Test | Kona Hei Hei AL custom :le petit alu plaisir

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15 janvier 2018 — Olivier Béart

Les Canadiens de Kona sont connus depuis longtemps pour faire des vélos délurés, pleins de vie et de fun pour les pilotes mettant le plaisir de pilotage au centre de leurs préoccupations. Même s’il n’a que 100mm de débattement, le Kona Hei Hei ne voit pas le XC exactement comme les autres. Nous avons testé sa version la plus accessible, avec châssis en aluminium, dans une version légèrement customisée par l’importateur. 

Il y a plusieurs façons de voir le XC. Soit en s’orientant purement vers les performances, soit en mettant l’accent sur le plaisir de pilotage et une certaine polyvalence. Même si certaines machines utilisées en Coupe du Monde réussissent à marier les deux avec un certain bonheur (on pense par exemple au Scott Spark RC ou au BH Lynx Race), le Kona Hei Hei est plutôt à classer dans la deuxième catégorie.

Son débattement est modeste, 100mm à l’arrière et 120mm devant, il a des roues de 29 pouces, mais beaucoup d’éléments dans sa conception, à commencer par sa géométrie, montrent qu’il a été pensé davantage pour enfiler les singletracks canadiens (et européens) que pour tourner en rond sur un circuit. La version que nous testons ici est l’entrée de gamme dans la famille Kona Hei Hei, le AL, avec un châssis en aluminium 6061 T6.

Notre modèle d’essai est un montage “custom” provenant de la flotte de l’importateur belge. Basé sur un modèle 2017, il se différencie par une transmission Box One en lieu et place du Shimano d’origine, ainsi que par une tige de selle télescopique DVO. Nous y reviendrons plus tard, au chapitre des équipements, mais il n’y a pas là de quoi perturber notre jugement sur ce modèle, puisque les fondamentaux (cadre, roues, suspensions) restent identiques.

Gamme Kona Hei Hei 2018 prixLa gamme Kona hei Hei est assez vaste. Elle se divise en trois grandes familles : Hei Hei en 100/120mm de débattement, Hei Hei Race en 100/100 et Hei Hei Trail en 140mm de débattement avant/arrière et roues de 27,5 pouces (non montrés en photo ci-dessus). Du côté des montages, les tarifs sont de 2799 et 3499€ pour les deux modèles Hei Hei en alu puis de 4999 à 9499€ pour les deux versions carbone. En version Race, les prix vont de 4699€ à 7999€. On le voit, l’addition est assez salée. Quant à notre modèle 2017 dans sa configuration d’origine, il est actuellement possible de le dénicher à moins de 2000€ (ici notamment) contre 2799€ pour le 2018. Bon à savoir… mais attention à l’épuisement des stocks.

Cadre, cinématique et suspension

Le Kona Hei Hei est un des modèles historiques de la marque. S’il est passé au 29 pouces et s’il a évolué tout au long de sa carrière, en adoptant notamment un châssis carbone pour le haut de gamme (contre le fameux alu scandium auparavant), il a toujours des lignes comparables aux modèles des origines.

La finition du cadre en alu est superbe et n’a rien à envier à un carbone. Un détail simple facilite la confusion : les soudures au niveau de la douille de direction sont polies, et ce sont les plus visibles. Mais quand on y regarde de plus près, toutes les autres soudures sont apparentes et même bien mises en évidence. La peinture, épaisse et plutôt résistante, donne un bel aspect avec sa finition matte. Cerise sur le gâteau, le cadre est garanti à vie.

Le câble de dérailleur arrière est intégré, mais pas la Durit de frein, ni la commande de tige de selle télescopique. On le voit, le côté pratique prime. Finalement, ce n’est pas plus mal et l’ensemble reste plutôt discret, surtout sur un cadre de couleur foncée comme ici.

