Interview | Loris Vergier : une saison de (bons) choix

Sport
2 décembre 2017 — Paul Humbert

5ème au classement général de la coupe du Monde de descente 2017, Loris Vergier impressionne. Le pilote azuréen a quitté le cocon de l’équipe Pure Agency (Lapierre puis Specialized) qui l’a vu grandir pour intégrer l’équipe Santa Cruz Syndicate, aux côtés de Greg Minnaar et Lucas Shaw. Pour Vojo, Loris Vergier revient sur les moments forts de sa saison, ce qui l’a marqué et les questions qu’il se pose avant de nous accompagner pour un petit tour de VTT sur les hauteurs de Mandelieu. 

Loris, tu as changé de team en début d’année 2017, avec le recul, comment est-ce que ça c’est passé ? 

C’est toujours un peu compliqué et stressant de changer, surtout quand on quitte des gens qui comptent parmi tes meilleurs amis. Mais je savais aussi que c’était pour mon bien-être interne et pour que je puisse m’émanciper. Je voulais être « Loris Vergier », et pas « Loïc Bruni et le petit Loris qui va bien ». Même si Loïc est mon meilleur pote, ça me tenait à coeur de faire mes propres choix. C’était le moment et j’en suis vraiment heureux. Après un an, je me rends compte que l’équipe Santa Cruz est vraiment très relax. Quand ils font quelque chose, ils le font bien et leurs vélos de série sont les meilleurs que j’ai jamais eus. Ils ne se prennent pas la tête et on roule quand même sur une arme de guerre.

Comment s’est passé ton changement de vélo ?

J’avais essayé un V10 il y a quelques années, il était trop grand, il n’avait pas le bon ressort et il était très très progressif : d’abord très mou et ensuite béton. Quand je suis remonté sur un V10 avec le team, tout était parfait et je me suis demandé pourquoi tous les vélos de descente n’étaient pas comme ça : avec du débattement, qui encaisse tout, mais le vélo ne pèse rien et le tout s’équilibre. Esthétiquement, même si ça fait longtemps qu’il est sur le marché, je trouve qu’il ne se démode pas !

Le fait de passer d’un cocon en français à un team anglophone, est-ce que tu l’as bien vécu ? 

Dans le team Specialized, il y avait Finn Iles qui râlait parce qu’on ne lui parlait pas en anglais. Là, c’est l’inverse ! Ça a été compliqué par moment, surtout pour les blagues. Les autres voyaient que je ne comprenais pas, ça les faisait rire encore plus et ils m’expliquaient après. Pourtant, je ne me suis jamais senti exclu, ils construisent leur team comme une famille et ce n’est pas juste pour le sport. On veut passer un bon moment, rouler vite et s’éclater. Cathy (Sessler, la team manager), c’est notre mère, elle est prête à tout faire pour qu’on soit heureux. Dans le Syndicate, on est tous différents : les vélos, les tailles, tout ! Le team en devient encore plus unique et ça me plaît bien. J’ai parfois du mal à réaliser que je suis dans le Syndicate. Il n’y a que des légendes qui y sont passées : Peat, Ratboy (Josh Bryceland), Minnaar…

Les trois pilotes du team, dont toi, prétendent plus ou moins aux mêmes places, ça ne crée pas des rivalités ? 

Par la passé, je me cachais un peu dans les jupes de tout le monde. C’était plus facile. Là, je suis directement en contact avec les personnes qui gèrent et si il y a un problème, c’est mon problème. Ce n’est pas Minnaar qui va faire quelque chose pour moi. La relation avec nos sponsors est plus directe et plus naturelle, c’est bien plus facile. Mais tout fonctionne au mérite. Par exemple, Fox suspension décide de nous donner des produits individuellement. En fin d’année, ils nous ont équipés de cartouches différentes. Greg Minnaar, Gwin et Hart ont le top du top, moi j’ai quelque chose de bien mais un peu en retrait, et les autres pilotes ont les suspensions stock.

