Test nouveauté | Santa Cruz Heckler 2020 : l’eau à la bouche

Par Paul Humbert -

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Test nouveauté | Santa Cruz Heckler 2020 : l’eau à la bouche

C’est un petit coup de tonnerre dans l’industrie du cycle. Rien qui ne change la face du monde bien évidemment, mais Santa Cruz lance son e-bike. Certains puriste voyaient dans la marque californienne un des derniers bastion du VTT, dans sa forme qu’ils estimaient la plus pure, et ce dernier vient de tomber. Santa Cruz a fait renaître un vélo clé de son développement, un modèle qui a marqué l’entreprise : le Heckler. Découverte de ce nouveau VTTAE sur les sentiers de Toscane en compagnie de l’équipe de la marque : 

 

 

C’est le premier VTT électrique de la marque et il entend bien impressionner. On s’avoue qu’on s’attendait à une avalanche de technologies ou de nouveaux concepts mais Santa Cruz est resté assez sage pour ce nouveau Heckler. Pour Todd Ford, en charge du développement du vélo, « on a attendu que le marché se pose. Un peu comme avec le 29 pouces, et on est content de ne pas l’avoir fait plus tôt. » L’ensemble est toutefois très soigné et on retrouve très vite les codes de la marque, mais aucune caractéristique ne se démarque réellement des concurrents les plus en avance sur le segment. 

 

 

Certaines caractéristiques font cependant se dresser quelques sourcils. Le Santa Cruz Heckler présente de nombreuses caractéristiques communes avec un Bronson puisqu’il développe 150mm à l’arrière et 160 à l’avant. Il est équipé de roues de 27,5 pouces et est mis en action par la même cinématique VPP. Côté moteur, c’est là que cela pourra surprendre, il est équipé du moteur Shimano E8000 et d’une batterie de 504Wh. Ce moteur a fait ses preuves mais il arrive en fin de génération et, surtout, la capacité de sa batterie est désormais en retrait par rapport aux nouveautés de la concurrence qui vont vers plus d’autonomie. 

Toutefois, Santa Cruz a fait le choix, qu’on salue, de rester fidèle à Shimano sur toute la sélection des composants : shifters, capteurs et batterie. Cela permettra une prise en charge bien plus aisée en cas de SAV partout dans le monde. Le choix de la marque s’est également fait pour son côté « plug and play ». Toujours pour Todd Ford, « on a tout testé sur le marché, et on a choisi Shimano avec qui on a pas mal de libertés, notamment dans le choix des composants ». Enfin, pour répondre aux premières interrogations sur la pertinence du choix de moteur, on nous répond assez sereinement que « la différence est dans le châssis ». 

Oublions un temps son moteur, et penchons-nous sur la cinématique du Santa Cruz Heckler, qui est avant tout un VTT « all-mountain/enduro ». La marque décline une nouvelle fois son architecture VPP basse (pour Virtual Pivot Point) qui a fait ses preuves depuis le lancement du Nomad 4 voilà trois ans. Le triangle arrière est complètement flottant et relié au triangle avant par deux basculeurs (toutes nos infos sur cette cinématique sont à retrouver ici : https://www.vojomag.com/petit-lexique-illustre-du-vtt/?more=3-partie-2-les-cinematiques). 

Todd Ford ne se cache pas que les ingénieurs ont eu bien du mal à décliner le VPP fidèle à la marque, à cause de l’encombrement du moteur. Ils y sont toutefois parvenus et l’intégration semble assez naturelle avec un centrage, visuel, des masses juste au-dessus du moteur. Sur la balance, le Santa Cruz Heckler s’annonce à 20,9kg dans son montage le plus haut de gamme, et 21,6 kg pour « l’entrée » de gamme.

 

 

En entamant leur travail avec des points de pivots positionnés comme sur le Bronson (www.vojomag.com/santa-cruz-bronson-5010-juliana-roubion-furtado-ils-sont-de-retour), les ingénieurs ont même réussi à reproduire une courbe de compression assez identiques. L’anti-squat a été réduit dans les calculs en partant du principe qu’en e-bike, la suspension doit rester active plus longtemps, et même au pédalage. Une réflexion qu’on soutient. 

