Test | Sunn Shamann S1 : la magie opère à nouveau !

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30 avril 2018 — Olivier Béart

Sunn Shamann S1 : le test terrain

Rouler en Sunn Shamann S1 et espérer être discret, c’est tout simplement impossible. Entre ses lignes, ses couleurs et sa parure de tigre, il sait se faire remarquer. Le nom évoque aussi beaucoup de bons souvenirs aux bikers que nous avons croisés et on mesure le capital sympathie que la marque a réussi à conserver. Pour un retour, elle a choisi de se faire remarquer, c’est très bien, et on aime aussi l’originalité des lignes du vélo, mais on espère tout de même un retour à des couleurs un peu moins tape-à-l’œil à l’avenir.

Quand on se pose sur le vélo, on se sent directement sur un pur crosseur, mais moderne et déluré. Cadre long, potence courte, un peu d’angle devant : on a envie d’aller en découdre directement sur des sentiers bien techniques. La position est fort sur l’avant et on a laissé pas mal d’entretoises sous la potence mais malgré cela, d’emblée, on se sent à l’aise, on s’envoie en l’air à la moindre bosse et on a l’impression de faire corps avec le vélo et de le connaitre depuis toujours alors que cela ne fait que quelques minutes. Par contre, un point va venir un peu contrarier le début de nos aventures avec le Sunn Shamann S1.

Alors que nous effectuions les premiers tours de roues avec notre vélo de test et que nous cherchions encore les réglages, la biellette de suspension s’est arrachée sur une réception de saut (comme on en rencontre sur les XC contemporains). Le bruit était impressionnant, mais le pilote n’est pas tombé et n’a pas été blessé. Sunn a bien évidemment été très ennuyé par ce problème, mais il faut souligner que la marque n’a pas cherché d’excuses bidon et a fait face à ses responsabilités : “Ce n’est pas une pré-série, donc nous n’avons pas d’excuses, cela ne doit pas arriver. Nous faisons très attention au contrôle qualité et les pièces sont pesées et vérifiées pour voir si on est bien dans les tolérances ou s’il ne manque pas une couche de carbone ou qu’un élément n’a pas été mal placé. Or, c’est visiblement ce qui s’est passé ici. Nous avons déjà pas mal de vélos qui roulent et c’est le premier souci de ce type que nous rencontrons. C’est déjà un en trop et nous allons encore renforcer nos contrôles. C’est aussi bien évidemment couvert par la garantie,” nous explique Baptiste Colrat, le responsable de la marque. Bien sûr, nous aurions préféré que cela ne nous arrive pas, mais on saluera tout de même le discours sans langue de bois.

Une semaine plus tard, nous recevions un nouveau vélo… que nous avons testé pendant plus d’un mois et à qui nous avons mis double dose lors du test pour vérifier qu’il n’y a pas de réel défaut de conception de la biellette. Ne faisons pas durer le suspense : le second Shamann a tenu sans souci. Bref, nous nous devions absolument de vous relater cet incident par souci de transparence, mais il ne faut pas en déduire que le Shamann est un vélo fragile.

Retour au test, avec le petit nouveau. Comme évoqué au chapitre consacré à la suspension, nous avons passé un peu de temps sur les réglages. D’autant que la mesure du SAG est peu aisée vu la position de l’amortisseur. Mais nous avons fini par y arriver ! Voilà, ça y est, le test peut vraiment commencer. Après avoir apprivoisé la bête et ses réglages, le charme a très vite (re)commencé à opérer. Le Sunn Shamann nous a immédiatement fait penser au Scott Spark pour ses énormes capacités et descente et dans les côtes techniques.

Même avec la selle haute et avec un avant bas, la géométrie du vélo met tellement en confiance que nous sommes venus à bout sans mal de plusieurs spéciales d’enduro et de zones dans lesquelles un vélo de XC “normal” capitule normalement très vite. Une pure réussite, qui rend le vélo particulièrement attachant.

Le Sunn Shamann est un véritable jouet avec lequel on fait absolument tout ce qu’on veut. Authentique cabri qui s’envoie en l’air à la moindre impulsion, il est aussi doté de suspensions qui suivent bien son caractère déluré. C’est surtout le cas de l’arrière qui, une fois le bon réglage trouvé, suit particulièrement bien les reliefs du terrain et ne se montre jamais dépassé. Malgré la suspension sans point de pivot arrière, il n’y a pas d’effet “lame”, avec un retour trop rapide ou de tressaillements sur les successions d’impacts. Le pompage est aussi très bien maîtrisé et il n’y a pas d’affaissement en côte quand on porte le poids sur l’arrière. Le blocage au guidon ne nous a pas manqué, et c’est le signe d’une cinématique aboutie et bien pensée.

La fourche RockShox SID RL n’est pas dotée d’une hydraulique dernier cri, de sorte qu’elle a tendance à pomper (là par contre le blocage au guidon n’aurait pas été superflu) et à ne pas faire preuve d’un comportement aussi raffiné que les versions plus haut de gamme avec cartouche Charger, mais elle tient la route et elle n’empêche pas de profiter pleinement du vélo. Idem pour les roues Mavic CrossMax, qui ne sont pas nos roues XC favorites, mais elles sont nettement plus performantes que la plupart des roues qu’on retrouve habituellement sur des fulls XC de cette catégorie de prix. Et, avec leurs nouvelles jantes plus larges, leur comportement s’est amélioré.

Côté performances, pas de souci : c’est une petite bombe. Le vélo est nerveux en relances, garde parfaitement la vitesse une fois qu’il est lancé et malgré un poids juste correct de 11,13kg (sans pédales), il dégage une vraie impression de légèreté. Il sait aussi se montrer confortable et son spectre d’utilisation ne se limitera pas juste au XC, mais pourra s’étendre sans mal au marathon et à des raids types Chemins du Soleil, voire une Transvé (avec une tige de selle télescopique au minimum, et quelques autres changements).

Au fil du temps, et lorsque nous avons fait des sorties plus longues à son guidon, nous avons noté le caractère assez tolérant du cadre et du vélo en général. Sa position demande toujours une certaine souplesse au niveau du dos et des cervicales car on est allongé et fort penché mais, quand on y prête attention, on note que, si la partie avant du cadre (direction) est très rigide, le boîtier de pédalier et le bras arrière sont nettement plus souples. Cela ne nous a pas dérangés car cela n’occasionne aucune réaction parasite. Mieux, on pense que ce cadre qui se donne dans les appuis et dans le défoncé facilite l’évolution dans les zones difficiles et épargne le pilote. On restera tout de même attentif aux roulements et aux articulations, car il semble y avoir pas mal d’efforts à ce niveau et il faudra voir leur évolution dans le temps.

Verdict

Avec ce nouveau Sunn Shamann, la marque fait honneur à son glorieux passé. C’est un vélo original (parfois même un peu trop au niveau du look), bien dans son époque et surtout, qui a une âme ! Le Shamann n’est pas parfait et l’expérience permettra sans doute à la marque d’améliorer quelques points, mais une chose est sûre : il donne une énorme banane quand on en prend les commandes. Il ne se contente pas d’être performant et rapide, il est aussi fun, joueur et parmi les XC les plus efficaces en descente qu’il nous ait été donné de tester. Voilà donc un gros coup de cœur qui, en plus, est proposé à un tarif intéressant par rapport à la concurrence. 

Plus d’infos : www.sunn.fr