Test | Sunn Shamann S1 : la magie opère à nouveau !

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30 avril 2018 — Olivier Béart

Le cadre

Sunn a un parti pris très fort au niveau du design, avec des lignes tendues et des angles acérés. Les haubans sont dans la continuité des bases, comme sur un hardtail, et les tubes sont pour la plupart très fins quand on les regarde de profil, mais bien plus massifs quand on les prend de haut.

Près de la douille de direction, très courte mais massive, le tube supérieur est plat et quatre petites rondeurs, purement esthétiques, rappellent l’emblème de la marque.

Le passage des gaines et de la Durit de frein arrière se fait par l’intérieur, mais on repasse en externe dès qu’on s’approche du boîtier de pédalier. Là, il faut contourner l’amortisseur. Une petite pièce maintient les câbles et Durit écartées et rien ne frotte, mais ça tient de l’horlogerie. Tout cela semble bien pensé, mais il faudra voir le vieillissement dans le temps.

Le tube de selle est sans aucun doute un des éléments les plus marquants sur le nouveau Sunn Shamann. En forme de “S”, ou presque d’éclair, il cache la biellette et le point de pivot principal de la suspension, ainsi que l’amortisseur. Ce dernier est très proche de la roue arrière, mais Sunn a eu la bonne idée de mettre une protection, qui s’est révélée efficace pendant notre test régulièrement mené en conditions humides.

Le cadre des Sunn Shamann S2 (entrée de gamme) et S1 (testé ici), utilise des fibres de carbone Toray 700 et 800, pas aussi légères que les 800/900 du modèle Finest haut de gamme. Sunn ne communique pas sur le poids du cadre de notre modèle, mais le haut de gamme est annoncé à 1950g. Pas un record, mais un joli score tout de même et on est dans la moyenne des cadres de XC de bon niveau. Même pour notre S1 qui doit tourner dans les 2200g, on reste sur de bonnes bases.

Petit détail de conception intéressant : pour arriver à réaliser les formes du tube de selle, Sunn a utilisé une technique originale, à savoir des plaques de carbone superposées les unes sur les autres au moulage. C’était le seul moyen pour arriver à produire ce type de design. A noter que la biellette est, elle aussi, en carbone et se confond complètement au tube de selle.

Cinématique et suspensions

Sous ses dehors complexes, le Sunn Shamann ne cache par contre pas de suspension hyper compliquée. On est sur un système de type mono-pivot à biellette, et un triangle arrière doté d’une zone de flex au niveau des haubans. Le débattement se fixe à 100mm.

C’est, par exemple et sur le plan pur de l’architecture, quelque chose de similaire au dernier Specialized Epic, ou encore au Scott Spark, mais avec à chaque fois une interprétation différente. Avec tout de même une différence de taille : sur le Sunn Shamann, l’ancrage bas de l’amortisseur se fait à même le point de pivot principal. Autre originalité, les haubans “rentrent” dans le triangle avant, alors qu’habituellement c’est l’inverse qui prévaut pour des questions de rigidité.

Cette suspension se montre très sensible au SAG de l’amortisseur. Nous sommes partis sur 25%, ce qui est une bonne base, pour évoluer ensuite vers 30%, où c’est confortable mais un peu mou, avant de sortir les outils de précision pour arriver à 27%. Là, on a trouvé le bon compromis. Par contre, à moins de 25%, c’est trop dur et la suspension ne se libère jamais. Il ne faudra pas non plus hésiter à jouer des volume spacers dans le corps de l’amortisseur.

Nous vous recommandons d’autant plus de rouler avec un SAG assez généreux sur ce vélo que sa suspension s’avère peu sensible au pompage. L’amortisseur RockShox Deluxe RL n’est pas doté d’un blocage au guidon, et cela ne nous a pas vraiment manqué. Du côté de la fourche par contre, un “remote” n’aurait pas été superflu car la SID RL est dotée de l’ancienne cartouche Motion Control qui ne permet par d’ajustement en compression basse vitesse (contrairement à la Charger). Là aussi, on a joué des volume spacers dans la chambre d’air pour pouvoir mettre moins de pression et améliorer la sensibilité sans aller directement au fond.

