Tiens, un cadre titane. “Encore un”, serait-on presque tenté de dire. Dessiné en France puis soudé en Asie, on connaît la musique : d’autres l’ont fait avant les Cycles Leon. Puis on discute avec David Robert, le fondateur, et on se rend compte que cette petite marque française ne manque pas d’intérêt, principalement car au-delà du produit lui-même, c’est le dialogue et les conseils du “mentor” qui vont permettre d’arriver à un vélo sur-mesure depuis le cadre jusqu’aux équipements. Rencontre avec “monsieur Leon” et deux de ses réalisations dont nous avons pu prendre les commandes.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-18Monsieur Leon… s’appelle en réalité David Robert. “En fait, si j’avais eu un fils, il se serait appelé Leon. Mais j’ai eu deux filles. Quand j’ai lancé ma marque de vélos, ce choix s’est imposé très rapidement”.  Et on comprend tout de suite la symbolique. Le parcours de notre homme permet de mieux comprendre son envie de se lancer.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-31J’ai bien connu Ferraroli, un célèbre cadreur qui, dans les années 80′, était considéré comme un des meilleurs au monde. J’étais champion de Lorraine de descente et il me sponsorisait. Je roulais avec ses vélos, équipés des fourches ATZ et je l’aidais dans le développement des vélos, principalement pour les géométries. J’en vendais aussi, puisque je travaillais pour un gros magasin de la région de Metz. J’ai connu son heure de gloire… mais aussi sa chute. Et j’en ai tiré pas mal d’enseignements pour lancer ma propre marque”.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-74Ensuite, David a donné une autre orientation à sa carrière en devenant acheteur chez GoSport puis commercial dans la grande distribution. “Je vendais du cacao… bref, plus grand chose à voir. Mais le vélo m’a rappelé à lui. Tout simplement car je me suis rendu compte que j’avais du mal à trouver le vélo qui me convenait parfaitement. J’ai été étonné que plus personne ou presque ne s’intéresse au titane. Et j’ai cherché à savoir pourquoi car sur le papier, c’est toujours un matériau assez extraordinaire pour fabriquer des vélos”.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-39L’étude menée par David montre que le principal frein à l’achat d’un vélo en titane, c’est le prix. “J’ai donc fait la démarche à l’envers et regardé comment proposer du titane de qualité à moins de 2000€”. Et au fil de ses recherches, David se rend vite compte qu’il est possible de proposer du vrai sur-mesure sans exploser les budgets :

Le sur-mesure est de série. Il n’y a que la peinture personnalisée qui est en option.

Il n’y a pas de moule, pas de gabarit tout fait. Chaque cadre est soudé à l’unité de toute façon. Je ne comprends donc pas les marques qui demandent des suppléments de plusieurs centaines d’euros pour faire du sur-mesure. Nous avons 8 tailles de base, mais s’il faut en sortir, ce n’est pas un souci. Idem pour les standards, on peut tout faire. Chez nous, il n’y a que la peinture personnalisée qui est en option. Elle coûte 500€ et elle est réalisée en France par un artiste du monde de la moto qui travaille sans décalcomanies, uniquement au pochoir”. 

Ici, pour 1600€ avec frais de port, le client a droit non seulement à une géométrie personnalisée, mais aussi à des tubes dont les sections et les épaisseurs sont sélectionnées selon la taille, le poids et la pratique du pilote. “Je voulais pouvoir choisir le diamètre des tubes pour chaque cadre, comme on peut le faire chez Seven par exemple, pour pouvoir personnaliser aussi le comportement du vélo. Je me fournis chez Timet… qui est en fait le plus gros fournisseur mondial et le même que toutes les grandes marques. C’est la caverne d’Ali-Baba du titane, qu’on soit dans le milieu du vélo ou dans l’aéronautique.”

Par contre, les Cycles Leon sont produits en Asie, et c’est clairement annoncé dès la page d’accueil du site Web de la marque : “J’ai essayé de produire en France, mais pour le moment je n’y ai, hélas, pas trouvé le même rapport qualité/prix. En fait, pour tout dire, je n’y ai juste pas trouvé la qualité. J’ai fait plusieurs tests mais j’ai eu des cadres mal alignés et des tubes dont on ne parvenait jamais à me donner la provenance. Puis, en Asie, j’ai trouvé mon bonheur chez HTTC qui soude mes tubes comme ils le font pour pas mal de grands noms comme Lynskey par exemple”. 

On m’a dit que le titane était mort. C’est justement ça qui m’a intéressé !

Après 4 ans de recherches et de développement, la marque a été lancée au début de l’année 2016 et le succès est au rendez-vous. A l’heure d’écrire ces lignes, c’est plus de 80 vélos Leon qui circulent déjà. “On m’a dit que le titane était mort. Mais il n’est mort que chez les grandes marques qui préfèrent le carbone, ainsi que chez ceux qui le proposent à des prix trop élevés sans avoir la qualité et la réputation de marques comme Seven ou Moots. Cela laisse de la place pour de petits acteurs comme nous”.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-14Au-delà de l’objet lui-même, nous avons aussi trouvé intéressant que Leon se démarque dans la démarche et le contact avec l’acheteur potentiel. Comme chez Seven, le contact avec le client démarre par un questionnaire, voire même une rencontre si la proximité géographique le permet. “Dans le meilleur des cas, je vais même rouler avec la personne”, explique David. Le but étant de vraiment bien connaître la personne, savoir ce qu’elle veut… mais aussi ce qu’elle ne veut pas ou plus. “On s’adresse à un public qui a déjà une certaine expérience. Ils ont eu des vélos qu’ils ont adoré par le passé, mais aussi souvent de mauvais souvenirs. On part de tout ce vécu pour dessiner le cadre et faire la proposition custom”.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-6Au-delà du cadre, David a aussi sélectionné une série de composants en se basant sur son expérience et les nombreuses heures de selle qu’il continue d’enquiller chaque semaine. Il n’y a pas d’obligation car les vélos sont vendus en cadre seul, mais la réalisation de montages complets est aussi possible. Parmi les marques sélectionnées, on retrouve Duke et RAR pour les roues, Magura en fourche et freins, 3T, Reverse, Race Face et Enve pour les composants (“mais pas pour les roues ! Le comportement des Enve ne me plaît pas, c’est trop raide”… tiens tiens, voilà qui ressemble fort aux conclusions de notre grand dossier roues carbone), ainsi que WTB pour les roues et les pneus. Si la démarche nous plait et si, au fil de la discussion avec David, nous constatons que nous partageons beaucoup de ses analyses, nous avons profité de notre rencontre pour voir ce que tout cela donne sur le terrain.

