Si on a beaucoup parlé du Specialized Turbo Levo FSR full suspendu, sa déclinaison hardtail a eu tendance à passer beaucoup plus inaperçue. Voilà une bonne raison pour s’y intéresser et tenter de trouver des réponses à une autre grande question : un vélo électrique semi-rigide a-t-il du sens ? Voici notre avis avec ce test du Specialized Turbo Levo Hardtail Comp :

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-3Plébiscité tant pour sa géométrie que pour son design qui parvient à intégrer remarquablement bien les batteries, le Specialized Turbo Levo FSR est sans aucun doute une des grandes stars du marché des e-bikes. Nous avons déjà eu l’occasion de le tester et d’apprécier ses qualités (voir ici : www.vojomag.com/test-specialized-turbo-levo-un-vrai-vtt-electrique), mais nous n’avons pas non plus oublié qu’il a un petit frère semi-rigide : le Specialized Turbo Levo HT.

Si un seul modèle était au catalogue en 2016, le Levo hardtail se décline désormais en trois versions pour le millésime 2017 : 6Fattie (avec pneus Plus, qui est la version testée ici), 29” et même Fatbike ! Des modèles femmes sont aussi présents, avec une géométrie adaptée. Les tarifs vont de 2999€ pour le 29″, qui se place réellement comme une version d’entrée de gamme dans le monde e-bike de Specialized, jusqu’à 4699€ pour la déclinaison fatbike… assez pointue et dont il ne se vendra sans doute pas des containers entiers dans nos régions. Puis, entre les deux, à 3799€, on retrouve notre modèle de test, de son nom complet Specialized Turbo Levo HT Comp CE 6Fattie (à vos souhaits).

specialized_levo_ht_test_details_copyright_obeart_vojomag-27Au niveau du positionnement prix, notre Levo HT n’est pas mal placé du tout. Il est par exemple dans les mêmes zones, voire un peu moins cher, que d’autres beaux semi-rigides électriques comme l’Orbea Wild 20, Le Trek Powerfly+ 9, le BH Revo 27,5+ ou encore le Scott e-Scale 710 Plus Tuned et le Moustache Samedi 27 Off 6. Certains sont un poil mieux équipés et/ou proposés avec une centaine d’euros de différence mais dans l’ensemble, ils restent comparables.

Par contre, il y a désormais un concurrent très encombrant pour le Levo HT… et c’est au sein même de la gamme Specialized qu’on le trouve, puisque le Levo FSR est désormais décliné dans une version d’accès proposée à 3999€, soit 200€ de plus seulement que le hardtail. Alors certes, on n’a pas la tige de selle télescopique, certes, le montage est moins haut de gamme… mais les fondamentaux y sont puisqu’on a le même moteur, la même batterie, les mêmes roues, et même une fourche Rock Shox Revelation peut-être un poil plus adaptée à l’e-bike que la Reba du semi-rigide. Voilà qui est à bien réfléchir lors de l’achat, même si, comme nous allons le voir, le Levo HT est loin d’être ridicule sur le terrain.

Moteur et châssis

specialized_levo_ht_test_details_copyright_obeart_vojomag-23Avant de détailler les équipements, attardons-nous quelques instants sur l’ossature et sur la motorisation, deux éléments particulièrement importants sur un e-bike. Le cadre du Specialized Turbo Levo HT est en aluminium M5, c’est à dire le plus haut de gamme de la marque. Plusieurs détails rappellent fort le Fuse, le hardtail en pneus plus de la gamme (voir notre test ici : www.vojomag.com/test-specialized-fuse-6fattie-fun-power).

Mais il y a bien sûr des aménagements lourds, principalement au niveau du tube diagonal et du pédalier, pour accueillir la batterie intégrée et le moteur. La jonction des bases avec le “berceau” chargé d’accueillir le moteur montre qu’il a fallu renforcer pas mal de pièces et la finition, bien que globalement très belle, est un peu moins soignée à ce niveau.

specialized_levo_ht_test_details_copyright_obeart_vojomag-26La partie moteur, produite sur une base Brose, s’insère dans le fameux berceau en aluminium forgé par le côté droit. Sa fiche technique indique qu’il développe 530W au maximum et qu’il a un couple de 90Nm mesuré à l’axe. Nous ne nous attardons pas trop sur ce chapitre car tous les constructeurs n’expriment pas les chiffres de la même façon et ceux-ci ne sont pas vraiment représentatifs.