Géométrie

Au niveau des cotes, le Sunn Shamann S1 fait aussi des choix radicaux. Il n’y a que trois tailles au catalogue, mais un coup d’œil au tableau des géométries montre que Sunn a voulu faire une machine de caractère, faite pour un usage XC compétition sur les circuits contemporains et donc très techniques. On a donc un cadre très profond (450mm de reach en taille M quand on est plus souvent sur 430, voire bien moins, et quand on était souvent en dessous de 400 il y a quelques années) mais avec une potence courte (70mm). Avec de telles cotes, il ne faudra pas surtailler et pour nos pilotes entre 175 et 182cm, la taille M s’est avérée parfaite.

L’angle de direction de 69° s’inscrit dans la même veine, alors que le tube de selle très redressé vise à placer le pilote dans de bonnes dispositions au pédalage en côte et à ne pas trop déporter le poids sur l’arrière de la machine. Quant aux bases, elles sont bien courtes avec 435mm. Bref, long de l’avant, court de l’arrière, de l’angle : voilà un discours qu’on est habitué à entendre en enduro, et qui semble faire l’objet ici d’une belle transposition au XC !

Equipements

Le Sunn Shamann existe dans trois déclinaisons. Le S2 en entrée de gamme est proposé à 2499€ avec le même cadre que le S1 mais des équipements moins luxueux : CrossMax Elite, Shimano SLX, fourche RockShox Judy, etc. Tout en haut, on a le Finest avec son cadre plus léger, qui est en Sram XX1 Eagle, fourche SID World Cup et autres belles pièces pour un prix de 5799€. Quant au S1 testé ici, il se place pile entre les deux, avec un tarif de 3999€. On reste sur des tarifs qui ne sont pas accessibles à toutes les bourses, mais force est de constater que Sunn se place de manière très agressive par rapport à la concurrence !

Sur notre Sunn Shamann S1, on remarque que les chefs produit se sont bien creusés les méninges, et qu’il y a des gens qui roulent derrière ces choix de composants. Par exemple, on a des roues Mavic CrossMax Pro, qui ne sont pas nos modèles XC favoris mais qui restent tout de même des roues haut de gamme performantes et qui vont jouer un rôle majeur pour donner du “pep’s” au vélo. Elles sont aussi montées avec des pneus différenciés pour l’avant et l’arrière, avec un Hutchinson Python plus roulant derrière et un Taipan plus cramponné devant. Bravo !

Au niveau de la transmission, on a droit à un subtil mélange de SLX (pour la cassette 11/46, plutôt lourde), de XT (pour le shifter, précis et efficace) et de XTR (pour le dérailleur arrière, toujours aussi beau et efficace). Après tout, pourquoi pas ! Et cela fonctionne très bien. Quant au pédalier, il s’agit d’un Race Face Turbine, un peu plus original qu’un Shimano.

Sunn a aussi très intelligemment économisé quelques euros en dotant le Shamann S1 de freins Shimano SLX, aussi efficaces et légers que des XT mais un peu moins chers. Avec un disque de 180mm devant, ça freine fort et en toutes circonstances.

Enfin, du côté des accessoires, c’est un mélange de jolis composants Race Face Turbine en aluminium et de pièces maison de belle facture, comme au niveau de la potence ou de la selle, assez confortable pour qu’on n’ait pas envie de la changer immédiatement. Pour ce qui est de la tige de selle, le montage d’une télescopique est possible, mais le tube de selle interrompu et le peu de place disponible entre le cadre et l’amortisseur, là où passent les autres câbles, va nécessiter un montage soigné.

Voyons maintenant ce qu’il en est sur le terrain avec notre test à découvrir page suivante >>