Il y a quelques années encore, le Rwanda faisait la une de l’actualité pour de très macabres raisons. Aujourd’hui, dans un pays globalement pacifié, chacun tente de se reconstruire. De revivre. Entre autres choses, le sport en général, ainsi que le cyclisme et le vtt apportent leur pierre à l’édifice. Pour ses meilleurs éléments, le pays voit grand afin de changer son image et d’aider les populations à retrouver une nouvelle fierté. C’est ainsi que Simon Hupperetz, jeune coach belge, formateur UCI, s’est retrouvé au Rwanda pour prêter main forte à l’équipe nationale de vtt et l’aider à se faire remarquer au niveau international. Avec, pour but ultime, les Jeux Olympiques de Rio ! Pour Vojo, Simon vous fait découvrir ce pays et cette aventure de l’intérieur grâce à une série de chroniques qui s’ouvre avec une “lettre à mes amis bikers”.

12065520_10207936001016684_7688721907697775968_n“Amakuru” chers bikers ? Moi, ça va plutôt fort bien en ce mois de février, au cœur de l’Afrique. Ici, il n’y a pas de saisons bien distinctes comme nous les connaissons chez nous, mais des périodes pluvieuses et d’autres plus sèches. A Musanze ou Ruhengeri, ville de passage en direction de la RDC, je profite d’un après-midi paisible, retranché dans mon bureau improvisé, pour vous faire part de mes premiers tours de roue au Rwanda.

Sans titreDes roues qui tournent, ce n’est pas ce qui manque au pays des mille collines. Celles des coureurs professionnels logés au centre Africa Rising ne passent pas inaperçues car ce sont eux les stars du pays : Valens, Nathan, Abraham, Gasore, Rafiki, pour ne citer que les plus connus. Valens, 21 ans est aussi appelé ‘’le prince de Rwamagana’’, pas seulement pour son style branché et son sourire charmeur, mais bien plus pour ses résultats. A Kigali, nombreuses sont les publicités qui les mettent en avant, flanquées de titres comme ‘’You are the pride of Rwanda’’ (Vous êtes la fierté du Rwanda). Signe que depuis mon premier séjour en 2013, le cyclisme a évolué dans la bonne direction : celle du professionnalisme et surtout de la reconnaissance d’un sport fait pour être pratiqué ici, au cœur de l’Afrique.

1-Rwanda_Simon_VojoC’est donc en tant que coach de l’équipe nationale rwandaise que je me suis envolé de Bruxelles il y a quelques mois. Contacté par Jock Boyer, premier américain à avoir participé à la grande boucle, et manager du Team Rwanda, j’ai sauté sur l’occasion. Actif comme coach et entraîneur dans le monde du vtt depuis 2000, j’ai pu travailler pour les fédérations du pays à quelques reprises. Ce dans quoi je m’épanouis le plus est certainement le coaching d’athlètes, c’est dans ce domaine que je me sens performant et que j’aime m’investir. En tant qu’expert formateur pour l’UCI, j’ai la chance de parcourir le monde afin d’aider les coachs et entraineurs à se former. C’est d’ailleurs de cette façon qu’en 2013, j’ai posé les pieds pour la première fois en Afrique noire. Le métier de professeur de langues que j’exerçais depuis trois ans n’était plus ma priorité, un choix pas facile !

12108214_10208039495763988_8900680061513393331_nMais quel émerveillement lorsque j’ai découvert mon nouveau lieu de travail : un magnifique centre dédié au cyclisme. Cuisinier, coachs, professeurs de langues, motos, matériel de pointe, jardin, masseurs, ateliers vélo : rien n’y manque ou presque. Installé en dehors de la ville, au pied des volcans du parc de Virunga, ce centre héberge une petite vingtaine de coureurs. Certains font partie de l’équipe depuis longtemps (2006). D’autres, sont arrivés dernièrement.

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Testés à plus de 6 watts/kilo, les talents émergent souvent de courses de recrutement, courues sur des vélos de transport. Revenons un peu en arrière : 2006 est l’année de lancement du Team Rwanda, une équipe en forte évolution. En 2015 un rwandais à décroché l’or au championnat africain, cinq coureurs étaient alignés à Richmond pour les Worlds sur route et un athlète était présent aux championnats du monde à Andorre. L’objectif en 2017 sera de figurer parmi les trois meilleures nations africaines. “It’s only a question of time”.

Le VTT, une discipline de choix !

Moins connus au Rwanda, les bolides à crampons armés de ‘’pistons’’, comme on dit ici pour désigner les suspensions, font moins partie de la culture cycliste. Pourtant, avec ses collines, volcans, lacs, forêts aux rochers de lave, single-tracks sans fin,… le Rwanda offre un terrain de jeu d’une beauté que je ne connaissais pas. Le circuit de XCO des derniers championnats africains (2015) frôle l’arrière de ma maison. Les villageois, rémunérés pour la coupe des arbres, me viendront en aide dans les semaines à venir pour la confection d’un circuit de cross-country typé haut niveau, mon premier projet.

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Nathan Byukusenge, seul représentant rwandais au dernier mondial à Vallnord, n’attend qu’une chose : s’entraîner spécifiquement pour le vtt. Cette mission, je la mènerai jusqu’à Rio. Les JO, c’est demain, mais un long chemin nous attend, avec autant de défis à réaliser et de vidéos à analyser que de kilomètres à parcourir. Si le budget est là, Nathan espère venir colorer le peloton de bikers sur les coupes du Monde en Europe, mais y arriverons-nous ?

