Présentation | BMC Agonist : un petit 110mm entre deux eaux

Tech
14 juin 2017 — Olivier Béart

Il y avait visiblement un créneau à prendre entre le Fourstroke de XC et le Speedfox dédié au all-mountain. Et c’est le tout nouveau BMC Agonist qui le prend dans la gamme de la marque suisse. Un vélo confortable et joueur en roues de 29 pouces et doté de 110mm de débattement, que nous avons eu l’occasion de découvrir non loin de ses terres natales, dans la région de Spiez et de Simmental.

Lors que nous avions testé le BMC Fourstroke il y a peu dans le cadre de notre grand comparatif des meilleurs fulls de XC du marché, nous l’avions perçu plus comme un très bon marathonien/randonneur sportif que comme une pure machine de XC adaptée aux nouveaux circuits de Coupe du Monde. Il faut dire qu’il commence à avoir un peu d’âge et vu la présence de BMC en Coupe du Monde avec des gars comme Absalon ou encore Titouan Carod, on s’attendait à voir arriver dans la gamme une machine plus pointue. Perdu !

Commençons par un petit tour en train…

Jouant la carte de l’originalité et profitant des portes ouvertes par son partenariat avec Swiss Tourism, c’est dans un… train en gare de Zurich que BMC nous a donné rendez-vous pour la présentation de ce modèle. Vu qu’on sait que ce n’est pas un pur XC mais plutôt un vélo dédié à l’évasion même s’il entend rester performant, c’est plutôt cohérent.

Peu après le départ du convoi, le nouveau BMC Agonist est dévoilé et Antoine Lyard, chef produit MTB de la marque, nous explique sa genèse : « Nous avons démarré ce projet il y a plusieurs années déjà, lorsque je suis arrivé en Suisse. A l’époque, Julien Absalon et les autres membres du team ne juraient que par le semi-rigide, même s’ils voulaient un « petit plus ». Pour eux, nous avons donc développé le nouveau Team Elite 01 et son arrière MTT softail (voir notre essai complet ici, NDLR) et, en parallèle, nous avons commencé à plancher sur un vélo léger et au bon rendement mais moins typé XC. Le résultat, vous l’avez sous les yeux. »

Le hic, c’est qu’en parallèle, les épreuves de XC ont aussi évolué pour devenir ce qu’on connaît aujourd’hui… et les full-suspendus sont devenus un « must ». Ce qui a redonné une nouvelle jeunesse au Fourstroke, dont on ne peut tout de même s’empêcher de penser qu’il reste très proche du petit nouveau, le BMC Agonist. Et que la gamme de la marque Suisse manque d’un vélo de cross plus radical. On sent que les équipes de chez BMC en sont conscientes mais que le timing de développement des projets ne leur a pas permis de réagir aussi vite qu’on pourrait le souhaiter vu de l’extérieur. Néanmoins, on sent bien qu’ils ont quelque chose sous le coude.

En attendant, nous avons tout de même une belle nouveauté en face de nous, et il est fort probable qu’elle parlera à un bien plus large spectre de bikers qu’une pure machine de compétition développée par et pour l’élite de notre sport ! Nous verrons sur le terrain ce qu’il en est et si le petit dernier fait de l’ombre au Fourstroke, mais profitons d’abord de notre arrêt en gare pour faire mieux connaissance. Allez, hop, tout le monde descend !

BMC Agonist : le tour du propriétaire

On vous la fait courte, mais en gros le cahier des charges prévoit que le nouveau BMC Agonist doit être un vélo adapté aux longues heures de selle, très efficace, confortable mais aussi particulièrement fiable pour ne jamais laisser le pilote en rade et lui voler ses précieuses heures en selle qui sont un moyen pour lui de s’évader entre le boulot, le métro et le dodo.

Son nom, Agonist, il le doit au muscle « dont l’action produit le mouvement désiré, par opposition à antagoniste« 

Bref, il doit être le compagnon de ride idéal et son nom, Agonist, il le doit au muscle « dont l’action produit le mouvement désiré, par opposition à antagoniste« , nous apprend notre ami Wikipedia. Quant au Fourstroke, « il va de plus en plus se tourner vers le XC avec uniquement des cadres full carbone, plus de montages en double,… » nous dit-on, histoire que chacun ait bien son pré-carré dans le catalogue.

Géométrie

Le meilleur moyen pour donner un caractère différent à un vélo, au-delà du débattement qui augmente peu (de 100 à 110mm), c’est bien entendu la géométrie. Sans aller vers des extrêmes, l’angle de direction du BMC Agonist est un peu plus couché que sur le Fourstroke (69° contre 70) et le reach a été légèrement augmenté à 435mm en taille M, ce qui donne plus l’impression d’être « dans le vélo » en poussant un peu plus loin le « big wheels concept » (cadre long/potence courte – 70mm sur les S, M et L) ; une recette que la marque a été parmi les premières à appliquer. Les bases restent relativement longues avec 445mm ; là aussi, une signature de BMC.

