Après avoir effectué un gros travail sur sa gamme de pneus d’enduro, Michelin révèle enfin au grand public ce qui équipait les roues de l’équipe BH Suntour KMC depuis près de deux ans. Deux modèles dédiés au cross-country sont présentés, le Jet XR et le Force XC, aux côtés de deux modèles dédiés aux pratique « all-mountain » faisant le pont jusqu’à l’enduro, le Force AM et le Wild AM.

Nous vous les présentions (ici) début Janvier, nous avons pu les essayer pendant quelques heures sur les reliefs de Mandelieu-la-Napoule au bord de la Méditerranée. Au programme, une première matinée au guidon d’un Canyon Exceed CF SL équipé des Force XC puis des Force AM. Nous basculions ensuite sur un Lapierre Zesty AM 927 pour découvrir les Wild AM. Le tout a été réalisé pour la première partie sous le regard de Jordan Sarrou et de Victor Koretzky, quand la seconde s’est déroulée dans les traces de Pierre-Edouard Ferry, Nicolas Quéré et Karim Amour.

Avant de rentrer dans les détails de la prise en mains, arrêtons nous sur les caractéristiques de cette nouvelle gamme, en compagnie de Vincent Ledieu, l’ingénieur en charge du développement de cette gamme.

On peut diviser ces nouveautés en deux : d’un côté le Jet XCR et le Force XC, tout deux dédiés au XC pur. De l’autre, le Force AM et le Wild AM couvrant les pratiques « all-mountain », la définition marketing de ce qui est probablement la pratique de Monsieur et Madame tout le monde. De la fin du XC au début de l’enduro, ces pneus sont là pour répondre à vos besoins.

Ces nouvelles carcasses, ces nouveaux dessins sont accompagnés de nouvelles gommes qui viennent affiner les produits proposés par Michelin. Comme tous les constructeurs, Michelin s’efforce de produire les pneus les « plus robustes », ceux qui apportent « le plus de grip » pour permettre à ses utilisateurs de « se lâcher ». Là où la marque pousse dans la bonne direction, c’est en travaillant au plus près des athlètes qu’elle sponsorise. C’est sur les circuits de coupe du Monde et aux Jeux Olympiques que la nouvelle gamme XC a été conçue et les pneus All-Mountain sont eux issus de l’expérience en enduro. Mais c’est également auprès d’un panel d’utilisateurs « lambda » que les produits sont travaillés et affinés.

Au total, la marque s’est lancé le défi de construire quatre gammes en trois ans. Aujourd’hui, c’est la « competition line » qui voit le jour avant de laisser la place, dans un second temps, à la « performance line ».

Sur cette gamme de pneus Michelin, le travail a commencé en 2014. En interne, c’est un échange entre les bureaux dédiés au VTT exclusivement et le centre de technologie Michelin qui s’opère. Les pneus bénéficient ainsi du savoir-faire de la marque sur les pneus hiver de voitures, mais également de motocross ou même de poids lourds. Le contact avec le terrain permet ensuite d’affiner le gros du travail. On repérait déjà les premières moutures des pneus de cross-country il y a presque deux ans.

En cross-country, le travail s’effectuait sur deux axes : le grip et le rendement. Pour un compétiteur, connaître le comportement de ses pneus permet d’être serein mentalement et physiquement. Au final, c’est de l’énergie qui est économisée dans ce sport où tout est « à la limite ». La recherche de contrôle va également dans ce sens quand on crève moins : moins de temps passé à réparer en zone, c’est moins de temps perdu. En 2016, Pierre Lebreton, le team manager de l’équipe BH Suntour KMC, annonce 8 crevaisons pour 12 pilotes, sur 45 à 50 jours de course. Sur les deux pneus de cross-country, doser la souplesse du pneu a été un enjeu crucial.

Dans la gamme All-Mountain, avec le Force AM et le Wild AM, l’accent a là aussi été mis sur le grip mais également sur la robustesse car les vitesses d’utilisation sont plus élevées.

Mais pour quel terrain utiliser chaque pneu ? Michelin répond simplement avec un schéma assez explicite. On repère également les deux combinaisons intermédiaires proposées. Si chaque pneu peut être adapté pour une monte à l’avant comme à l’arrière, combiner le Force XC à l’avant au JET XCR à l’arrière peut-être une bonne solution en XC, tout comme une combinaison du Wild AM et du Force AM en all-mountain.