C’est avec RockShox que Santa Cruz a mis au point son Heckler et leur suspension est ainsi optimisée avec l’amortisseur de la marque. Les ingénieurs ont opté pour un réglage « light » de la compression pour permettre au vélo d’être très actif et sensible. 

Côté géométrie, on retrouve un reach à 465 en taille L, un angle de direction à 65,5 degrés, des bases de 445mm et un angle de tube de selle à 76 degrés en taille L. L’ensemble est vraiment cohérent, plutôt sportif, et en phase avec le marché pour les vélos all-mountain/enduro. 

En s’attardant sur le vélo, point par point, on remarque déjà son cadre (garanti à vie) tout en carbone CC (le plus haut de gamme, et seule finition disponible sur ce Heckler) qui intègre un certains nombres d’éléments caractéristiques de ce nouveau type de vélo. Le bouton de démarrage du moteur tout d’abord, intégré élégamment sous l’amortisseur. Le capteur de vitesse ensuite, intégré à l’intérieur de la base. 

Toujours dans la construction, les roulements et visseries ont été sélectionnés en accord avec le poids et le programme du vélo avec des axes traversants et des roulements costauds. On souligne également le choix de manivelles courtes de 165mm de long et l’utilisation de tiges de selles à grand débattement sur les plus grandes tailles.

 

 

Les câbles cheminent eux aussi en interne et cette intégration est poussée plus loin, jusqu’au cintre. Santa Cruz, qui décline un certain nombre de composants, présente parallèlement le cintre « di2 »  qui permet d’intégrer partiellement les câbles de commande du moteur ou de la transmission via un petit canal creusé sous le cintre. Le cintre est au standard 35mm, mesure 800mm de large (et peut être raccourci) avec 5° de courbe vers le haut, et 8° vers l’arrière.

 

 

Côté interface électrique, on retrouve une petite prise de chargement sur le côté du moteur. La batterie du vélo est positionnée sous le tube inférieur. Derrière cette dernière, les câbles et gaines sont guidés.

La batterie est isolée de l’extérieur par un capot qui se démonte à l’aide d’une clé allen de 4mm, offrant ainsi les lignes les plus épurées. On retrouve un contrôleur Shimano juste à côté de la potence. Le tout peut être contrôlé et paramétrable en bluetooth via l’application « Shimano Etube » pour smartphone.

 

 

Côté équipement, Santa Cruz a fait le choix des composants « e-bike », sans tomber dans l’excès. Des disques de 200mm de diamètre sont installés et, côté train roulant, Santa Cruz installe sa roue de DH à l’arrière pour le modèle le plus haut de gamme. À l’avant, c’est une Reserve carbone « traditionnelle » de 30mm de largeur interne qui est utilisée. Toujours côté train roulant, des pneus Maxxis Exo+ sont installés en section 2.6.

On retrouve les transmissions Sram Eagle traditionnelles sur les montages de ce Heckler, mais celles-ci sont associées à un shifter ne permettant qu’un passage de vitesse par pression. 

Si on jette un coup d’oeil à la gamme, on repère 4 montages disponibles en 5 tailles (S à XXL) et en deux couleurs. Les tarifs sont élevés et on commence à 7499€ puis 8599€ et 11119€ et 13399€ pour les modèles les plus haut de gamme équipés de roues carbone Reserve. L’ensemble est disponible dès à présent et garanti à vie. 

Pour ce qui est des évolutions possibles de la machine, Santa Cruz annonce que pour passer à une roue avant de 29 pouces, il faudra changer la fourche, et l’opération n’est pas réellement recommandée, cette dernière entraînant un changement de géométrie trop marqué. 

Prise en main | Santa Cruz Heckler X01

Direction l’Italie et Calci dans la Toscane ensoleillée pour découvrir ce Santa Cruz Heckler, dans la roue des guides de le société Ridge Line, et en compagnie d’un certain Danny MacAskill. La marque le présente d’ailleurs comme un des meilleurs ambassadeurs de ce nouveau Heckler, puisqu’il en aurait explicitement fait la demande. 