La batterie, de 460Wh ici contre 504Wh sur les Levo FSR haut de gamme, s’intègre quant à elle dans le tube diagonal par le bas. Pour la retirer, il suffit de dévisser un gros axe situé près de la douille de direction, mais la recharge peut se faire en laissant le tout sur le vélo. Du côté gauche, on trouve un petit poste de commande avec le bouton marche/arrêt et les +/- permettant de changer le mode d’assistance. Le tout est encerclé de diodes permettant à la fois de vérifier la charge de la batterie et le mode d’assistance choisi.

specialized_levo_ht_test_details_copyright_obeart_vojomag-3Cela peut sembler bizarre au premier abord de n’avoir aucune commande au cintre mais en pratique, ce n’est pas une ineptie et cela permet de vraiment se concentrer sur le sentier. Une commande au cintre est néanmoins prévue en option (autour de 70€) mais nous verrons plus loin que son utilité est loin de sauter aux yeux.

5-Specialized_Turbo_Levo_FSRPar contre, l’application qui permet de paramétrer le moteur en un clin d’oeil est loin d’être un gadget. Niveau d’assistance de chaque mode, diamètre des roues, tracking gps avec liaison Strava et même un mode permettant d’optimiser l’utilisation de la batterie selon le nombre de kilomètres qu’on souhaite parcourir : même si on ne s’en occupe pas avant chaque sortie, ce sont des fonctions bien utiles et l’ergonomie de l’application est bien pensée. Nous avons ainsi pu donner un peu plus de pèche au mode Eco et baisser un poil le mode Turbo pour coller à nos préférences. Petite astuce aussi, en jouant sur le diamètre de roue, on peut tricher un peu et faire monter la vitesse de coupure de l’assistance à 26-27km/h au lieu de 25. Mais chuuut (même si on reste vraiment dans du gentil tuning). Le Levo peut aussi communiquer avec certains GPS Garmin pour ceux qui le souhaitent. Pour notre part, nous avons préféré rouler le plus simplement possible.

Géométrie

1-specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-1La géométrie du Levo HT se rapproche très fort de celle du Fuse, le petit hardtail plaisir signé Specialized. Une bonne base, de laquelle on retrouve l’angle de direction à 67°, un tube de selle à 73° et un reach de 440mm en L. Des cotes bien dans la tendance mais sans extrême. Seule la longueur des bases est logiquement plus importante (450mm contre 430 sur le Fuse) en raison de la présence du moteur et l’empattement est au final 25mm plus long. Mais on reste dans de belles valeurs, surtout pour un e-bike.

Equipement

Le Specialized Turbo Levo HT testé ici se positionne au niveau Comp dans la gamme. Nous sommes donc loin du haut de gamme, mais ces versions se caractérisent par la recherche d’un bon rapport qualité/prix. Au-delà du pédalier maison avec plateau Praxxis Works en acier, on retrouve une transmission Sram GX… mais en 10 vitesses, pas en 11 ! Heureusement, la cassette Sunrace en 11/40 et le plateau en 32 dents permettent de venir à bout des pires côtes. Par contre, la cassette Sunrace n’aura probablement pas la même durabilité qu’une Sram au vu de l’usure rapide de son revêtement.

Les roues sont des Roval Traverse montées sur des moyeux Specialized, qui n’ont pas montré de faiblesse lors de notre test (contrairement aux WTB du Fuse testé il y a quelques mois) et qui sont montées avec des pneus maison, Purgatory bien cramponné à l’avant et Ground Control à l’arrière, tous les deux en section 3.0″ et carcasse Grid renforcée. Un bon choix qui s’est aussi montré bien résistant et qui ne montrera ses faiblesses que dans la boue.

Devant, Specialized a retenu la fourche Reba, performante au niveau hydraulique, mais qui montre ses limites en rigidité comme nous le verrons plus loin. On sent qu’il a fallu faire des économies sur quelques postes… Par contre, on est heureux de retrouver une tige de selle télescopique, vraiment indispensable sur ce type de vélo. Il s’agit d’un modèle générique dont les performances sont clairement en retrait par rapport aux références du marché, mais qui fait quand même pas trop mal le job.

Enfin, sur le poste de pilotage, au-delà de la potence courte (60mm sur notre vélo en taille L) et du cintre en alu à la forme parfaite, on remarque la présence de poignées Body Geometry avec support pour la paume de la main. Leur galbe plutôt discret fait qu’elles conviendront au plus grand nombre et le petit support complémentaire qu’elles apportent est assez agréable, surtout pour manier un vélo de ce poids. Dernier point, les freins Avid DB5 sont ici dans une version custom avec un étrier 2 pistons classique derrière mais du 4 pistons hérité du Guide à l’avant pour avoir plus de puissance. Et c’est heureux car s’ils sont efficaces et s’ils n’ont pas montré de faiblesse, il ne faut pas plus petit pour freiner ce beau bébé que nous avons pesé à 21kg.