Photo : Gary Perkin

L’ambiance est vraiment bonne. On a commencé par une séance d’essai avec tout le team, nos temps sont annoncés après chaque run et à la fin de la journée, le plus lent porte une jupe pour le reste de la soirée. On se tire tout le temps la bourre, c’est vraiment bénéfique et plus sympa qu’une journée d’essai seul avec son mécano. Je n’ai porté la jupe qu’une fois cette saison. Lucas deux fois et Greg deux fois parce qu’il a abandonné à Finale.

Comment s’est passé le passage au 29 pouces ? Tu as passé la saison avec des grandes roues et tu as changé pour le 27,5 à Val di Sole. 

En décembre 2016, Greg essaye un Hightower avec une double té et des roues de 29 pouces. Il nous dit « je suis dans les mêmes temps qu’avec mon vélo de descente… ». J’ai eu l’idée de faire un tour sur ce vélo, il était gigantesque pour moi et ça ne me plaisait pas. J’étais convaincu que ça allait plaire à Greg parce qu’il était grand mais je pensais être trop petit pour le 29 en DH. Bref, on a quand même avancé et on a essayé. On a aussi été les premiers à demander du matériel à Fox. Les premiers rides étaient compliqués. Sans regarder les temps, on ne sent pas que c’est mieux et on a presque l’impression d’être plus lent. Une des raisons à cela est qu’on teste sur des pistes plus serrées qui ne sont pas des pistes de coupe du Monde. En sensation c’était moins marrant mais je roulais plus vite et j’ai compris que c’était bon pour une coupe du Monde. J’aurais pu rester en 27,5 mais j’ai choisi de me lancer avec le 29.

Avant Val di Sole, on a fait une petite pause et quand je suis retourné rouler, mon seul vélo qui était opérationnel était un 27,5. C’était un canapé. Le V10 29 est un V10 27,5 adapté. Pour passer des grandes roues, Santa Cruz est rentré dans le débattement et on a perdu 26mm. La sensation du 29 est donc bien plus tape-cul. Pour Val di Sole, qui allait être chaud et défoncé, j’avais envie de ce canapé. Même si c’était potentiellement un choix moins rapide, j’avais réellement envie de rouler avec ce vélo et ça a compensé. Je fais 1m78 et je suis toujours confronté au choix en fonction des pistes, je suis pile à la limite. Quelqu’un de plus de 1m80 peut rouler en DH 29 pouces toute l’année.

Comment juges-tu ta saison 2017 dans sa globalité ? 

Chaque année, j’essaye d’être plus régulier. Ma première saison a été dure et l’année dernière, je n’étais pas préparé à porter la plaque numéro 5, juste devant Greg Minnaar. Je me demandais ça que je faisais là. Ça a été un peu la dégringolade même si je réussis à finir 7 au général. Je ne voulais pas réitérer ça cette saison et j’ai plutôt progressé malgré quelques péripéties. Cette année, je termine 5ème au général de la coupe du Monde. Mont-Sainte-Anne a été une des courses les plus dures de ma vie. Quand la pluie s’est mise à tomber, je suis parti pour un run propre, pensant que le scénario allait être le même qu’à Lourdes. En arrivant, je pense avoir été bon et je réalise que je suis loin derrière le niveau de ceux qui partent ensuite et qui se donnent à fond sous la pluie. C’était une belle course mais c’est dur de ne pas en faire partie. Je ne suis pas tombé, j’étais juste à l’arrêt.

Quels ont été tes points forts et tes points faibles cette saison ? 

Je pense vraiment qu’on est arrivés à Lourdes sur une piste plus adaptée au 29 pouces que prévu. On était chauds. Il y avait de la bonne terre, on avait fait des tests à Lousa au Portugal et on était prêts techniquement, physiquement et bien mentalement !