On grimpe sur le modèle X01 Reserve, affiché à 11119 euros du vélo et équipé, comme son nom l’indique, des roues carbone de la marque. Difficile de ne pas souligner ce tarif particulièrement élevé, mais qui au moins garantit un sans-faute côté équipement. 

Quoi qu’il en soit, c’est sous la pluie qu’on grimpe au guidon du vélo. On nous recommande 35% de SAG et on se lance sur ce Heckler sans trop de difficulté. Nous sommes en terrain connu avec cette interface Shimano et la géométrie globale du vélo est bien pensée. 

Le Santa Cruz Heckler monte plutôt bien et se positionne dans la moyenne du segment. Dans les sections les plus raides, il faut faire l’effort de charger l’avant de la machine, mais il ne cabre pas excessivement malgré ses bases courtes. On garde une très bonne motricité avec une suspension active et un bon grip. La position assise est plutôt droite et agréable pour passer du temps à vélo.

 

 

Pour la descente, on ne nous laisse pas le choix que de nous « mettre dedans ». Au premier virage, on se retourne et c’est Danny MacAskill qui est dans notre roue : nous n’avons plus le choix, il faut avancer. Au-delà de la blague, cette situation d’inconfort potentiel, à froid, révèle très vite la nature du Heckler : il est rassurant, facile à rouler, vif et offre un super grip. On trouve là aussi vite ses marques et on place facilement la machine dans les nombreuses sections techniques. 

Dans les portions plus travaillées, on pousse sur le vélo qui reste bien en ligne et on le bouge facilement tant qu’il ne faut pas décoller les roues du sol. Le réglage de compression « light » de l’amortisseur nous permet de garder un super contact au sol, même quand on avance sur des oeufs sur ce terrain détrempé. On met de l’angle facilement et le vélo bouge bien entre nos jambes. 

Ce que le design du vélo laissait présager se confirme sur le terrain : les masses sont bien centrées et on ne souffre pas d’un déséquilibre du vélo qui concentre son poids au niveau du moteur. 

Le fourche Fox 36 E-Float Performance offre un excellent soutien à mi-course et s’accorde parfaitement avec la suspension. Les deux garantissent un bon touché de terrain et le soutien nécessaire pour conserver le dynamisme du vélo sans s’enfoncer sous son poids, garantissant une relative sensation de légèreté. On sent que Santa Cruz raffine la dernière version de son VPP depuis sa présentation sur le dernier Nomad.

 

 

On s’amuse vraiment au guidon de ce Santa Cruz Heckler qui est indéniablement une réussite niveau qualités dynamiques. Son moteur, qui a fait ses preuves, offre de bonnes performances et sa batterie de 504Wh garantit des sorties d’au moins 2h-2h30. Là où on peut s’interroger, c’est sur sa « durée de vie » sur le marché. Quand la concurrence de la marque opte pour des batteries à plus grande capacité et des moteurs plus puissants, Santa Cruz choisit un moteur en « fin de vie » qui sera certainement retravaillé dans un futur proche. C’est toutefois une nouvelle porte qui s’ouvre et espérons que Santa Cruz a su anticiper ces changements (qu’elle ne peut ignorer) en concevant une plateforme durable et intercompatible. Imaginons qu’une standardisation de l’interface moteur permette aux marques de faire durer leurs châssis dans le temps tout en offrant des possibilités d’évolutions avec leurs biellettes et tailles de roues. C’est là que Santa Cruz aura l’opportunité de se démarquer en arrivant sur ce segment concurrentiel. On garde donc un oeil attentif sur cet Heckler qui a su nous mettre l’eau à la bouche…

plus d’infos sur le site de la marque : https://www.santacruzbicycles.com/fr-FR 

Photos d’action : Max Schumann / Santa Cruz Vidéo : Jasper Jauch / Santa Cruz

ParPaul Humbert