Deux mélanges de gommes ont été développés pour donner du caractère aux dessins des pneus et Michelin travaille avec des gommes qui lui sont propres. On retrouve l’appellation GUM-X fidèle à Michelin mais on distinguera la gomme GUM-X2D, qui mélange deux gommes différentes et qui équipe le JET XCR, de la GUM-X3D qui équipe elle les trois autres pneus. Cette dernière mélange trois gommes : une sous-couche, une couche supérieure et une gomme différente pour les flancs. L’ensemble est supposée apporter « performance, traction et adhérence ».

Michelin Force AM
Michelin Force XC

Trois carcasses sont également disponibles. On retrouvera la Raceshield, la plus légère, la Crossshield pour le Force XC et la Trailshield pour le Force AM et le Wild AM.

Michelin Jet XCR

C’est ce pneu qui équipera prioritairement les vélos des équipes pro. Sans concession, il a été conçu pour le cross-country pur. Son profil est très rond et son dessins dispose des petits crampons jusque sur les flancs. En roulant, le pneu se déforme légèrement et les crampons latéraux viennent facilement au contact du terrain. Pour ce modèle, c’est principalement le grip qui a été recherché. La bande de roulement le destine plutôt aux terrains secs et roulants. Sa carcasse légère et ses 3×150 TPI est baptisée « Race Shield ». La gomme du pneu est double et baptisée GUMX-2D, elle offre une première couche « race-compound » et une seconde couche plus souple pour le grip des crampons. Le pneu peut se concevoir comme une monte arrière ou avant sur terrain sec et sur un terrain plus meuble. La marque propose de l’associer à un Michelin Force XC.

Il faudra attendre le mois d’octobre pour espérer les voir chausser nos pneus et nous n’avons pas eu l’opportunité de rouler avec lors de la présentation. Le poids du pneu n’est pas encore connu, ni son prix.

Michelin Force XC

Ce pneu offrira, par sa polyvalence, de plus grandes perspectives à la majorité des amateurs de XC. Son dessin offre davantage de contraste et des crampons latéraux plus haut. La bande de roulement rappelle un petit peu celle de « l’Enduro Rear » présenté l’an passé. On retrouve un mélange de trois gommes GUM-X3D avec deux couches sur le dessus, comme pour le Jet XCR, et une gomme supplémentaire pour les crampons latéraux. Sa carcasse se renforce légèrement et devient « cross-shield » avec tissage 3×110 TPI. Le pneu sera disponible en 26 pouces, 27,5 pouces et 29 pouces pour des sections allant de 2.1 à 2.25. Le modèle est déjà disponible et s’échange pour une quarantaine d’euros pour un poids annoncé d’environ 630 grammes (29×2.1). Du côté de la monte, le Force XC se veut polyvalent et relativement à l’aise sur les terrains mixtes ou plus mous. La marque le conseille surtout comme un pneu avant, en combinaison avec le Jet en XC.

Prise en main 

Le Michelin Jet XCR n’étant pas encore disponible, c’est sur le Force XC que nous avons fait nos premiers tours de roues sur le terrain très sec et rocailleur de Mandelieu. Au guidon d’un Canyon CF SL et dans le sillage de Jordan Sarrou et Victor Koretzky (quand on le pouvait), nous avons tourné pendant une matinée sur une petite boucle test. Le tout ne nous laisse pas de quoi tirer des conclusions mais nous donne simplement quelques premières sensations. Sur les conseils de la marque, nous avons fait évoluer les pressions à l’avant comme à l’arrière entre deux boucles. Ces pneus ont été développés en accord avec les largeur de jantes « futures ». Pour ce modèle de XC, c’est donc sur des largeurs comprises entre 21 et 25mm que les pneus ont été calibrés pour offrir des performances homogènes.

On commence en tâtonnant avec 1.6bars devant et 1.7 derrière et très rapidement, on évacue de l’air pour voir le pneu se révéler. Le dessin offre un super compromis entre la bande de roulement qui se déforme pour vraiment coller au sol et des crampons latéraux qui font bien leur travail. Le relief plutôt rond permet de sentir le pneu évoluer dans le grip et on évite ainsi les mauvaises surprises et les décrochages intempestifs. On a confiance dans ce pneu et on a toujours envie de descendre plus bas en pression, une chose dont les pros ne se privent pas. On le répète, il est trop tôt pour tirer la moindre conclusion mais le pneu n’a montré aucune faiblesse en montée et en descente, on lui fait confiance !