Un quotidien chamboulé

Avant de débarquer en Afrique, toi le blanc, le blanc bien préparé grâce aux guides et Routards pour touristes, tu sais que tu devras t’adapter, adopter un autre mode de fonctionnement, faire des compromis côté confort et habitudes alimentaires… et effectivement c’est un peu le cas. Rien d’aussi impressionnant que décrété dans certains guides, mais ces sont de gros changements quand-même. Pour ma part, le changement d’environnement ne me pèse pas trop. Les bruits, les odeurs, le(s) climat(s), les saisons,… tout est à redécouvrir. Mais j’aime ça !

‘’Qu’est-ce que vous avez tous à me regarder comme un singe ?’’

2-Rwanda_Simon_VojoCe que j’apprécie particulièrement dans mon nouveau quotidien, se sont les gens. Partout il y en a, partout ils te repèrent, partout tu es vu comme le ‘’Mzungu’’, partout on te siffle, on t’appelle. L’autre jour, en pleine souffrance dans le col qui mène au lac Kivu, des enfants couraient derrière mon vélo en criant : ’’Muzungu, Muzunguuu, Muzunguuuuuuuu’’. Ma forme ne me permettant pas d’accélérer pour les lâcher, ces cris commençaient à m’énerver. Grâce à ma lucidité, un simple écart sur la droite de la route allié à une certaine dose d’agilité les as refroidis. Il faut s’y faire.

Alors que tu te crois au calme et bien seul, des têtes apparaissent d’un peu partout…

Sur les marchés, le long de la route, dans les champs, les gens se retrouvent, travaillent ensemble ou discutent. Non, ce n’est pas parce qu’il fait beau et que ce sont les vacances, c’est juste normal. Ici, les gens prennent le temps de discuter, de créer du lien et de communiquer. Tu t’arrêtes au milieu des champs pour déguster ta dernière banane et alors que tu te crois au calme et bien seul, des têtes apparaissent d’un peu partout. D’abord des enfants, les plus curieux, puis leurs parents et en dernier, on te présente les bébés. Ceux-ci n’ont parfois jamais vu de blanc et sont terrorisés. Le temps de prendre un selfie et de repartir, tu réalises que tu es entouré d’une horde de petites têtes qui t’observent toi et ta monture. Ce sentiment est agréable et dépaysant dans un premier temps, il peut néanmoins vite devenir irritant.

N5Réveil avant 6 heures ? J’ai réalisé que même pour moi, c’était possible. Je dirais même qu’ici, c’est indispensable. Dès l’ouverture de la porte de ma maison, c’est souvent un soleil généreux qui me réchauffe de la tête aux pieds. Désolé pour vous les gars, mais ici c’est slashs, short et t-shirt au réveil. L’après-midi par contre, la pluie tombe, et elle laisse place en soirée à de la brume, mélangée aux feux de bois des villageois qui donne une ambiance barbecue en juillet qui e rappelle ma Belgique natale.

“Rwanda nziza” : les premiers mots de l’hymne du Rwanda.

Plus les semaines passent et plus je trouve que le Rwanda est ‘’nziza’’ : beau. En novembre il a plu assez fréquemment mais décembre à laisse place à des journées splendides et plus chaudes. C’était un peu comme le printemps que revenait. Le champ de maïs derrière chez moi pousse à toute vitesse, c’est la période des récoltes qui va commencer. Après avoir connu des journées humides et riches en averses, je constate que ces dernières semaines ont été assez sèches. Soleil à profusion, conditions donc parfaites pour s’entraîner sur les trails secs et poussiéreux. Il ne faut cependant pas se croire hors de danger : sous cette couche de poussière se cache un sol lisse et qui ne pardonne pas en cas de freinage trop appuyé.

3-Rwanda_Simon_VojoDepuis mon arrivée, j’ai aussi vécu une aventure extraordinaire avec le Tour du Rwanda. Difficile pour moi de vous résumer cette semaine de fête, de suspens et d’émotions tant il y a eu des beaux moments. Le cyclisme a pris de l’ampleur au Rwanda et ça se voit partout. Du siège de ma Toyota, j’ai découvert le métier de directeur sportif. Des étapes parfois longues et montagneuses, des chutes, crevaisons, liaisons après les étapes, victoires, rencontres enrichissantes, liesse populaire, interviews et sourires, voilà quelques mots qui résument à mon sens une semaine incroyable avec le Team Rwanda. Sur le plan sportif, c’est le rwandais Jean Bosco Nsengimana qui a remporté le classement final du Tour. Bosco a décroché un contrat dans l’équipe allemande Bike Aid pour 2016 : ça y est, le cyclisme rwandis s’internationalise !

J’ai profité de ces quelques semaines de calme pour établir un plan destiné à faire évoluer Nathan vers son objectif : les jeux de Rio.

Après le Tour nous avons marqué une pause dans le calendrier chargé de l’équipe. Un break bien mérité après des mois de préparation. J’ai profité de ces quelques semaines de calme pour établir un plan destiné à faire évoluer Nathan vers son objectif : les jeux de Rio. Avant cela, il y aura aussi le Cape Epic en Afrique du Sud. Pour sa 4e participation à l’épreuve, il fallait trouver à Nathan un partenaire de choix, si possible plus fort que lui. Pour l’édition 2016, le grimpeur de poche rwandais fera équipe avec le Sud-Africain Thinus Redelinghuys, un spécialiste des longues distances. Ce duo 100% africain se rencontrera pour la première fois quelques jours avant le départ de l’épreuve.

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En vous disant ça, Nathan me fait des signes en arrivant au guidon de son Scott Scale, ex-Florian Vogel. Nous partons pour un entraînement vtt dans les alentours, rien de tel pour terminer la journée. On s’écrit vite !

Suivez les aventures du team Rwanda sur sa page Facebook, et rendez-vous très vite pour d’autres récits de Simon et de ses coureurs en route vers Rio !

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