Derrière cette belle robe, du point de vue de la cinématique, on retrouve toujours un principe de type mono-pivot avec biellette, dénommé FUSE, avec un amortisseur RockShox Monarch RL très compact mais sans blocage au guidon. Par contre, le roulement habituellement situé sur les haubans a disparu…

C’est un principe presque commun sur les châssis en carbone (pensons simplement au Scott Spark, ou au Kona Hei Hei carbone), mais beaucoup plus rare sur les modèles en alu, ce sont ici les haubans dans leur ensemble qui fléchissent légèrement. Pour cela, ils sont aplatis de façon assez marquée, mais il faudra voir sur le terrain si le métal réagit comme le composite quand on lui confie ce type de mission.

Géométrie

Kona a toujours mis un point d’honneur à travailler profondément la géométrie. Et cette dernière génération du Hei Hei ne déroge pas à la règle : 68° d’angle de direction, bien couché pour favoriser le pilotage et l’aisance en descente, 74° d’angle de selle, bien redressé pour améliorer l’efficacité au pédalage, voilà des valeurs sympa pour un “XC”.

On poursuit avec des bases en 430mm, quasiment record sur un full en 29″, mais par contre le reach n’est pas démesurément long, avec 420mm pour un taille M. Sur papier en tout cas, le cocktail donne envie !

Equipement

Cette version d’entrée de gamme du Kona Hei Hei n’est pas montée de façon luxueuse, mais il y a ce qu’il faut pour un usage intensif et on sent que les chefs produit de la marque roulent car il n’y a aucune concession sur les points importants. Cela se voit notamment au niveau de la fourche, qui est l’excellente RockShox Recon Gold RL. Plus lourde qu’une Reba à cause d’un châssis plus simple, elle a par contre tout ce qu’il faut à l’intérieur pour amortir correctement et assurer un bon guidage au niveau de la roue avant.

Même constat au niveau des roues : les jantes WTB ne sont pas des ballerines (comptez 600g la pièce), pas plus que les rayons ou les moyeux Formula, mais l’ensemble est très correctement monté et surtout, les cercles en 29mm de largeur interne permettent aux pneus Maxxis Ardent et Ikon de donner le meilleur d’eux-mêmes avec un beau ballon et du volume. Pas de souci non plus côté solidité, c’est du quasi indestructible… et pourtant on ne s’est pas privés lors du test.

Sur notre modèle d’essai, la transmission est confiée à l’originale Box One (en cassette 11-46 et combinée à un pédalier Race Face avec plateau de 32 dents), très agréable grâce à un système de changement de vitesses à un doigt très bien pensé et qui change des habituels Sram et Shimano, mais qu’on ne retrouve pas sur les modèles de série. Nous ne nous étendrons donc pas à son sujet. Sur le millésime 2017, Kona faisait confiance à Shimano (XT/SLX) mais en 2018, la marque fait place à Sram avec du NX en 11 vitesses (cassette 11-42). Les freins Shimano du modèle testé cèdent aussi la place en 2018 aux Sram Level T.

Les périphériques sont signés Kona et, à défaut d’être légers, l’ergonomie du poste de pilotage est très bonne. La tige de selle télescopique est présente de série, avec un modèle certes basique (Trans-X) mais qui a le mérite d’être là et qui aurait manqué sur ce type de machine délurée. Elle a ici cédé sa place à une rare DVO, au fonctionnement très souple.

Au final, malgré la belle cohérence de l’ensemble, le verdict à la pesée est tout de même assez cruel avec plus de 14kg sur notre balance. Même pour un “entrée de gamme” (à plus de 2500€ tout de même) et pour un cadre en alu, ce n’est qu’un 100/120mm et ça commence à faire beaucoup. Espérons que cela ne se sente pas trop sur les sentiers. Allons voir cela !

Kona Hei Hei AL Custom : Sur le terrain

Cela faisait un moment qu’on n’avait pas eu l’occasion de prendre les commandes d’un Kona… et ça fait du bien de se sentir immédiatement comme à la maison. La position n’a rien d’extrême ou d’orienté vers la compétition. C’est celle d’un très bon vélo de rando/rando sport… ou de “Trail” comme on dit aujourd’hui pour faire plus tendance.