Prise en main : Leon Torrentibus et Torrentibus 29″

Lors de notre rencontre, David est venu avec deux vélos : un Leon Torrentibus en 27,5″ avec un cadre “classique” (à droite) et la version 29″ dans une exécution un peu particulière “triple triangle” qui montre l’étendue des possibilités de la marque quand il s’agit de faire du sur-mesure (à gauche). “Le but est de conserver des bases hyper courtes de 425mm, même en 29 pouces, et un arrière super compact pour la vivacité”.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-12Les cadres sont en titane 3/2.5 de grade 9 avec une finition brossée et des soudures magnifiques de régularité. Le cintrage des tubes et plusieurs petits détails montrent un haut niveau de qualité dans la réalisation. Voilà qui met en confiance, même si on a déjà vu de beaux vélos en titane s’avérer être mous du genou une fois sur le terrain.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-73Ici, David nous assure que tout a justement été fait pour éviter ce piège du titane. “Je déteste quand un vélo manque de réactivité, quand il a l’air paresseux. Ca arrive hélas parfois avec le titane mais ici j’ai tout fait pour que cela n’arrive pas, depuis le choix des tubes, de leur épaisseur, jusqu’à la géométrie et à la mise en oeuvre avec notamment un boîtier de pédalier bien verrouillé et une partie basse du cadre (tube diagonal, boîtier et bases) qui met l’accent sur la rigidité pendant que le haut va assurer le confort”.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-78Sur le terrain, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que le cocktail est très réussi. Pour avoir eu la chance de rouler plusieurs fois en Seven (un 26” à l’époque), ainsi qu’en Merlin (Nico, le testeur qui nous a accompagné lors de cette journée en a possédé un pendant plusieurs années) ce sont les premières références qui viennent à l’esprit.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-55Les relances sont tranchantes, vives, explosives, avec un peu plus de douceur que sur les cadres en carbone les plus nerveux, mais avec une très grande impression de vivacité qui se dégage immédiatement. La version 27,5” est évidemment celle qui donne le plus de sensations, mais le 29” n’est pas en reste et les deux montrent un esprit de famille très marqué.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-60Là où Leon montre qu’il sait aussi se hisser au niveau des meilleurs, c’est au niveau du confort. Quelle tolérance ! Quelle facilité dans le défoncé ! Rares sont les vélos que nous avons testés qui arrivent à un tel niveau de subtilité. Sur le 27,5”, l’intelligence du montage est aussi à souligner puisque les roues Duke Lucky Jack et les pneus WTB à gros ballon jouent un rôle non négligeable au niveau de la filtration des vibrations et de la qualité du contact avec le terrain.

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-61La géométrie se montre aussi au niveau de ce qu’on rencontre de mieux lors de nos nombreux tests. Le 27,5” est agile comme on l’attend d’un tel châssis, mais c’est surtout le 29” qui épate à ce niveau. Rien à voir avec le “titane à papa”, on est sur un vélo performant mais avant tout ludique. On va vite… mais on s’éclate. Ou plutôt : on va vite parce qu’on s’éclate !

cycles_leon_decouverte_copyright_obeart_vojomag-1-2Bref, si au début nous étions un peu sceptiques par rapport à cette marque dans la mesure où nous ne saisissions pas directement ce qu’elle apportait en plus par rapport aux acteurs déjà présents sur le marché (quasi tout le monde peut aujourd’hui acheter en Asie et “créer sa marque”), la rencontre avec David et surtout l’essai de ces deux réalisations nous a plus que convaincus qu’il y a bien quelque chose de différent avec ces vélos : leur créateur a réussi à leur donner une âme.

leon_full_roc_2016_copyright_obeart_vojomag-2Aujourd’hui, la marque pense à d’autres projets, comme un full suspendu. Le premier exemplaire a été montré lors du dernier Roc d’Azur. “On entend souvent dire que le titane n’est pas utile sur un full, mais je ne le pense pas. Le but est de faire un vélo léger, fiable et très rigide, dont le bras arrière joue sur la flexibilité du titane pour se passer de point de pivot au niveau de l’axe de roue”.

“On est sur des roues de 29” avec une géométrie moderne: tube supérieur long, tube de selle assez droit, direction couchée et douille courte. Les tests viennent de commencer pour voir si on arrive au résultat souhaité. Je teste aussi beaucoup d’amortisseurs, comme ce Cane Creek qui est vraiment pas mal du tout. Tel quel, on sort à 10,22kg et le but est de le proposer autour de 1800€ pour le cadre seul”. Ici aussi, vivement la suite. Et vivement le test !

Plus d’infos : Cycles Leon