Autre changement, important cette fois : le cadre du BMC Agonist est particulièrement compact et ramassé puisqu’il est pas moins de 6cm plus bas que le Fourstroke au niveau de l’entrejambe ! « Quand on se bat avec les éléments sur des terrains techniques, cela rend le vélo plus facile », nous explique-t-on. Néanmoins, on s’étonne alors de ne voir aucun modèle de la gamme Agonist monté avec une tige télescopique de série (on peut en monter une mais il faut investir). Mais ne brûlons pas les étapes, c’est un débat que nous aurons un peu plus tard…

Suspension

Pour son Agonist, BMC a conservé sa fameuse suspension APS, dont les bases de sa cinématique VPP sont apparues dans la gamme il y a 11 ans. Mais on a ici droit à une version revue avec un ratio de 2:1 et une courbe de compression dégressive qui permet de mieux sentir la différence entre les différents modes au niveau de l’amortisseur. On peut aussi utiliser des pressions plus basses dans l’amortisseur, ce qui économise les joints mais aussi les points de pivots. On retrouve même ici l’esprit de fiabilisation voulu par BMC.

Le débattement est de 110mm et la valeur d’anti-squat (anti-pompage) reste très élevée (95% sur un plateau de 32 dents) de sorte à conserver un excellent rendement et du dynamisme, mais avec tout de même une philosophie plus orientée vers la facilité de contrôle de la machine et la réduction de la fatigue que sur un pur XC. Un petit indicateur de SAG se trouve entre la biellette et le hauban droit pour faciliter les réglages.

Les suspensions sont confiées à Fox, avec un amortisseur Float et une toute nouvelle fourche F32 Boost allégée par rapport à la précédente génération. Attention, il ne s’agit pas de la fameuse StepCast hyper légère et limitée à 100mm de débattement, mais bien d’une évolution de la F32 classique, plus légère (moins de 1600g) mais plus large car compatible 27,5+ (même si ce n’est pas le cas de ce vélo) et surtout plus rigide grâce au Boost et à un châssis aux formes modifiées. Un blocage DT Swiss prend place sur le cintre pour jouer avec les 3 modes… une solution maligne de BMC en attendant que Fox propose enfin un remote fiable et digne de ce nom !

Enfin, si la biellette supérieure (toujours en alu) garde un aspect familier, son homologue inférieure évolue en profondeur. Non seulement elle est enfouie dans le cadre juste au-dessus du boîtier de pédalier, mais elle joue un autre rôle, qui nous donne l’occasion de faire la transition avec le chapitre suivant…

Conception du cadre

Entièrement en carbone et prévu uniquement pour des roues de 29″ (et pneus jusqu’à 2.35), le cadre du BMC Agonist ne pèse que 2180g avec amortisseur et patte de dérailleur. Il se veut rigide mais pas trop afin de rester facile d’accès. Mais ce poids plume prend une autre dimension quand on voit ce que BMC a inclus dans ce châssis.

Le passage des gaines et Durit se fait par l’intérieur du cadre, via des tubes en carbone qui permettent un guidage intégral de l’entrée à la sortie, selon un système similaire à celui initié par Specialized sur le Stumpjumper, avec des tubes carbone installés dès la fabrication pour éviter les prises de tête lors des opérations de mécanique. Bien vu !

Le passage du câble de commande du blocage de l’amortisseur se fait entièrement en interne, et la fameuse biellette inférieure intègre aussi désormais le passage interne de la gaine de dérailleur arrière ainsi que de la Durit de frein. De quoi éviter une sortie disgracieuse et une forte exposition aux pierres sous le boîtier de pédalier. Encore une fois, chapeau, c’est beau et c’est malin.

Le cadre est compatible Di2 ainsi qu’avec le montage d’un dérailleur avant (dont la patte se fixe au niveau de l’ouverture dans le tube de selle). On constate aussi la présence de toute une série de protections moulées dans le cadre (base arrière, pare-pierre, etc.) ou rajoutées par la suite mais parfaitement intégrées (anti chain-suck/anti-déraillement minimaliste vissé, garde-boue recouvrant la biellette inférieure au plus près, etc). Bref, ça sent les choix réfléchis et effectués par des personnes qui roulent vraiment.

Dans cette optique, seul le choix d’un boîtier de pédalier Pressfit peut étonner. Certes, le BB92 retenu ici est fiable mais il est impossible de retirer les cuvettes sans exploser les roulements, ce qui oblige à les remplacer si on doit les retirer pour l’une ou l’autre raison (ce qui devrait néanmoins ne pas arriver très souvent car une « fenêtre dans le tube de selle permet de faciliter le passage des câbles de dérailleur avant et d’une éventuelle tige de selle télescopique).

Montages, prix et versions disponibles

La gamme sera coiffée par le BMC Agonist 01 ONE que vous avez sous les yeux ; 01 signifiant que le cadre est entièrement en carbone et le terme ONE qu’il s’agit du montage le plus prestigieux. Il s’agit ici en l’occurence de Sram XX1 Eagle. Les roues sont les excellentes DT Swiss XR 1501 avec jantes de 25mm de large montées avec les très solides et polyvalents Vittoria Barzo (nouveau partenaire du team en XC). Son tarif est de 6999€ et il sera disponible dès le mois de juillet. Notons que même si le prix reste très élevé, il est bien positionné par rapport à la concurrence, ce qui n’est pas toujours le cas chez BMC.