Comme on se sent de suite en confiance, on se met vite a attaquer des sentiers qu’on prend habituellement avec de bons gros enduros. Ca tabasse un peu et on sent qu’on est plus secoué qu’avec 160mm de débattement mais, franchement, il s’en sort bien ce petit Kona Hei Hei ! Sa maniabilité dans les virages serrés est exceptionnelle et dans le sinueux, c’est tout simplement un des vélos les plus agréables que nous ayons testés ces dernières années, toutes catégories confondues.

La géométrie du Kona Hei Hei rend le vélo jouissif à piloter tout en jouant la carte du compromis pour que le vélo reste un bon pédaleur

Plusieurs facteurs jouent, selon nous, en faveur du Kona dans ces circonstances, et le transforment autant en un redoutable descendeur qu’en une arme pour filer à toute allure sur ces petits rubans de terre plats et sinueux qui se rencontrent dans beaucoup de régions très agréables à rouler mais sans grand dénivelé (on pense aux Ardennes, au Nord,… ou à tout ce qui n’est pas de la haute montagne en fait !). Tout d’abord, il y a la géométrie du Kona Hei Hei, qui est tout simplement parfaite à nos yeux. Elle rend le vélo jouissif à piloter tout en jouant la carte du compromis pour que le vélo reste un bon pédaleur.

Au niveau des équipements, la fourche, très performante malgré son statut d’entrée de gamme, et les roues aux jantes larges qui permettent aux pneus d’exprimer toutes leurs qualités, jouent aussi un rôle majeur. Et l’ensemble est particulièrement agréable pour pédaler longtemps à bonne allure, avec pour objectif de relier les plus beaux sentiers de sa région.

Par contre, si la suspension avant donne entière satisfaction, on reste un peu sur sa faim au niveau de l’arrière. On a du mal à comprendre le choix de Kona de supprimer le point de pivot sur les haubans car on a clairement l’impression que la déformation du triangle arrière en alu n’est pas comparable à celle d’un carbone et pas suffisante pour assurer une onctuosité agréable sur les petits impacts répétés. Ici, la suspension du Hei Hei manque de sensibilité et se montre parfois sèche dans ses réactions, sans logique apparente, car elle sait aussi se montrer performante et agréable à d’autres moments (elle digère par exemple très bien les successions de chocs moyens). En montée, on se réjouit par contre de voir qu’elle offre un bon grip. Mais comme le vélo pèse plus de 14kg, à quoi bon se passer d’un bon vieux point de pivot sur roulements près de l’axe de roue arrière sur ce type de cadre en alu ?

Côté rendement, on repassera aussi. Attention : le vélo roule vraiment très bien et il ne fait pas trop ses 14kg. Ouf. Mais par contre, ne le prenez pas pour un bike de marathon si vous voyez les longues distances dans un objectif de performance et de résultat. Et encore moins comme un XC car les relances ne sont pas son fort, même si sa suspension parvient à rester assez peu sensible au pédalage. Bref, on peut pédaler longtemps à son guidon, mais plutôt en prenant son temps qu’en jouant au chien fou.

Verdict

Ce Kona Hei Hei AL est un vélo très attachant. Plein de vie en descente, hyper maniable dans le sinueux, c’est une petite bombe particulièrement agréable à piloter. Cette version alu à la géométrie diabolique saura séduire ceux qui n’ont pas besoin de beaucoup de débattement dans la région où ils habitent (comprenez : pas en haute montagne mais quasi partout ailleurs). Mais elle pêche tout de même un peu par son poids conséquent et aussi par le manque de sensibilité de sa suspension arrière, dont on se demande toujours pourquoi elle a fait une croix sur le bon vieux point de pivot arrière sur les haubans. Si on se base sur des critères stricts et objectifs, et qu’on regarde aussi son prix, le vélo est loin d’être parfait, ce qui justifie sa note de 3,5/5. Mais quand le cœur parle, on sent que l’ADN Kona est bien présent et le charme opère. Faites gaffe si vous l’essayez car vous risquez de l’adopter.

Plus d’infos : www.konaworld.com/hei_hei_al