Mon coach m’a dit que j’ai été très bon pendant les qualifications toute la saison. Sans pression, ça va, mais quand il faut réitérer ce que j’ai fait en qualifs, ce n’est pas facile. Il faut donc que je travaille sur la concrétisation. Parfois, je n’ai pas envie de regarder le replay parce que je sais que j’ai fait des erreurs qui me font perdre la seconde décisive, c’est aussi là dessus que je vais bosser. À l’entraînement, je vais travailler sur des runs entiers. Les chronos et les runs non-stop on ne les fait habituellement que sur les courses. À l’entraînement on attend nos potes…cette endurance en descente doit être bossée. Le physique aussi. Quand je vois qu’au sprint de Cairns je termine 24ème alors que j’ai tout fait pour que le vélo soit parfait et léger, je vois qu’il y a du boulot. Ce qui est rassurant c’est qu’il y a une marge de progression.

 

Quel est ton meilleur souvenir de cette saison ?

Il y a en a eu plein mais je dirais Leogang, où on a tous été bons. Je crois que Lucas fait 6, Greg est sur le podium, j’étais aussi bien content et c’était une des premières vraies soirées ensemble. J’en garde de bons souvenirs.

Et pendant la saison « off », l’hiver, que fais-tu ? 

McDonald’s, les burgers, les petites soirées qui vont bien, tu te détends ! En fait, c’est ça qui est bien, tu fais beaucoup de sport toute l’année et ce moment est bien pour décompresser.

Je fais de la moto et du bmx, ce qui nous sert toute l’année mais qu’on ne peut pas faire en saison. On va à la muscu le matin, on fait du vélo l’aprem, mais je n’ai pas trop le temps physique de faire beaucoup d’autre choses. On se dit rarement qu’on va faire un tennis le soir. Cette période passe trop vite et j’ai l’impression d’être très vite en janvier. Et pour moi, janvier, c’est la saison, ça a commencé !

Quand tu roules pour le plaisir, tu roules avec qui ?

Il y a peu de moments où je vais faire du vélo hors entraînement, sinon, ça termine vite au goûter. Par contre, quand il y a écrit « descente » sur mon planning, j’y vais avec plaisir. Les gens bossent et font du vélo pour décompresser. Moi mon métier c’est faire du vélo et je n’en fais pas forcément pour décompresser. Par contre, je vais à la moto pour décompresser par exemple.

Il y a beaucoup de français sur le circuit du coupe du Monde. Est-ce que tu aimes courir contre eux ? L’ambiance est bonne ? 

C’est ça qui est beau avec la descente ! Ce sont de vrai potes et vu qu’on est seul face au chrono, on ne peut pas être énervé contre quelqu’un. Si un autre roule bien, on est content pour lui. Ça fait super plaisir, comme le podium avec Pierron (Amaury) et Lolo (Loïc), c’était trop stylé. Peu importe qui est devant, un podium est toujours bon à prendre, et là, les trois blaireaux, c’était énorme ! Les seules tensions qui peuvent exister, elles sont avec les « concurrents » d’une même équipe.

Qui t’a le plus impressionné cette année ? 

J’étais fier de voir que Minnaar peut s’énerver si il le veut, et faire des erreurs dans son pilotage. Il peut faire des trucs de jeune. Sinon, il va vite mais on sent qu’il peut pousser. Cette saison, on a vu qu’il essayait vraiment de se battre pour le trophée. Gwin est toujours là et il fera toujours « des Gwin ».  Loïc (Bruni) m’a aussi vraiment impressionné. Avec Payet (Florent) et Pierron (Amaury), on en parlait dans notre chambre aux mondiaux quand on faisait nos pronostics. Amaury disait que Loïc allait gagner devant Mick Hannah. Je me suis dit que si Loïc gagnait, il était vraiment fort dans sa tête, dans ses chaussures, partout…et il a été vraiment fort. Gagner la course en coupe du Monde l’année d’avant, savoir qu’on est le meilleur sur cette piste et tout faire péter l’année d’après c’est abusé. C’est vraiment un monstre !

Aimerais-tu rouler un peu plus en France ? 

J’ai vraiment aimé les championnats de France cette année parce que la piste était au niveau coupe du Monde. Sur les autres courses, c’est cool mais dangereux, il y a des cailloux qui traînent et on ne peut pas y aller comme sur une coupe du Monde. Pour aller sur plus de coupes de France, il faudrait que ce soit plus adapté aux vitesses élevées auxquelles on roule aujourd’hui en coupe du Monde.