Michelin Force AM

Avec le Force AM, on change d’univers et on passe sur des modèles plus robustes où la légèreté est en retrait. Le dessin du Force AM offre les mêmes grandes lignes que son petit frère le Force XC. Les crampons sont toutefois plus proéminents et la carcasse est elle aussi plus robuste avec sa nappe de renfort haute densité et ses 3x60TPI. La gomme utilisée est la même que sur le Force XC et c’est donc une combinaison de trois d’entre elles qui font la gomme « GUM-X3D ». Il est conseillé par la marque pour une monte sur terrain sec et dur et s’associe très bien à un Wild AM à l’avant pour une monte polyvalente. Michelin annonce également que le Force AM est approprié sur un vélo électrique et il existera une section 2.6. Le poids des pneus n’est pas connu mais devrait tourner autour de 800 grammes. On repère également le pneu à un tarif avoisinant les 40 euros sur les grandes boutiques en ligne.

Prise en main : 

On change d’univers et on peut « attaquer » avec un petit peu plus sérénité que le Force XC. Le Force AM et le Wild AM ont eux été développés sur des jantes plus larges allant jusqu’à 30mm. On sent que le comportement est le même que sur le Force XC, plutôt bon, mais le pneu se déforme moins pour coller à une pratique plus polyvalente. Là encore, le profil assez rond le rend très prévisible et on peut « rentrer dedans » avec encore plus de sérénité. Evidemment, en montée, le poids augmente un petit peu mais c’est loin d’être éliminatoire. On termine notre boucle avec 1.4 bars derrière et 1.35 devant. Le pneu sera probablement trop lourd pour des amateurs de cross-country mais on voit mal ce qui pourrait freiner sa monte à l’arrière pour une grande majorité des autres pratiquants de All-Mountain. En fin de journée, en jetant un coup d’oeil aux pneus, on repère que les roches abrasives ont déjà laissé des marques sur ces derniers.

Michelin Wild AM

C’est le plus radical des quatre pneus et son nom le positionne presque dans la famille des pneus « enduro ». Le dessin et les crampons n’ont là plus rien en commun avec la gamme Force. Pour exceller sur les terrains « mixtes », le pneu est plus incisif et les crampons sont bien plus larges et proéminents. Il est donc plus facile pour eux de se déformer pour rester au contact du terrain. On retrouve la même carcasse Trailshield que sur le Force AM et le mélange de trois gommes est identique. Le pneu sera commercialisé en juin à un poids et un tarif encore inconnus. Là encore, Michelin communique sur la compatibilité de ce pneu avec les exigences des vélos électriques.

Prise en main:

C’est sur un Lapierre Zesty AM 927 que nous basculons pour découvrir les Wild AM. On sent tout de suite qu’on change à nouveau de registre. Les pneus sont plus carrés, les crampons plus hauts et la carcasse semble vraiment robuste. Sur la piste de la Bigreen sur les hauteurs de Mandelieu, on retrouve une vrai stabilité dans ce pneu qui ne se dérobe à aucun moment. Sur les rochers ou dans le sable, les crampons latéraux ont su faire preuve de souplesse pour rester au contact, mais le profil du pneu induit un décrochage plus brutal que pour un pneu rond comme le Force. Le comportement au freinage a également été bluffant, le pneu « plante » et son profil lui permet de rester stable. On envisage très bien ce pneu comme une monte avant, combiné à un Force AM à l’arrière.

Cette première découverte nous a également permis de rouler et de discuter avec des pros. De son côté, Victor Koretzky est particulièrement conquis par le grip des nouveaux pneus et particulièrement du Jet dont les crampons sont en permanence en contact avec le sol. Il utilise des sections de 2.25 à l’avant comme à l’arrière. Les pilotes de l’équipe apprécient également les qualités de rebond des pneus qui permettent de rester dynamique et de limiter les crevaisons. Jordan Sarrou nous confiait lui les pressions qu’il utilise dans ses pneus et on comprend que tout doit être sélectionné en fonction du terrain et de la finesse de pilotage. Il roule en moyenne à 1.3 bars à l’avant comme à l’arrière.

En attendant les infos sur les poids et les prix de tous les modèles, retrouvez plus d’infos sur le site de la marque : bike.michelin.com/fr/vtt

Photos : Michelin – Stephane Candé, Jérémie Reuiller, Manu Molle, Nicolas Joly.