Specialized Turbo Levo HT 6Fattie : le test terrain

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-27Deux éléments séduisent immédiatement sur le Specialized Levo HT. Le premier, c’est sa géométrie. On vous le répète à chaque fois, mais c’est un fait : on se sent toujours directement comme à la maison au guidon d’un Specialized et ce modèle électrique ne déroge pas à la règle. Comme son grand frère tout suspendu, il parvient presque à faire oublier la présence d’un moteur et s’il est indéniable que le vélo est lourd, son maniement se fait sans que cela se ressente et rappelle les sensations que nous avons eues au guidon de son cousin musculaire, le Specialized Fuse (voir notre test ici : www.vojomag.com/test-specialized-fuse-6fattie-fun-power).

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-22En tout cas, les craintes sont vite évacuées et on peut sans hésiter qualifier le Levo HT de maniable (à défaut d’être vraiment vif), facile à diriger en côte (avec le moteur qui pousse derrière sans se montrer trop agressif et donc sans occasionner de pertes d’adhérence, vous deviendrez vite le king des montées impossibles), et même plutôt joueur tout en étant sécurisant grâce à ses pneus Plus et à son empattement généreux. Bref, un bon bilan qui le place haut dans la hiérarchie des e-bikes que nous avons eu l’occasion d’essayer, mais pas au niveau de l’Orbea Wild qui est encore plus jouet, et un peu en retrait tout de même par rapport au Levo FSR qui nous semble aller encore un cran plus loin.

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-24Le deuxième point qui séduit, c’est la partie moteur. On pourrait se battre sur les chiffres, la puissance, la capacité de la batterie… mais pour nous c’est un débat qui tend à occulter l’essentiel : le moteur est-il là au service du plaisir ? Et dans le cas du Specialized Turbo Levo HT (comme le FSR d’ailleurs), la réponse est sans hésiter oui ! Ce n’est sans doute pas le moteur que nous choisirions pour faire une des rares compétitions e-bike du calendrier car il manque un peu de poigne et de sensation de puissance pour cela. On manque aussi d’un compteur complet monté de série sur le guidon pour gérer au poil tous les paramètres. Mais quand on randonne, quand on roule tout simplement pour le plaisir, on s’en f… de tout cela !

Quand on veut simplement rouler, quel plaisir d’appuyer seulement sur un bouton et de partir s’amuser

C’est là que l’option “minimaliste” choisie par Specialized prend tout son sens. Quand on veut simplement rouler, quel plaisir d’appuyer seulement sur un bouton, de mettre le vélo en mode intermédiaire (Trail) et de partir s’amuser. Oui, juste s’amuser, s’éclater sans avoir une espèce de Playstation sous le nez, sans changer sans arrêt de mode d’assistance,… bref, sans se prendre la tête. Mais en ayant, par contre, un moteur à la fois doux et performant qui vient vous porter assistance dans les moments difficiles, comme la main d’un ami qui vous pousse gentiment dans le dos.

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-17C’est dans cette subtilité de l’assistance électrique que le moteur du Specialized Turbo Levo fait une nouvelle fois très fort. Et qu’il se montre particulièrement agréable pour un usage rando/rando sport et pour faire de belles sorties de découverte. On aurait eu envie d’écrire de “longues” sorties, mais même si la batterie présente une très bonne autonomie, elle reste limitée à environ 40/45km et un bon 1000/1200m de d+ quand on roule de façon sportive, sans pousser le vélo dans ses dernier retranchements et en n’utilisant quasiment jamais le mode Turbo (plus violent mais pas forcément beaucoup plus efficace que le mode Trail), mais en “taquinant” quand même bien le sentier.

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-11Notez que, si c’est déjà à peu près que ce que nous sommes parvenus à faire avec les vélos en moteur Bosch Performance CX et batterie 500Wh (alors qu’ici on n’est pas sur la plus grosse batterie Specialized), il y a moyen de faire encore mieux. Pour cela, deux options : soit rouler en mode Eco (qui est, lui, un peu faiblard à notre goût quand on le règle au minimum), soit jouer avec l’application Specialized en lui demandant de gérer la batterie pour vous en fonction du kilométrage que vous voulez faire. Si cette fonction peut paraître gadget au début, elle se révèle en fait très agréable et participe au plaisir de profiter de ses sorties sans prise de tête.