Viennent ensuite les BMC Agonist 02 ONE et TWO, équipés d’un cadre avec triangle avant en carbone et arrière en alu, annoncé à 2530g. Ils sont montés en double plateau Shimano et les tarifs démarrent ici à 3499€. Ils seront disponibles en aout. Une version 03 avec un cadre tout alu viendra aussi s’ajouter un peu plus tard.

BMC Agonist 01 ONE : prise en main

A la sortie de la gare de Spiez, une belle petite flotte de vélos nous attend pour une première prise en mains dans les bois en Alpages qui bordent le magnifique lac.

La mise en jambes est plutôt relax et bucolique. L’occasion de se rendre compte que le vélo est très facile d’accès et confortable au niveau de sa position qui n’a rien d’extrême. Le Fourstroke joue dans un registre proche, mais la différence à ce niveau se marque quand même assez nettement dès les premiers mètres.

Quand on commence à s’éloigner du lac pour prendre de la hauteur dans les Alpages, on apprécie tout particulièrement la légèreté de l’ensemble. Nous n’avons pas pu peser ni avoir le poids du vélo complet, mais on a l’impression de s’approcher plus des 10kg que d’un bon 11. C’est bon signe. La suspension est très neutre et on ne ressent que rarement le besoin de la bloquer complètement. On oscille entre les modes ouvert et intermédiaire aux différences bien marquées et c’est parfait. Il n’y a pas non plus le moindre affaissement de l’arrière dans les forts pourcentages et il y a du grip, preuve d’une cinématique bien pensée.

On attaque de petits singletracks à flanc de prairie pour tester l’agilité du BMC Agonist et il réussit le test sans souci. On place la roue de façon précise mais sans stress. On sent qu’on est au guidon d’un « petit vélo » mais il y a de la marge et il pardonne beaucoup. Seule la tige de selle télescopique nous manque vraiment cruellement. A quoi bon faire un cadre compact et joueur quand c’est pour rester le c… à 2 mètres du sol quand il y a de la pente. Non, on a beau nous dire que le marché allemand n’en est pas friand dans ce segment, pour nous c’est une vraie faute sur ce type de monture.

Là où nous avons tout particulièrement apprécie l’Agonist, c’est lorsque nous avons commencé à nous enfoncer dans les sous-bois et à serpenter dans la vallée très encaissée du Simmental… où notre photographe du jour ne nous a hélas pas suivis pour qu’on puisse vous montrer ce beau terrain de jeu. Là, les racines succèdent aux racines et le vélo semble doté d’une capacité hors du commun à conserver la vitesse et à donner l’impression qu’on flotte au-dessus des obstacles. Les suspensions fonctionnent en parfait accord et les manivelles ont le bon goût de ne pas venir taper trop souvent le sol, preuve que les suspensions travaillent en restant haut dans le débattement et en gardant de la réserve.

De retour au calme après cette belle boucle de test d’une trentaine de kilomètres, on réfléchit aux concurrents de ce nouveau BMC Agonist et on pense immédiatement aux Scott Spark 120 ou encore à l’Orbea Occam TR. Si le second est encore plus joueur et peut s’engager vers des pratiques à la frontière de l’enduro ou des raids montagnards costauds (Transvésubienne, etc), le premier joue vraiment dans la même cour pour un programme marathon/rando sportive et pour des crosseurs qui préfèrent un vélo avec un peu de réserve pour envoyer du gros à l’occasion, quitte à perdre un poil de rendement et à avoir une position moins racing. Reste que chez Orbea, il y a le Oiz au caractère bien trempé et chez Scott il y a le Spark RC résolument XC pour compléter la gamme… ce qui n’est pas (encore ?) le cas ici.

Verdict :

Nous avons passé un très agréable moment au guidon de ce nouveau BMC Agonist. Vif, agile, mais se pilotant de façon plus relax qu’un pur XC, il est très facile dans les portions techniques dans la mesure où il permet d’enrouler les obstacles et de conserver sa vitesse comme peu d’autres machines parviennent à le faire (merci les roues de 29″, mais pas uniquement : le châssis et la suspension aident à en tirer le meilleur). Léger, il offre aussi un rendement proche du Fourstroke, auquel il fait prendre un coup de vieux supplémentaire. L’Agonist ouvre clairement la voie à un modèle XC plus radical puisque, avec ces deux modèles aussi proches, la gamme BMC manque un peu de cohérence actuellement dans les petits débattements. Autre faute impardonnable selon nous : l’absence de tige de selle télescopique, indispensable vu les capacités de la machine et la cible qu’elle vise… même s’il paraît que nos voisins germaniques, à qui le vélo se destine principalement, n’en sont pas tous friands. En tout cas, sauf pour un profil de pur « racer », voici une machine qui devrait convenir à beaucoup plus de monde encore qu’un Fourstroke et qui apporte quelques mises à jour bien agréables.

Liens utiles : le site BMC – notre grand test des meilleurs fulls XC du marché : partie 1 et partie 2 (avec le BMC Fourstroke)