sans trop réfléchir et ça tient. On peut dire merci aux excellents pneus Specialized (Butcher 29×2.3 avant/arrière sur notre vélo de test), mais aussi aux roues qui ne sont pas trop raides même si elles sont en carbone, ainsi qu’au cadre dont on peut dire exactement la même chose. Oui, le boîtier et la douille de direction son bien verrouillés, permettant de garantir la précision de l’ensemble et sa vivacité sous les grosses contraintes, mais on ne vire pas dans le bout de bois limite inexploitable. Sa capacité à filtrer les vibrations et à se déformer légèrement dans les appuis est immédiatement perceptible et c’est tant mieux !

Specialized_Enduro_2017_Test_Copyright_Vojomag-12On a déjà dit tout le bien que nous pensons des suspensions Ohlins mais, au fil de notre sortie, nous avons raffiné les réglages en chipotant aux différents boutons. Même s’il faut un peu de temps pour trouver ses marques et s’il est bon de se faire aider pour le premier setup car on est face à un produit que nous avouons humblement mal connaître à ce stade, on est loin de la complexité de réglages de certaines autres “petites” marques (Bos par exemple). Oui, il faut quelques bases et un minimum de feeling sur la machine pour comprendre l’influence concrète de chaque modification, mais on parvient rapidement à en tirer de très belles choses. Nous sommes curieux de voir ce que donnera le Specialized Enduro 2017 avec des suspensions RockShox plus classiques, mais nos confrères de Vélo Tout Terrain qui ont roulé avec la version Comp Alu en même temps que nous semblaient assez enthousiastes également (voir leur essai dans le numéro 212 à paraître).

Specialized_Enduro_2017_Test_Copyright_Vojomag-9Au rang des défauts, ce bref essai de quelques heures n’a pas permis de mettre en lumière le moindre souci flagrant. On aurait peut-être préféré un plateau plus grand pour éviter de mouliner aussi vite en descente, ainsi qu’un cintre plat pour charger encore plus facilement l’avant et profiter pleinement du raccourcissement de la douille de direction, mais on parle là de détails. On est face à un vélo très bien né et dont on voit qu’il se base sur une longue expérience ainsi qu’un gros staff R&D. A ce prix, on peut se dire que c’est heureux, même si la marque a fait des efforts pour baisser la facture. Certes, on aurait pu l’espérer plus démonstratif ou novateur au niveau du look, mais il ne faut pas passer longtemps à son guidon pour se dire “à quoi bon”. Car les fondamentaux, géométrie et suspension, sont bien là et le nouveau vélo se replace mieux dans la gamme par rapport au Stumpjumper tout en confortant sa place de benchmark dans le petit monde de l’enduro.

Verdict

Specialized_Enduro_2017_S-Works_29_Pouces_Copyright_Vojomag-2Par rapport à la précédente version de l’Enduro, comme le Stumpjumper venait clairement marcher sur ses terres (voir si besoin était la victoire de Jared Graves sur l’EWS d’Aspen en Stumpy 29″) tout en apportant plus de pep’s au pédalage, cette nouvelle version adopte un placement très cohérent en se radicalisant et en adoptant une posture d’enduro race qui s’adresse sans équivoque aux pilotes pointus. Eux seuls sauront composer avec ses exigences en usage “normal” et auront aussi et surtout les capacités pour l’emmener sur les terrains les plus pentus et défoncés sur lesquels il sera le plus à l’aise. Car avec cette nouvelle mouture, le Specialized Enduro place clairement le curseur du côté “mini DH”. Tout cela devra bien entendu être confirmé lors d’un vrai test approfondi sur nos terrains de jeu habituels (ainsi qu’en s’amusant à changer les roues entre 29″ et 6Fattie) mais d’ici là, un biker averti…

Retrouvez la présentation technique du nouveau Specialized Enduro 2017 ici : www.vojomag.com/specialized-enduro-2017-evolution-dans-la-discretion