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-25Avec tout cela, on allait oublier de vous parler de la commande au guidon pour le moteur ! Et pour cause : nous ne nous en sommes quasiment pas servi. Bien que plutôt compacte, elle ne trouve pas vraiment sa place sur le guidon et elle ne se révèle pas très agréable à manipuler. L’absence d’indicateur pour savoir sur quel mode on se trouve la rend encore moins pratique. On a même l’impression qu’elle a été faite sans grande conviction par Specialized, juste pour répondre à une demande des consommateurs au moment de l’achat… même si on parie que beaucoup d’acheteurs de ce gadget l’enlèveront rapidement.

Pour faire en e-bike ce que vous faites avec votre VTT “musculaire”, les gros pneus nous paraissent incontournables… a fortiori sur un hardtail

Reste une question importante, qui est la base même de ce test : un e-bike hardtail, est-ce vraiment une bonne idée ? Au niveau du confort, si la position est parfaitement équilibrée, on sent que le châssis est très rigide et doit être renforcé pour supporter les contraintes liées à la puissance et au poids de la partie moteur/batterie. Plus encore que sur un full suspendu, les pneus Plus en 3.0″ (ou 2.8″) nous semblent indispensables pour apporter un minimum de filtration des vibrations en “vrai vtt”. Ok pour des roues de 29” et des pneus classique s’il s’agit de rouler sur des chemins et de faire des sorties roulantes/peu techniques, voire de rouler dans la grosse boue. Mais pour faire en e-bike ce que vous faites avec votre VTT “musculaire”, les gros pneus sont incontournables… a fortiori sur un hardtail. D’autant plus que le poids du vélo électrique permet d’éviter le phénomène de rebond qu’on peut rencontrer dans certaines circonstances avec des pneus Plus montés sur un vélo léger.

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-23Malgré sa rigidité, l’ossature du Specialized Levo HT parvient à garder une certaine finesse dans ses réactions. Avec les gros pneus qui se chargent de filtrer les petits impacts et qui permettent de bien caler les appuis en évitant que le vélo ne glisse et ne tremble sur tous les reliefs, le cadre n’a plus qu’à se montrer capable d’adoucir les réactions de la machine sur les plus gros impacts. Et, même si ce n’est pas toujours gagné avec un cadre en alu, il y parvient très bien. Ses bases de 450mm, courtes pour un e-bike mais assez longues dans l’absolu, aident bien à ce niveau, tout comme la partie haute du vélo (haubans et tube supérieur) qui jouent la carte de la finesse.

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-18Au final, le vélo se montre sain dans les descentes, même bien cassantes. Bien sûr, vous n’irez pas aussi vite qu’avec le Levo FSR tout suspendu. Mais vous n’aurez pas non plus l’impression de vous traîner ni de risquer votre vie à chaque passage délicat. Et au final, le plaisir est bien au rendez-vous ! Par contre, la fourche Rock Shox Reba a beau être assez efficace au niveau de l’amortissement, on sent que sa fine carcasse est vite dépassée par le poids du vélo (et du pilote) qui pousse derrière. C’est une proue de XC à la base, cela se sent, et on atteint là ses limites. Specialized devrait revoir ce point et se diriger vers une Revelation, ou une Yari au débattement réduit pour éviter ce phénomène. Voire vers une hypothétique fourche e-bike renforcée que Rock Shox présenterait courant 2017 ?

Verdict

specialized_levo_ht_test_copyright_obeart_vojomag-21Bien né, équilibré, agréable à piloter, le Specialized Turbo Levo HT est une belle et bonne machine. Son moteur, s’il n’est sans doute pas le plus puissant, est probablement un des plus agréables et subtils de la production actuelle. Véritable vélo pour rouler sans prise de tête, pour sortir s’aérer juste pour une heure alors qu’on aurait laissé son vtt musculaire au clou, le Specialized Levo HT remplit parfaitement son rôle de petit jouet. Mais tout cela ne doit pas occulter une chose : durant tout le test, l’interrogation “est-ce qu’une suspension arrière est vraiment indispensable sur un e-bike”… s’est transformée en certitude. S’il ne s’agit pas simplement de se déplacer, s’il est question de prendre du plaisir, oui, la suspension est vraiment un must sur un e-bike qui, de par son poids, va devoir rester beaucoup plus collé au sol. Et il se trouve que dans la gamme Specialized, il y a maintenant un Levo FSR pour seulement 200€ de plus. Pour nous, y a pas photo. Ou alors, il faudrait que le Levo HT 6Fattie se décline dans une version franchement plus accessible. Allez les chefs produit, chiche ? 

Web

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